A l'approche des municipales, les ingérences numériques s'intensifient, mais leur portée reste limitée
- Publié le 13 mars 2026 à 14:53
- Lecture : 4 min
- Par : Tiphaine LE LIBOUX
- Traduction et adaptation : AFP France
Les opérations d'ingérences numériques étrangères ciblant les élections municipales s'intensifient en France à l'approche du scrutin des 15 et 22 mars 2026, avec plusieurs candidats visés ces derniers jours notamment via de faux sites, même si ces campagnes ont à ce stade une portée limitée.
Durant la semaine du 9 mars, à l'issue de laquelle se tiendra le premier tour dimanche, trois opérations d'ingérences ont été mises au jour, a annoncé Viginum, le service chargé de lutter contre les manipulations en ligne, dans une note publiée le 12 mars (lien archivé ici).
L'une a visé Sébastien Delogu et François Piquemal, respectivement candidats de la France Insoumise (LFI) à Marseille et Toulouse. La campagne a notamment pris la forme d'un faux site baptisé "blog de Sophie", se présentant comme celui d'une ancienne collaboratrice de Sébastien Delogu et contenant des insinuations pouvant laisser penser à des violences.
Comme l'avait indiqué une source sécuritaire à l'AFP le 10 mars, l'opération implique un "acteur localisé à l'étranger", a confirmé Viginum, sans préciser le pays.
Ce faux site était inaccessible à la date de parution de cet article.
Selon le journal Le Monde, qui avait révélé l'opération, le blog est lié à "un tissu de faux comptes sur le réseau social" X, qui ciblent également le candidat François Piquemal (lien archivé ici).
"Certains de ces faux comptes ont été utilisés par le passé pour promouvoir des contenus d'Elnet", un lobby pro-israélien installé en Europe et en conflit avec LFI, a précisé une source sécuritaire à l'AFP le 12 mars.
Viginum a également détecté de "faux reportages" qui usurpent l'identité de plusieurs médias français et sont diffusés sur Telegram et X, qu'il attribue aux "réseaux prorusses Storm-1679 et Matriochka" (lien archivé ici).
Comme l'a constaté l'AFP, ces contenus prétendent notamment que l'élection pourrait être reportée en raison de craintes sécuritaires liées à la guerre au Moyen-Orient. D'autres font faussement état de soupçons de fraude électorale.
Matriochka a aussi ciblé les élections régionales la semaine dernière en Allemagne, relève auprès de l'AFP le centre de réflexion londonien Institute for Strategic Dialogue, qui y voit un "changement important" dans la stratégie de ces réseaux avec une "volonté de perturber des contextes électoraux plus petits, locaux".
Mais le collectif Antibot4Navalny, qui traque les opérations d'influence en lien avec la Russie, souligne auprès de l'AFP que l'opération intervient très tardivement dans la campagne française.
Lorsque Matriochka "cherche vraiment à influencer une élection, l'opération démarre de nombreux mois à l'avance", poursuit le collectif. Il cite les législatives de 2025 en Moldavie, pour laquelle des traces de manipulations avaient été détectées plus de cinq mois avant le scrutin, ou plus de huit mois avant pour les élections législatives de juin 2026 en Arménie.
Viginum a aussi fait état d'une opération ciblant un parti politique, "afin d'instrumentaliser la thématique écologique", sans plus de détails. La finalité de cette ingérence est "probablement lucrative", poursuit Viginum, et "n'aurait pas pour motivation la déstabilisation du processus électoral".
"Effet marginal"
La semaine dernière, c'est le candidat de centre-droit à Paris, Pierre-Yves Bournazel, qui avait été attaqué, dans une opération menée par le réseau lié à la Russie Storm-1516, déjà accusé d'être derrière de nombreuses opérations de désinformation en France et dans d'autres pays européens.
La campagne a notamment consisté en la création d'un faux site, reprenant l'interface de son vrai site de campagne, qui prétendait à tort qu'il prévoyait de transformer le Centre Pompidou en "refuge pour les migrants sans-abri". Allégations relayées par des publications sur les réseaux sociaux.
L'URL du faux site - "macronavecbournazel.fr" - mentionne le président de la République, Emmanuel Macron, ce qui n'est pas le cas du vrai site du candidat. Un élément montrant qu'à travers Pierre-Yves Bournazel, cette campagne est "sans doute aussi une manière d'attaquer directement Emmanuel Macron", a indiqué à l'AFP Maxime Audinet, enseignant à l'Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco) et spécialiste de la politique d'influence de la Russie.
Le président français, "l'une des figures qui compte le plus en Europe dans le contexte du soutien à l'Ukraine", est régulièrement la cible du réseau Storm-1516, rappelle le chercheur. Comme par exemple fin 2025 lorsque des publications affirmaient révéler une soi-disant fuite de documents de la banque Rothschild selon lesquels Emmanuel Macron aurait un QI de "seulement 89".
L'AFP a consacré un article de vérification à ces fausses allégations ciblant Pierre-Yves Bournazel, il est à lire ici.
Le faux site et certaines des publications qui ont propagé ces fausses affirmations étaient toujours en ligne à la date de publication de notre article.
Cependant, à ce stade, toutes les manipulations visant les municipales ont une "faible visibilité" et un "effet marginal" sur le débat public numérique, selon Viginum.
Reste à savoir si d'autres manoeuvres auront lieu entre les deux tours des municipales et surtout durant la campagne présidentielle de 2027, où les experts s'attendent à ce qu'elles soient "beaucoup plus offensives et beaucoup plus diverses", relève Maxime Audinet.
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