Bouteilles de vin sans alcool lors du salon Wine Paris International le 10 février 2026 (AFP / Guillaume BAPTISTE)

Un alcool pas comme les autres ? Attention aux idées reçues autour du vin

La loi Evin interdit depuis 35 ans la publicité pour le tabac et encadre celle pour l'alcool dans un objectif de santé publique. En mars 2026, la cheffe de file des députés du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, a plaidé pour l'assouplir afin de soutenir la filière viti-vinicole en crise, arguant qu'elle serait figée depuis son adoption et que seul l'abus d'alcool "tue". En réalité, la loi Evin a été amendée plusieurs fois et les données scientifiques récentes indiquent que la consommation d'alcool - qu'il s'agisse de vin, de bière ou de spiritueux - engendre des risques pour la santé dès le premier verre.

En déplacement en Ardèche pour la campagne des municipales, la présidente du groupe RN et ex-candidate à la présidentielle Marine Le Pen a estimé le 6 mars 2026 que "la reconquête du marché intérieur" vinicole passait par une révision de la loi Evin, qui encadre la publicité pour l'alcool et n'a, selon elle, jamais été réformée depuis son vote il y a "40 ans".

Il faut rediscuter du "périmètre" de cette loi "qui n'existe nulle part ailleurs", a-t-elle plaidé, et "revoir les conditions dans lesquelles on peut peut-être autoriser une communication qui soit une communication raisonnée, raisonnable, étant entendu que l'abus de tout tue, même l'abus d'eau : si vous buvez 10 litres [d'eau, NDLR] par jour vous allez mourir", a-t-elle argué.

"A un moment, associer le vin exclusivement à la maladie qui est la conséquence de son abus, c'est bien sûr une forme de déloyauté à l'égard de ce qui constitue un élément essentiel de notre identité gastronomique", a-t-elle ajouté, considérant qu'"il n'y a pas de raison que, parce qu'il existe une addiction chez - je sais pas, j'ai pas les chiffres -, mettons 2-3% de la population, 98 ou 97% des autres soient punis de ce fait".

En 2014, Marine Le Pen avait souhaité que la loi Evin soit "supprimée", jugeant son efficacité égale à "zéro" (lien archivé ici). Dix ans plus tard, le RN prône une révision, avec le dépôt en décembre 2024 par le député RN de l'Aude Christophe Barthès d'une proposition de loi visant à l'"assouplir" en matière de "publicité du vin" (lien archivé ici).

Risques dès le premier verre

Faire valoir le statut "à part" du vin, notamment pour des raisons "culturelles", peut faire oublier qu'il s'agit d'un alcool comme un autre. Or, qu'il s'agisse de vin, de bière, ou de spiritueux ("alcools forts"), l'alcool contient de l'éthanol, substance psychoactive et toxique pouvant induire une dépendance (lien archivé ici).

Laisser entendre que seul l'"abus" de vin - ou d'alcool - pourrait être à l'origine de maladies est "un discours hyper simpliste" qui reflète "une méconnaissance totale de la problématique de santé publique", a commenté Mickaël Naassila, président de la Société française d'alcoologie, auprès de l'AFP le 11 mars 2026.

Quelle que soit la boisson alcoolisée, "dès le premier verre vous augmentez les risques", explique M. Naassila. Ensuite, "la problématique est celle d'un continuum", de consommations faibles à consommations fortes, et le niveau de risque dépend notamment des fragilités intrinsèques à chaque individu : son état de santé, la quantité d'alcool consommée, sa fréquence, etc... "Par exemple les fumeurs qui boivent augmentent leurs risques ; si vous avez de l'hypertension vous l'accélérez", explique-t-il.

Les effets délétères de l'alcool ne se limitent donc pas aux seules personnes buvant de manière abusive.

Les données scientifiques disponibles lient directement l'alcool à plus de 200 maladies et affections, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS) : des maladies cardiovasculaires aux risques de dépression ou de démence en passant par certains types de cancers (liens archivés ici, ici, ici et ici). En France, l'alcool tue environ 40.000 personnes par an, dont 16.000 par cancers et près de 10.000 par maladies cardiovasculaires, et il est la deuxième cause de mortalité évitable dans le pays selon Santé Publique France (lien archivé ici).

"L'alcool, c'est 28.000 nouveaux cas de cancers par an en France, et pas simplement les cancers 'habituels' de la gorge, du foie et de l'oesophage : c'est aussi 8.000 cas de cancers du sein et 6.600 du côlon et du rectum", souligne le professeur Claude Linassier, directeur du pôle Prévention, organisation et parcours de soins à l'Institut national du cancer (Inca - lien archivé ici).

"L'alcool est avant tout un produit métabolisé au niveau de l'organisme, qui induit une transformation de substances ayant des pouvoirs cancérigènes sur de nombreux organes", a-t-il expliqué à l'AFP le 12 mars, et "il n'existe pas de seuil en deçà duquel il n'y a pas de danger".

Depuis 1998, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) classe l'alcool comme cancérigène pour l'Homme, et comme deuxième facteur de risque de cancer derrière le tabac (lien archivé ici).

En France, son coût total pour la société est évalué à quelque 100 milliards d'euros annuels par l'Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) : coûts directs pour les finances publiques (par exemple près de 246.000 hospitalisations en 2023), et coûts indirects, en qualité de vie des malades, en perte de vies humaines, et de production pour les entreprises (lien archivé ici).

C'est pourquoi l'agence sanitaire Santé Publique France et les acteurs de la prévention recommandent de ne pas boire plus de deux verres standard par jour - ce qui est "déjà beaucoup", remarque M. Naassila - ou 10 verres par semaine, en respectant au moins deux jours d'affilée sans alcool par semaine (lien archivé ici).

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Contenu d'un verre standard en alcool pur. Capture d'écran réalisée le 16 mars 2026 sur le site de Santé Publique France

"Protéger la population des dommages de l'alcool est un enjeu prioritaire de santé publique tant le poids de ce facteur est important en termes de morbidité et de mortalité", a souligné la Direction générale de la Santé (DGS) auprès de l'AFP le 25 mars 2026, et ces repères de consommation "constituent la boussole des messages de santé publique et des actions de prévention".

Un Français sur cinq présente des troubles liés à la consommation d'alcool

Quelque 7% de la population en moyenne consomme quotidiennement de l'alcool (16,6% des 66-75 ans, 8,6% des 55-64 ans et 2,3% des 18-24 ans - lien archivé ici). C'est trois fois moins qu'en 2000, mais les alcoolisations ponctuelles importantes (API), elles, restent globalement stables.

Si l'on élargit au non-respect des recommandations de santé publique, "un adulte sur cinq a une consommation problématique, nocive ou avec trouble de l'usage", souligne Mickaël Naassila : en 2024, 22,2% des adultes déclaraient une consommation "au-dessus des repères de consommation à moindre risque" au cours des sept derniers jours (30,3% des hommes et 14,6% des femmes), selon Santé Publique France (lien archivé ici).

"Le problème en France est le sous-repérage précoce des consommations problématiques et leur prise en charge", relève le président de la Société française d'alcoologie, ce qu'il explique notamment par des "représentations erronées" et une "ambiance générale" où les effets de la consommation d'alcool sont "minimisés". 

En France, les idées reçues sur la consommation d'alcool prospèrent sur fond de théorie du "French paradox", qualifiée d'"épisode de désinformation à grande échelle et sur plusieurs décennies" par l'association Addictions France (lien archivé ici et ici). Dans les années 1990, des travaux relayés notamment par l'industrie évoquaient un supposé effet protecteur pour le coeur de la consommation d'alcool (1, 2) - avec des biais méthodologiques (lien archivé ici). Ils seront finalement démentis par une méta-analyse publiée dans The Lancet en 2018, compilant quelque 600 études et montrant qu'un verre de vin par jour engendre déjà des risques (lien archivé ici).

Interrogée par l'AFP, l'organisation Vin et Société, qui défend les intérêts viticoles et vinicoles, a assuré le 20 mars 2026 se "fi[er] à la science", en évoquant une récente méta-analyse, publiée en 2024 par les Académies américaines des sciences, de l'ingénierie et de la médecine, qui a associé un moindre risque de mortalité toutes causes confondues aux personnes consommant de l'alcool de manière "modérée" selon les recommandations sanitaires américaines, comparativement à la mortalité des personnes ne buvant jamais (liens archivés ici et ici).

Or, cette étude souffre de limites méthodologiques, et a été menée par un groupe de scientifiques dont certains étaient liés au lobby de l'alcool, comme la presse américaine l'a relevé (lien archivé ici). Reste qu'elle a été retenue par l'administration Trump, au détriment d'une étude fédérale montrant un lien entre consommation modérée et cancer, pour établir les nouvelles recommandations nationales de consommation dévoilées début 2026 - recommandations imprécises et qui ne mentionnent plus les risques associés à la consommation d'alcool, dénoncent depuis des scientifiques et associations de patients (liens archivés ici, ici et ici).  

Consommation moyenne en recul, mais toujours élevée

Autre argument avancé par les promoteurs d'une révision de la loi Evin : la consommation d'alcool en France serait désormais "raisonnable", car elle a baissé drastiquement depuis les années 1960, en particulier sous l'effet d'une chute de 70% de la consommation de vin, selon les données de l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee - lien archivé ici).

Les volumes d'alcool pur mis en vente ont encore baissé, de 5,8% en 2024 sur un an, pour s'établir en moyenne à 9,75 litres d'alcool pur par habitant, selon le dernier bilan de l'OFDT (lien archivé ici) - ce qui équivaut environ  à 196 litres de bière ou 82 litres de vin, ou bien encore 25 litres de spiritueux, rappelait Mickael Naassila dans cet article de 2020 (lien archivé ici).

La DGS précise ne pas disposer "d'évaluation indépendante et fondée scientifiquement portant sur le lien de causalité entre loi Evin et consommation de vin".

Certes concurrencé par d'autres boissons, le vin reste néanmoins la boisson alcoolisée la plus consommée en France : 52% des boissons alcoolisées vendues en 2024 sont des vins, "loin devant les bières et les spiritueux", relève l'OFDT. 

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Quantité d'alcool pur mis en vente en France par habitant âgé d'au moins 15 ans entre 1960 et 2022. Capture d'écran réalisée le 19 mars 2026 sur le site de l'Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT)

Surtout, "les grandes enquêtes menées par SpF montrent que, même si les Français ont réduit leur consommation d'alcool depuis trente ans, les niveaux de consommation restent très élevés; et cela, tant en population générale que parmi certaines sous-populations, comme les femmes enceintes", relevait l'agence en janvier 2024 (lien archivé ici). Si la consommation est globalement "plutôt en diminution parmi les jeunes hommes, elle tend à augmenter parmi les femmes de plus de 35 ans", précisait-elle.

La France était en 2021 le 11e pays où l'on buvait le plus d'alcool parmi les 38 pays de l'OCDE (volume d'alcool pur consommé par habitant de plus de 15 ans - lien archivé ici).

Une loi assouplie plusieurs fois depuis 35 ans

Pour tenter de réduire la mortalité associée à l'alcool, protéger les jeunes de la publicité et sortir sa consommation des usages habituels, la loi Evin du 10 janvier 1991 encadre la publicité en faveur des boissons alcooliques - et contrairement à ce qu'affirme Marine Le Pen, elle n'est pas restée figée dans le temps : plusieurs modifications intégrées depuis sont allées non pas dans le sens d'un durcissement mais dans celui d'un assouplissement, expliquent des experts.

La loi, transcrite dans le Code de la santé publique, régule la publicité directe et indirecte en encadrant à la fois les contenus et les supports de communication autorisés (lien archivé ici).

Elle liste ces supports autorisés : la presse écrite hormis les publications destinées à la jeunesse, la radio à certains horaires définis par décret, internet à l'exclusion des sites et publications à destination des jeunes et des sportifs, l'affichage et les enseignes, les catalogues, les véhicules de livraisons, les fêtes et foires, musées, universités, confréries, stages oenologiques dans certaines conditions définies par décrets.

Le recours à des supports non énumérés dans cette liste, par exemple la télévision, est en conséquence interdit. Le parrainage (sponsoring) est spécifiquement prohibé.

Une liste "relativement étendue" qui fait que, "quand bien même la loi Evin constitue l'un des cadres les plus restrictifs existant en Europe, celle-ci est loin d'empêcher toute forme de publicité en faveur des boissons alcooliques", remarque un rapport de la commission des Affaires économiques du Sénat déposé en octobre 2025 (lien archivé ici).

Concernant le contenu de la publicité, il ne peut porter que sur des informations objectives sur le produit alcoolisé, comme par exemple notamment son degré d'alcool, sa dénomination, sa couleur ou son goût. Le message peut aussi comporter des références relatives aux terroirs, appellations et indications géographiques de production, et aux distinctions obtenues. Tout message qui valoriserait la consommation d'alcool, par exemple autour des notions de plaisir, de fête ou de performance, est ainsi interdit.

Et la publicité doit contenir "un message de caractère sanitaire précisant que l'abus d'alcool est dangereux pour la santé" - message jugé "obsolète" par plusieurs experts interrogés par l'AFP au regard des connaissances scientifiques évoquées plus haut.

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Des viticulteurs manifestent contre la loi Evin le 16 mars 1993 devant le Palais des Congrès de Nantes pendant un meeting électoral du Premier ministre Pierre Bérégovoy (AFP / FRANK PERRY)

En 2021, à l'occasion des 30 ans du texte, l'ex-directeur de l'agence sanitaire française François Bourdillon déplorait dans une tribune rédigée avec les figures de la santé publique et pères de la loi Evin Glaude Got, Albert Hirsch et Gérard Dubois qu'à l'inverse de la partie tabac de la loi, la partie alcool ait été "soumise à rude épreuve et dénaturée au fil des ans" (lien archivé ici).

"Au départ la loi Evin était plus stricte : elle interdisait l'affichage dans la rue, sauf dans les zones de production, mais cela a sauté très vite [en 1994, NDLR], sous l'effet d'un lobbying précoce", a expliqué à l'AFP le 19 mars 2026 Karine Gallopel-Morvan, professeure des universités à l'Ecole des hautes études en santé publique (EHESP), titulaire de la chaire Alcool de l'Institut national du cancer (Inca) et co-autrice d'une étude sur l'influence des lobbies sur les évolutions de cette loi (lien archivé ici).

Puis en 2005, l'interdiction de faire apparaître des personnes dans les publicités est amendée, avec l'autorisation désormais de montrer un personnage, mais seulement s'il est en lien avec la région de production, par exemple un viticulteur.

Internet n'existant pas au moment du vote de la loi Evin, la possibilité de faire de la publicité en ligne est autorisée en 2009, à la condition de ne pas en faire sur des sites dédiés au sport ou ciblant les jeunes. Mais les dérives sont importantes, avec des influenceurs faisant par exemple dans des contenus festifs la promotion déguisée de produits alcoolisés.

Il faudra attendre quatorze ans, en 2023, pour voir l'adoption de la loi "Influenceurs", qui confirme que sites, comptes et créateurs de contenus sont aussi tenus de respecter la loi Evin (lien archivé ici). Reste que la publicité illégale pour l'alcool "prospère" toujours sur les réseaux sociaux, via des marques particulièrement "actives", des centaines d'influenceurs et la pratique des stories éphémères, "voie massive de contournement", a alerté l'association Addictions France dans un rapport de décembre 2025 (lien archivé ici).

Entre temps, en 2016, une modification de la loi Evin a aussi donné la possibilité de faire de la publicité en utilisant la notion de terroirs pour les boissons alcoolisées bénéficiant d'un label de qualité, d'une identification géographique de leur origine ou reconnues comme faisant partie du "patrimoine culturel, gastronomique ou paysager" français.

La violation de la loi Evin est sanctionnée par des amendes pouvant atteindre 75.000 euros ou 50% du montant des dépenses consacrées à l'opération illégale, et des peines complémentaires peuvent être prononcées, comme par exemple l'interdiction de la vente de la boisson. Mais dans les faits, l'industrie "a peu de risques de se faire sanctionner", constate Karine Gallopel-Morvan, de l'EHESP, par ailleurs co-autrice de travaux sur les obstacles à l'application d'une politique de prévention.

Un vaste travail de synthèse de l'Inserm publié en 2021 a également conclu que la loi Evin avait été "considérablement modifiée et affaiblie depuis sa mise en place en 1991 sous l'effet du lobbying des producteurs d'alcool", qui ont notamment poussé l'idée qu'une consommation "avec modération" serait synonyme de "prévention" (lien archivé ici).

Le président de Vin et Société, Samuel Montgermont, juge, lui, que les évolutions des 30 dernières années ont été "limitées et cohérentes" et considère que "c'est bien dans cet esprit d'adaptation mesurée, et non de remise en cause, que le débat [autour d'une nouvelle réforme, NDLR] n'en deviendrait pas inutile".

Mais assouplir la loi Evin permettrait-il aux producteurs français de doper leurs ventes ?

"Il faut être nuancé : la loi Evin pèse, c'est clair et net et sans ambiguïté, à un moment important de creux de cycle pour la filière. Mais il n'y a pas que ça", résume Jean-Marie Cardebat, professeur d'économie à l'université de Bordeaux et à l'INSEEC Grande Ecole : la crise viticole est aussi celle d'une crise de l'offre, frappée de plein fouet par la crise climatique qui réduit les rendements et accroît les coûts de production, et d'une crise de la demande, marquée par une évolution des goûts des consommateurs et dont la décélération est accentuée par l'inflation depuis 2022, ce qui conduit à une baisse des prix, a-t-il expliqué à l'AFP le 18 mars.

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Impact de la sécheresse sur la vigne à Douzens, en Gironde, le 10 novembre 2025 (AFP / Idriss BIGOU-GILLES)

La France n'est pas le seul pays à encadrer la publicité pour l'alcool

Autre idée reçue : celle d'une loi Evin qui serait un ovni au niveau international. Il n'en est rien : de nombreux pays réglementent la publicité pour l'alcool, à des degrés divers et selon des modalités variées (lien archivé ici).

En la matière, la Lituanie, avec sa loi de 1995 sur le contrôle de l'alcool, "se distingue par l'un des régimes d'interdiction du marketing de l'alcool les plus restrictifs au monde, établissant une interdiction quasi totale de publicité et de mécénat, quel qu'en soit le support [y compris l'affichage public et le parrainage sportif, NDLR]", explique l'OFDT dans une étude comparative publiée en décembre 2025 (lien archivé ici).

Autre exemple, la Finlande, où "tout marketing est interdit en faveur d'une boisson alcoolisée dont le TAV (titre alcoométrique volumique, NDLR] dépasse 21%". En dessous, la publicité est  par exemple "interdite dans les lieux publics en extérieur, tels que les panneaux d’affichage, les arrêts de bus et les transports publics [hors événements sportifs impliquant des compétiteurs adultes, NDLR]".

Selon un rapport de l'OMS, la totalité des 53 pays de la zone géographique Europe interdisaient complètement ou partiellement la publicité pour l'alcool à la télévision nationale en 2016 (derniers chiffres disponibles), et 49 sur 53 régulaient à divers degrés l'affichage dans les rues, comme on peut le voir dans le graphique ci-dessous (lien archivé ici) :

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Pays interdisant totalement ou partiellement la publicité pour l'alcool en région Europe en 2016, par types de boissons. Capture d'écran réalisée le 19 mars 2026 dans le rapport de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) intitulé "Alcohol marketing in the WHO European Region" et publié en 2020

Campagnes de prévention "au point mort"

Dans l'arène politique, le Rassemblement national n'est pas le seul à faire des raccourcis ou relayer des arguments erronés autour du vin.

Promettant qu'il ne durcirait pas la loi Evin, Emmanuel Macron avait confié qu'il avait l'habitude de "boire du vin le midi et le soir" - "trop", avait alors relevé l'épidémiologiste Catherine Hill (liens archivés ici et ici). "Il y a un fléau de santé publique quand la jeunesse se saoule à vitesse accélérée avec des alcools forts ou de la bière, mais ce n'est pas avec le vin", avait-il aussi fait valoir. Un argument relayé par ailleurs par le ministre socialiste de l'Agriculture Didier Guillaume un an plus tard : jugeant que le vin "n'est pas un alcool comme les autres", il avait affirmé n'avoir jamais vu "un jeune qui sort de boîte de nuit, et qui est saoul, parce qu'il a bu des Côtes-du-Rhône" (lien archivé ici).

Mais les données disponibles (2017) vont à rebours de cette idée reçue : les jeunes ayant réalisé au moins une alcoolisation ponctuelle importante (API - "binge drinking" dans le langage courant) citent les alcools forts dans 8 cas sur 10, la bière dans 7 cas sur 10, mais aussi le vin dans 4 cas sur 10, a précisé l'Observatoire français des drogues et des tendances addictives à l'AFP le 20 mars 2026 (lien archivé ici).

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Le président Emmanuel Macron lors d'une dégustation de vin au Salon de l'Agriculture de Paris le 21 février 2026 (POOL / Ludovic MARIN)

Plus récemment, l'agacement du président du Sénat Gérard Larcher face à une proposition d'interdire l'alcool à la buvette du Parlement a suscité beaucoup de commentaires (lien archivé ici).

Dans ce contexte, nombre d'experts en santé publique déplorent un manque d'investissement de l'Etat dans la sensibilisation aux risques portés par la consommation d'alcool. Par le passé, des campagnes ont été annulées, rappellent certains interrogés par l'AFP, et le gouvernement n'apporte toujours pas son soutien à l'initiative "Dry January" (liens archivés ici, ici et ici).

Ainsi, le second volet du plan anti-cancer 2021-2030 (1,7 milliard d'euros) définit clairement un objectif de sortie du tabac, mais ne retient pour l'alcool qu'un objectif de lutte contre les "usages nocifs" en ne se concentrant que sur certaines populations : jeunes, femmes enceintes, alcoolodépendants... Lors de la présentation de ce volet en février 2026, l'addictologue Amine Benyamina, président de l'association Addictions France, a déploré que la prévention en la matière soit "au point mort depuis trois ans" - y voyant l'influence des lobbies du vin et de l'alcool (liens archivés ici et ici).

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Affiche d'une campagne de prévention contre l'alcoolisme menée par les pouvoirs publics et les associations, dans le centre de Rennes, le 18 octobre 2007 (AFP / ANDRE DURAND)

Interrogées sur ce point, les autorités sanitaires soulignent que la campagne de communication "C'est la base" à destination des jeunes de 17 à 25 ans est depuis septembre 2023 "rediffusée chaque année" et l'a été encore en février et mars 2026, et que Santé Publique France a mené des campagnes en 2024 et 2025 autour du renforcement de son service d'aide Alcool Info Service (liens archivés ici, ici et ici).

L'AFP a déjà vérifié par le passé des allégations trompeuses ou fausses relatives à la consommation d'alcool, à retrouver ici et ici.

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