
Derrière ces images émouvantes de chiens abandonnés, une technique d'hameçonnage bien rodée
- Cet article date de plus d'un an
- Publié le 30 mars 2023 à 16:09
- Lecture : 5 min
- Par : AFP France
Copyright AFP 2017-2025. Toute réutilisation commerciale du contenu est sujet à un abonnement. Cliquez ici pour en savoir plus.
"Bonjour tout le monde j’ai perdu mon chien Milo. Il n’est pas rentré hier soir pour manger il a un collier jaune fluo avec mon numéro et celui de mon mari j’habite au domaine la grand pièce à Cabasse. Si quelqu’un le voit. Merci de nous contacter" : ce message, diffusé sur le compte Facebook Animal Protection, s'accompagne de deux photographies d'un Husky allongé sur du carrelage et sur du gravier.

Publié la première fois le 25 mars à 12h43, il a été modifié quelques heures plus tard, seulement, à 16h19 pour y ajouter un lien "participez pour gagner un bon de vol pour vos vacances dès maintenant", comme on peut le voir dans l'historique des modifications de Facebook.
Pour le consulter, on peut cliquer sur les trois petits points en haut à droite de la publication puis sélectionner "afficher l'historique des modifications" dans le menu déroulant.

Ce procédé est loin d'être un cas isolé. En faisant une rapide recherche sur Facebook, on retrouve plusieurs publications similaires, partagées pour certaines d'entre elles des dizaines de milliers de fois. C'est le cas de cet appel à l'aide pour - officiellement du moins - retrouver le propriétaire d'un chiot renversé par un camion.
"S'IL VOUS PLAÎT AIDER [sic]! J'ai frappé ce chiot avec mon camion il est vivant mais il ne supporte pas. Je me sens si misérable, je l'ai emmené chez le vétérinaire, il n'est pas pucé. Je sais que quelqu'un le cherche. Merci de remonter ce post pour m'aider à trouver le propriétaire", écrit cette internaute dans son message publié le 6 mars et partagé plus de 19.000 fois.

Comme pour la précédente publication, le message a été modifié mais cette fois-ci dans sa totalité. Quand on regarde l'historique des modifications, on peut en effet constater que la publication a laissé, à un moment donné, la place à une message totalement différent.
"À tous ceux qui traversent une période difficile, ne soyez pas laissés pour compte. Gagnez des récompenses en espèces ou des courses, de l'essence et bien d'autres récompenses avec des LifePoints, vous n'avez qu'à remplir 1 sondage et être récompensé instantanément, j'ai gagné 150€ à ma première tentative. Inscrivez-vous ici pour réclamer des récompenses instantanées", peut-on lire.


Même procédé et même message, au mot près, dans cette publication repérée en janvier 2023 par l'AFP. Sauf que cette fois-ci, la localisation est précisée : le chien aurait été renversé par un camion à Rouen. Comme pour la publication publiée en mars, le signalement initial est remplacé quelques heures plus tard par le même type de texte incitant à "obtenir des récompenses en espèces" en "remplissant" une enquête.
Le mode opératoire est toujours le même : une publication annonçant la perte d'un chien ou la recherche d'un propriétaire de chien est diffusée sans aucun lien dans un premier temps. Dans un second temps, soit le texte de la publication est totalement modifié soit un lien, permettant de gagner quelque chose ou de bénéficier de réductions, est simplement intégré au texte initial.
Si elles peuvent être partagées plusieurs milliers de fois, certaines d'entre elles sont à l'inverse peu virales - une cinquantaine de partages - mais sont récurrentes et nombreuses. Tous ces comptes, qui publient le plus souvent dans des groupes d'achat et de vente, ont un point commun : ils n'ont souvent que peu ou pas d'activité antérieure et ils ferment les commentaires, empêchant ainsi les internautes bernés d'avertir d'autres utilisateurs de l'escroquerie en cours.
Loin d'être circonscrite aux chiens perdus, cette technique d'hameçonnage s'est déclinée ces dernières années sous différentes formes - avis de recherche de tueurs en série, des messages sur des serpents tueurs, des vols de pots catalytiques ou des enfants perdus... - comme l'équipe de l'AFP Factuel en Afrique du Sud l'expliquait récemment.
Partageriez-vous la publication d'un inconnu à propos d'une offre de prêt suspecte ? Sûrement pas. Et celle d'un appel à l'aide pour retrouver un chien perdu ?
— AFP Factuel (@AfpFactuel) March 30, 2023
Notre journaliste a repéré des publications ressemblant à des infos locales mais qui se sont avérées être des arnaques. pic.twitter.com/S8lpl98Gn5
Certains liens peuvent également inciter à fournir des données personnelles. Des escrocs peuvent en profiter pour récupérer les identifiants, les vendre à des tiers ou les utiliser eux-mêmes. Ils peuvent, par exemple, fouiller dans les messages à la recherche d'informations bancaires, interroger des amis à ce sujet sous couvert de l'identité usurpée, leur demander d'envoyer de l'argent ou encore relayer la publication d'origine pour faire de nouvelles victimes.
En France, l'hameçonnage - ou le "phishing" - constitue la "menace numéro un tous publics confondus", selon le rapport d'activité annuel du dispositif Cybermalveillance.gouv.fr. En 2022, ce type de cyber-malveillance a fait l'objet de 1,9 million de recherches d’assistance et consultations d’articles dédiés à ce danger, soit 54% de recherches d’information et d’assistance de plus par rapport à 2021.