
Cette vidéo montre un incendie dans une usine italienne de charcuterie et non de produits chimiques
- Cet article date de plus d'un an
- Publié le 10 mars 2023 à 16:48
- Lecture : 7 min
- Par : Charlotte STEENACKERS, AFP Belgique, AFP Pays-Bas
- Traduction et adaptation : Marie GENRIES
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La vidéo, retweetée plus de 500 fois depuis le 19 février 2023, montre un épais nuage de fumée noir se dégageant de plusieurs bâtiments. "La plus grande usine chimique d'Europe s'enflamme", écrit l'auteure du tweet, qui s'indigne: "l'une des plus grandes usines chimiques d'Europe a pris feu à Vérone, en Italie. Mais les politiciens européens ne s'en soucient plus maintenant - ils doivent vaincre la Russie..."
La même vidéo circule également sur Facebook et TikTok avec cette description trompeuse: "un incendie se déclare dans l'usine chimique du COATI Salumificio à Vérone, avec la libération de produits chimiques toxiques".


Cette vidéo a également été partagée, accompagnée de fausses affirmations, en néerlandais (et vérifiée par l'AFP dans cette langue), en anglais, en chinois ou encore en roumain.
Ces allégations ont commencé à être relayées sur les réseaux sociaux après le déraillement d'un train dans la ville américaine d'Est Palestine (Ohio) le 3 février 2023, qui a provoqué un énorme incendie et l'évacuation de plusieurs centaines de personnes. Ce train transportait entre autres du chlorure de vinyle, un produit chimique cancérigène et très inflammable, utilisé dans la fabrication du plastique. Cet accident a donné lieu à de nombreuses fausses informations, vérifiées par l'AFP ici et ici par exemple.
Mais cette vidéo ne montre pas une usine chimique: il s'agit d'une usine de charcuterie située près de Vérone, en Italie. Le 9 février, un incendie s' y est déclenché, entraînant la prise de mesures de protection de la population par les autorités locales, qui ont régulièrement communiqué sur la qualité de l'air. Des concentrations de particules ont été mesurées par les agences de contrôle, mais aucun risque sanitaire ou environnemental important n'a été détecté.
Une usine de charcuterie dans la province de Vérone
Après 9 secondes, l'auteur de la vidéo effectue un zoom qui permet de distinguer l'inscription "Coati" sur l'un des bâtiments en feu. Une recherche avec des mots-clés sur Google renvoie vers un article publié sur le site francophone italy24.press et rapportant le déclenchement le 9 février 2023 d'un incendie dans l'usine Salumificio Coati, dans la province de Vérone.
La photo d'illustration de l'article montre les mêmes bâtiments et le même nuage de fumée que ceux de la vidéo.


Le deuxième lien qui apparaît dans la recherche Google est celui de la page d'accueil de l'entreprise italienne Salumi Coati, qui produit de la charcuterie - et non des produits chimiques, contrairement à ce qu'affirment les internautes.
Sur la page d'accueil apparaît un message en italien titré "Recommençons après le feu", dans lequel l'entreprise indique que l'incendie a fait un blessé hospitalisé et que "tous les autres 300 employés présents ont été évacués". Elle précise que les causes de l'incendie ne sont pas encore connues.


Une recherche de l'entreprise sur Google Maps permet de retrouver l'emplacement de l'usine Salumificio Fratelli Coati: l'inscription "Salumi Coati" sur le bâtiment blanc et gris et le petit immeuble rouge à sa droite sont facilement reconnaissables. L'usine se trouve à Arbizzano, dans la commune de Negrar, située dans la province de Vérone - à sept kilomètres de la ville éponyme.
Plusieurs articles de presse italienne ont été publiés le jour de l'incendie. Le quotidien Corriere del Veneto a rapporté qu'un des ouvriers s'était jeté d'une fenêtre, se blessant dans sa chute, pour échapper aux flammes dévorant l'usine déjà touchée par un incendie en 2019. Le média Verona Sera a partagé une autre vidéo, impressionnante, de l'incendie.
Pas d'éléments suggérant une "augmentation du risque sanitaire" pour la population
"Des produits chimiques extrêmement toxiques ont été libérés" par cet incendie, affirment certains internautes qui relaient cette vidéo.
Lors d'un incendie, la dégradation des matériaux peut produire des fumées toxiques, représentant un danger pour la santé publique, comme l'explique le magazine des sapeurs-pompiers Rescue18. Les autorités doivent donc prendre des mesures afin de protéger la population.
Dans deux communiqués publiés simultanément le jour de l'incendie, les communes italiennes de Negrar et Vérone ont conseillé à la population habitant dans un périmètre d'un kilomètre autour de l'usine de rester chez eux, de fermer leurs fenêtres et de porter un masque FFP2 pour sortir. Ces mesures "de précaution" ont été recommandées "dans l'attente des conclusions de l'Arpav" - l'Agence régionale pour la prévention et la protection de l'environnement de Vénétie - indiquait la commune de Vérone.
Dans un deuxième communiqué publié le lendemain de l'incendie, le 10 février, la ville de Vérone a élargi le périmètre, conseillant de maintenir fermées les fenêtres des habitations et des lieux de travail situés à moins de cinq kilomètres du feu et de "laver soigneusement les fruits et légumes de la zone de retombée de la fumée".
Le même jour, l'Arpav rapportait les premiers éléments concernant la qualité de l'air autour de l'usine, notamment "une augmentation des concentrations de PM10 compatible avec l'événement en cours". Toutefois, les stations de surveillance du réseau de qualité de l'air de Vérone n'avaient pas relevé d'irrégularités, "à l'exception d'une légère augmentation de la concentration de monoxyde de carbone" le soir de l'incendie, dans l'une des stations de surveillance située à 6 kilomètres de l'usine.
Les particules en suspension PM10, de diamètre inférieur à 10 micromètres, peuvent être inhalées et sont "particulièrement nocives pour la santé" car associées à "des irritations et des problèmes respiratoires", explique le ministère français de la Transition écologique sur son site.
Un nouveau communiqué publié le 12 février 2023 par la municipalité de Vérone indiquait que les analyses de l'Arpav montraient "de fortes concentrations de particules fines compatibles avec le rejet continu de polluants dans l'atmosphère associé à des conditions météorologiques stables et donc défavorables", des analyses poussant la municipalité à fermer les écoles de Parona et Arbizzano, proches de l'usine, le 13 février. Elles ont rouvert le jour suivant, après des analyses favorables sur la qualité de l'air.
Le 23 février, les autorités de Vérone ont indiqué que les agences de surveillance de la qualité de l'air n'avaient détecté "aucune augmentation du risque sanitaire dans les zones entourant l'incendie qui a frappé l'usine de salami Coati à Arbizzano", et la municipalité a été classée en "alerte 0" aux concentrations de PM10 le 24 février.
Dans un communiqué de presse publié le 18 février, la municipalité de Negrar a déclaré que les données recueillies par Arpav étaient "rassurantes". La concentration de COV - des composés organiques volatils et polluants - "n'a jamais dépassé les limites de sécurité" et la qualité de l'eau n'a montré aucune anomalie, expliquent les autorités.
La plus grande usine chimique d'Europe se trouve en Allemagne
L'usine Salumificio Coati n'est pas une usine de produits chimiques, encore moins "la plus grande usine chimique d'Europe", contrairement à ce qu'affirment certains internautes.
Le plus grand complexe chimique d'Europe est celui du groupe allemand BASF, situé à Ludwigshafen, en Allemagne, qui accueille plus de 200 sites de production sur 10 kilomètres carrés. Sur son site, le groupe affirme même qu'il s'agit du plus grand complexe chimique "intégré" du monde.
Les usines chimiques italiennes se trouvent principalement dans le nord du pays, dans la région de Lombardie, et non en Vénétie où l'incendie s'est déclaré, indique le site Statista. Versalis (groupe Eni), basée à Milan, est la plus grande entreprise chimique d'Italie, indique-t-elle sur son site web. Elle produit principalement des produits chimiques, du caoutchouc et du plastique.