
Non, cette vidéo d'un immeuble qui s'effondre n'a pas été filmée après le tremblement de terre en Turquie
- Cet article date de plus d'un an
- Publié le 09 février 2023 à 17:12
- Lecture : 6 min
- Par : Bill MCCARTHY, AFP Etats-Unis
- Traduction et adaptation : Nathan GALLO
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Depuis le séisme survenu en Turquie et en Syrie le 6 février, une séquence montrant l'effondrement d'un immeuble de plusieurs étages sur le bord d'une route circule en ligne.
Partagée par de nombreuses publications sur Facebook et TikTok, cette vidéo est considérée par de nombreux internautes comme ayant été tournée en Turquie à la suite du tremblement de terre.
"Tremblement de terre, Turquie", décrit notamment une publication sur Tiktok, partagée plus de 10.000 fois depuis le 6 février.
"Les vidéos du tremblement de terre en Turquie et en Syrie sont très douloureuses", affirme aussi une page Facebook, qui partage notamment cet extrait vidéo.
Ce contenu circule alors que le sud-est de la Turquie a été frappée par un séisme, d'une magnitude de 7,8, le 6 février à 04H17 locales (01H17 GMT).

Un immeuble situé en Arabie Saoudite
Mais cette scène ne s'est pas déroulée en Turquie après le séisme, mais dans la ville de Djeddah en Arabie Saoudite au moins plusieurs semaines avant, comme l'ont notamment souligné sur Twitter plusieurs spécialistes en investigation numérique et en géolocalisation.
Le spécialiste en investigation numérique Luis Galrao a notamment indiqué sur Twitter avoir retrouvé une vidéo embarquée dans une voiture à Djeddah datant d'avril 2022, dans laquelle le bâtiment est visible avant sa démolition.
Le journaliste a par ailleurs précisé que l'immeuble se situait sur la "Old Makkah Road".


Un point confirmé par l'AFP, qui a analysé la séquence partagée en ligne et la vidéo embarquée d'avril 2022 via des méthodes de géolocalisation.
Si peu de prises de vue de la Old Makkah Road de Djeddah sont disponibles sur Google Street View, certaines images datant de 2017 montrent un immeuble aux caractéristiques similaires à celui de la vidéo partagée ces derniers jours, notamment au niveau de la structure du toit.


Par ailleurs, certains commerces vus dans la vidéo embarquée d'avril 2022 de Djeddah correspondent bien à une des images de Google Street View de 2017.
Le magasin de pneus entouré en rouge (voir ci-dessous) est notamment présent à la fois sur la vidéo embarquée et sur la photo présente sur Google Street View. Il est aussi possible de distinguer le logo et le toit rouge de la British Saudi Bank (SABB, encadrés en orange) et les pots de fleurs disposés devant ce bâtiment (encadrés en jaune).



Le journaliste spécialisé en investigation numérique Brecht Castel, qui s'interrogeait sur Twitter sur l'origine de la vidéo, avait par ailleurs noté que les plaques d'immatriculation de la séquence partagée ces derniers jours ne sont pas écrites en turc, mais en arabe.
En réponse à ces tweets, d'autres internautes ont aussi réussi à retrouver des vidéos de l'effondrement du bâtiment sur TikTok ou sur YouTube datant de la mi-janvier 2023, soit quelques semaines avant le séisme.
Un effondrement lié à des démolitions d'immeubles ?
L'AFP n'a pas réussi à déterminer de façon absolue la cause de cet effondrement. Mais ces derniers mois, le gouvernement saoudien a entrepris un vaste projet de nettoyage et de construction de la ville de Djeddah, provoquant la démolition de nombreux bâtiments.
Ce projet a été documenté notamment par l'AFP, qui a filmé et pris en photo de nombreux bâtiments détruits dans toute la ville en avril 2022.
Interviewé par l'AFP, Jack Moehle, professeur d'ingénierie structurelle à l'université de Californie à Berkeley, a déclaré après visionnage de la vidéo que certains signes correspondent à une démolition contrôlée d'immeubles, bien qu'il ne soit pas possible d'exclure définitivement les ondes de choc causées par un tremblement de terre.
"Il semble qu'il pourrait s'agir d'une démolition bien exécutée pendant une période calme", et non lors d'un tremblement de terre, a déclaré M. Moehle dans un mail. "La partie centrale est abattue en premier, ce qui entraîne ensuite les portions du périmètre vers le centre". Ce dernier pointe par ailleurs que le trafic routier, sans agitation, "ne ressemble pas à la circulation pendant ou peu après un tremblement de terre dévastateur".
Le séisme le plus meurtrier en Turquie depuis 1999
Le violent séisme qui a frappé lundi la Turquie et la Syrie a dépassé les 17.500 morts, selon un dernier bilan communiqué le 9 février par les autorités dans les deux pays.
Vingt-trois millions de personnes sont "potentiellement exposées, dont environ cinq millions de personnes vulnérables", a averti l'Organisation mondiale de la santé (OMS) qui a promis son soutien. L'OMS avait auparavant dit redouter "des bilans huit fois plus élevés que les nombres initiaux".
Plusieurs villes, comme celle de Kahramanmaras en Turquie (voir ci-dessous), ont été fortement touchées par ce tremblement de terre.
Les destructions de bâtiments sont également considérables, laissant de nombreux habitants sans toit.
