Non, la climatisation automobile n'est pas source de benzène et donc de cancer

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La climatisation automobile exposerait les passagers à des substances cancérigènes selon des publications partagées des dizaines de milliers de fois sur Facebook depuis 2009. Il faudrait donc ouvrir les vitres du véhicule "pendant au moins trois minutes avant d'allumer la climatisation", selon le message encore viral en Afrique en 2022. Cette précaution éviterait d’être exposé au benzène, une substance chimique cancérigène selon le Centre international de recherche sur le cancer. Attention, tout cela est faux, selon plusieurs études scientifiques consultées par l'AFP.

"ATTENTION DANGER. LA CLIMATISATION AUTOMOBILE, UN TUEUR SILENCIEUX !", alerte l’auteur d’un message publié le 19 mai 2022 sur Facebook. Citant un "manuel du conducteur", il prescrit qu’"avant d’allumer la climatisation, il faut ouvrir les fenêtres pendant au moins trois minutes. Ils ne disent pas pourquoi", ajoute-t-il. 

Capture d'écran d'une publication Facebook, réalisée le 23 mai 2022

  

Ce message alarmiste est partagé en Afrique depuis au moins dix ans sur internet et a resurgi mi-mai 2022 (1,2). On retrouve de nombreux posts viraux sur Facebook (1,2,3) depuis plusieurs années, ainsi que sur plusieurs sites internet (1). 

"D’abord, il faut ouvrir les fenêtres et quelques minutes après ce temps, connecter la climatisation", détaille le texte. "Pourquoi ? D’après une étude réalisée, la climatisation produit du benzène, une toxine qui cause le cancer [...] en plus de causer le cancer, le benzène empoisonne les os, cause l'anémie et diminue les globules blancs. Une exposition prolongée peut causer la leucémie et parfois produire une fausse couche", lit-on.  

La mise en garde se conclut par un appel à partager la publication. "Lorsque quelqu’un reçoit quelque chose de valeur qui va lui être profitable, il a l’obligation morale de la partager", lit-on à la fin du message

Cette rumeur existe également dans le monde anglophone - et le site de fact-checking américain Snopes lui a consacré un article en 2009. 

Qu’est-ce que le benzène ?

Selon le site de l’Institut national de recherche et de sécurité, le benzène est un liquide incolore, qui fait office de solvant pour un grand nombre de substances naturelles ou de synthèse. 

Cette substance chimique hautement toxique peut provoquer le cancer, induire des anomalies génétiques ou des effets graves pour les organes à la suite d’expositions répétées, et être mortelle en cas d’ingestion ou de pénétration dans les voies respiratoires.

Ainsi, le benzène et les préparations qui en contiennent à plus de 0,1% sont interdits à la vente au public et réservés aux professionnels. 

Le Centre international de recherche sur le cancer le classe dans le groupe 1 des cancérigènes avérés pour l'humain.

La climatisation automobile, source de benzène ?

L'AFP, qui a déjà travaillé sur ce sujet en 2019, a alors contacté l'entreprise Electric Station Climatisation, qui fabrique des climatiseurs automobiles depuis 1958. "Cette rumeur est totalement fausse", a alors expliqué Pascale Pujol, directrice des relations clients. "Un système de climatisation automobile, c'est un système qui fonctionne en circuit fermé et étanche, avec des éléments qui transforment le gaz en liquide et le liquide en gaz". 

Deux types de gaz sont habituellement utilisés pour assurer le fonctionnement d'une climatisation automobile, a-t-elle dit : le gaz réfrigérant R134A, à base de tétrafluoroéthane, et le gaz réfrigérant HFO-1234YF, à base de tétrafluoropropène. Ce dernier, non-polluant, a été développé pour satisfaire aux exigences d'une directive européenne parue en 2006, visant à "limiter les émissions de certains gaz à effets de serre fluorés provenant des systèmes de climatisation des véhicules à moteur". 

"Les climatiseurs automobiles ne rejettent absolument pas de benzène, et leur étanchéité est vérifiée lors de chaque contrôle technique", affirme Mme Pujol, directrice des relations clients d'Electric Station Climatisation. 

Divers organismes se sont attachés à évaluer dans quelle mesure la présence de systèmes de climatisation pouvait être corrélée à des concentrations accrues de benzène dans l'air.

Airparif, en charge de la surveillance de la qualité de l'air en Île-de-France, a mesuré en octobre 2007 la corrélation entre climatisation et concentration en benzène dans un habitacle de voiture.

D'après ce document, "concernant le benzène, il semblerait que d’autres causes telles que par exemple l’histoire du véhicule ou encore le ravitaillement en essence, conditionnent les niveaux d’exposition", mais les mesures relevées dans des voitures fonctionnant avec une climatisation active n'ont pas montré de concentrations nettement plus importantes par rapport à des voitures dont la climatisation est désactivée.

En revanche, dans une note publiée sur son site, l'Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Énergie (Ademe) recommande entre autres, d'éteindre la "climatisation automatique tant qu'il ne fait pas trop chaud" afin de limiter les émissions à effet de serre. Car,  "quand elle fonctionne, elle provoque une surconsommation de carburant et donc des émissions de CO2 accrues. Deuxièmement, qu’elle fonctionne ou non, elle rejette une partie du fluide frigorigène (R-134a) présent dans le circuit de climatisation (fuites, opérations de maintenance, entretien, accident, non-récupération en fin de vie du véhicule…)".

Une concentration mesurée toujours très faible

Les concentrations de benzène mesurées dans l'air des voitures sont au demeurant très faibles par rapport aux taux considérés comme risqués.

En 2017, un professeur de chimie québécois Joseph Schwarcz démentait dans un article (en anglais) publié sur le site de l’université canadienne de Mcgill tout risque lié au benzène dans l'habitacle d'une voiture. Pour lui, si la rumeur de la présence de benzène dans des habitacles contient "une petite part de vérité", elle est largement exagérée. "La toxicité supposée en benzène d’une voiture est un non-problème”, concluait le chimiste après une longue démonstration.

L'étude d'Airparif évoquait des concentrations variant de 1,2 à 21,5 microgrammes par mètre cube, très loin des taux de benzène ayant entraîné des leucémies.

En 2007, une autre étude allemande a aussi étudié la toxicité de l’air contenu dans les voitures en stationnement, ciblant notamment les alkylbenzènes, des dérivés du benzène, et n'avait déjà trouvé aucun risque pour la santé dans l'air qui s'y trouve. 

Comment limiter son exposition au benzène ?

Sur son site internet, l’American Cancer Society a publié ses recommandations pour limiter l'exposition au benzène parmi lesquelles figure l'arrêt du tabac - la cigarette étant l'une des principales sources d’exposition à cette substance chimique. 

L'ACS recommande également d’éviter les contacts dermatologiques avec le benzène, et "de faire preuve de bon sens envers les produits qui pourraient en contenir", tels que les solvants et peintures, tout particulièrement dans des espaces non-ventilés.