
Non, l'attaquant camerounais Toko Ekambi n'a pas été "agressé" par des supporters algériens à Lyon
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- Publié le 27 avril 2022 à 17:38
- Lecture : 6 min
- Par : Monique NGO MAYAG, AFP France
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"TOKO EKAMBI agressé aux vestiaires par les supporters algériens de LYON", affirme l’auteur d’une publication partagée plus de 500 fois sur Facebook depuis le 24 avril 2022. Il croit savoir que "les supporters d'origine algérienne d'OlympiqueLyon s'en sont pris au joueur camerounais après le match face à Montpellier Hérault Sport Club". Cette publication a déclenché près de 3.000 commentaires, pour la plupart hostiles aux Algériens.

Le même message est relayé sur plusieurs pages Facebook consacrées au sport au Cameroun.

Cette animosité entre les amateurs de football des deux pays remonte au 29 mars 2022, après l'élimination de l'Algérie par le Cameroun au match retour de qualification pour le Mondial 2022 au Qatar.
Que s’est-il passé au Groupama Stadium ?
Samedi 23 avril pour la 34ème journée de Ligue 1 en France, l'Olympique Lyonnais s’est imposé face à Montpellier (5-2). Avant la fin du match, une partie des supporters de l’OL s’en est pris à l’attaquant camerounais Karl Toko Ekambi, auteur du 4ème but. Le quotidien régional de Lyon, le Progrès, rapporte qu’il a été insulté par le kop nord du stade, la tribune qui abrite les supporters les plus virulents.

"Quand Toko a marqué, il s’est mis devant leur tribune et a mis son doigt devant la bouche, comme pour faire + chut +. Ça leur a déplu et ils s’en sont pris à lui", raconte François-Jean Tixier, coordinateur sportif au bureau de Lyon de l'AFP. Après le match, "une cinquantaine de personnes sont allées sur la voie d’accès intérieure après avoir forcé le passage des stadiers. Ils se sont approchés des vestiaires, mais les joueurs n’ont pas été agressés".
Le geste de Toko Ekambi (le doigt sur la bouche) a suscité des commentaires d'internautes sur Twitter. "On ne vous reproche que les ÉNORMES actions de buts toutes faites, mais loupées (...). On en fait juste des cauchemars”, écrit l’un deux.
Interrogé par l’AFP sur un lien éventuel entre cet incident et les tensions actuelles entre le Cameroun et l’Algérie, le service presse de l’OL est catégorique : "Ce n’est absolument pas le cas. Il n’y a pas de communautarisme chez nous. Ce qui s’est passé n’a absolument rien à voir avec une quelconque rivalité algérienne-cameroun!".

François-Jean Tixier est du même avis. "Cela n’a rien à voir avec des Algériens ! Il n’y a pas de communautarisme au stade ; il y a peut-être des Algériens mais ils ne viennent pas en communauté et ne sont pas cantonnés dans un coin du stade", déclare-t-il.
Il explique que les tensions sont présentes depuis plusieurs matchs de l’OL à cause "de groupes d’ultras qui polluent les clubs. C’est une nouvelle génération de supporters plus radicale". "Depuis le Covid, le football français est vraiment pollué par ça", regrette le journaliste. Le média sportif Eurosport identifie "une partie des Bad gones", un club de suporters de l’OL, parmi ceux ayant sifflé Toko Ekambi.
"Les Bad gones sont un groupe de supporters ultra, sur le virage nord. Ils revendiquent 6.000 membres. Parmi eux, il y a peut-être quelques Algériens, mais ils ne sont pas nombreux", détaille François-Jean Tixier. Selon lui, les résultats de l’OL peuvent décevoir bon nombre de leurs supporters dont "ces ultras (qui) s’en prennent aux joueurs". Et le cas Toko n’est pas un cas isolé.
Lors de précédents matchs, d'autres joueurs ont été victimes de ces "ultra", "comme Marcelo, Thiago Mendes, Léo Dubois et cette fois, Toko Ekambi".
La violence contre Toko Ekambi ne découle donc pas des tensions Algérie-Cameroun, mais s'inscrit dans le climat tendu qui règne depuis plusieurs mois dans le foot français.
Une affaire Algérie-Cameroun portée devant la FIFA
Lors du match barrage pour la Coupe du monde du 29 mars 2022, Les Lions indomptables du Cameroun ont battu les Fennecs d’Algérie et se sont qualifiés pour le mondial de novembre prochain. L’attaquant camerounais Karl Toko Ekambi a marqué le but décisif à l'ultime minute des prolongations.

Dans la foulée, les réseaux sociaux se sont embrasés: les supporters algériens, effondrés de ne pas participer à la Coupe du monde, ont accusé l’équipe camerounaise d’avoir corrompu l’arbitrage.
Fin mars, la fédération algérienne a déposé un recours auprès de la Fédération international de football (FIFA) et demandé à faire rejouer le match, accusant l'arbitre gambien Bakary Gassama d'avoir fait un "arbitrage scandaleux". La décision de la FIFA était toujours attendue le 27 avril.
Les joutes verbales se sont multipliées sur la toile entre Camerounais et Algériens. Le 24 avril dernier, les propos controversés du coach algérien, Djamel Belmadi, sur le média officiel de la fédération algérienne de football, ont ravivé les violences verbales entre des ressortissants de ces deux pays.
"On va se relever [...) Plus jamais de la vie on ne laissera deux ou trois personnes conspirer contre notre pays. On ne laissera plus jamais un arbitre comme ça, venir mettre à mal un pays. […] Il a enlevé l’espoir de tout un peuple", a-t-il fulminé contre l’arbitre Bakary Gassama.
La fédération camerounaise de football (Fécafoot) a réagi aux déclarations de Belmadi, dans un communiqué publié le 25 avril. "Le Cameroun se réserve le droit de porter l’affaire dans les prochains jours devant la Commission d'éthique de la Fifa", a écrit Samuel Eto’o Fils, président de la Fécafoot.
Une pétition a été lancée au Cameroun le 25 avril pour demander "des sanctions à l’encontre de la fédération algérienne de football pour propos xénophobes et incitation à la haine". Elle a récolté plus de 9.000 signatures en 24 heures.