
Des incendies plus dévastateurs en Afrique centrale qu’en Amazonie ?
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- Publié le 03 septembre 2019 à 17:10
- Mis à jour le 19 septembre 2019 à 15:55
- Lecture : 5 min
- Par : Monique NGO MAYAG
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Des publications Facebook en anglais et en français laissent entendre que les incendies sont actuellement plus graves en Afrique centrale qu’en Amazonie. Certains internautes imaginent cette zone ravagée par les flammes, tandis que d’autres, sceptiques, restent plus modérés.


Des feux en réalité habituels et volontaires
Guillaume Lescuyer, spécialiste de l’Afrique centrale au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), et contacté le 26 août 2019 par l’AFP appelle à la prudence.
Les incendies en Afrique centrale sont "très peu comparables à l'Amazonie" car ils ne frappent pas les mêmes écosystèmes : les incendies en Amazonie ont lieu dans les zones déforestées ou "des forêts humides", alors que ceux en Afrique centrale touchent essentiellement des écosystèmes agricoles, explique le chercheur.
“Les zones de forêts humides en Afrique centrale se trouvent dans le nord de la République Démocratique du Congo-RDC-, du Gabon au Sud du Cameroun", détaille Guillaume Lecuyer. "Or, les zones de feu que l’on observe sur la carte ne sont pas dans cette zone. Plutôt en Angola, en Zambie”, poursuit-il.

D’autre part, les causes de ces incendies sont différentes. Les départs de feu en Afrique centrale sont en réalité "ordinaires à cette période de l’année (...) En Amazonie, la forêt brûle essentiellement à cause de la sécheresse et du changement climatique", détaille Tosi Mpanu Mpanu, ambassadeur et négociateur climat pour la République démocratique du Congo aux Nations unies.
Des propos qui contrastent avec ceux tenus par Paulo Moutinho, chercheur à l'Institut de recherche environnementale sur l'Amazonie (IPAM), qui a affirmé dans cette dépêche de l'AFP que la hausse dramatique du nombre d'incendies en Amazonie brésilienne était avant tout causée par la progression de la déforestation.
"En Afrique centrale, c’est essentiellement dû aux techniques agricoles”, assure de son côté Tosi Mpanu Mpanu.
"Un grand nombre de ces incendies peuvent être des incendies agricoles intentionnels pour débarrasser la zone à cultiver, des restes de cultures et préparer la terre pour la prochaine saison agricole", expliquait déjà la Nasa le 14 août 2017, lors de la publication sur Facebook d'une carte similaire.
"Bien que l'Afrique domine (le classement) du nombre d'incendies, les saisons des incendies y sont relativement cohérentes d'une année à l'autre", soulignait l'agence spatiale américaine le 21 août 2019.
L'agriculture sur brûlis
L’agriculture sur brûlis, technique très prisée en Afrique centrale à chaque fin de saison sèche, consiste à défricher manuellement un espace afin que la végétation soit asséchée pour ensuite la brûler correctement. "Il s'agit en général de 1 à 3 parcelles de 0,5 à 1 ha par an et par foyer, de manière très générale", indique Guillaume Lescuyer.

Photo d'un champ de mil cultivé sur brûlis, prise sur afpforum.com
C'est une méthode traditionnelle, pour enrichir les sols et s'assurer d'avoir les sels minéraux à la surface, accélérant ainsi la pousse des plantations, poursuit le chercheur de la Cirad.
Selon ce dernier, la technique de l'agriculture sur brûlis donne lieu à des incendies qui restent normalement maîtrisés.
"L'espace défriché est entouré de forêts, plus ou moins dégradées, mais conserve une biomasse humide qui va empêcher la progression du feu en dehors de la parcelle défrichée au préalable", assure-t-il.
Mais le chercheur attire l’attention sur le revers de cette technique : elle constitue un bon "calcul à court terme", mais reste "toutefois dommageable pour l’agriculture, car cela finit par appauvrir les sols" à long terme .
L'Afrique centrale aussi en danger
Les incendies qui se déploient en Afrique centrale ne sont pas pour autant anodins et permettent de mettre en lumière "la pression sur les forêts" qui s'y exerce, expliquent les chercheurs.
L'Afrique centrale est riche d’un massif forestier appelé "forêt du bassin du congo", qui s’étend sur plus de 2.000.000 de km2, soit plus de trois fois la superficie de la France. Comme la forêt amazonienne, le bassin du Congo couvre plusieurs pays : le Cameroun, le Gabon, la Guinée Equatoriale, le Congo, la République démocratique du Congo et la Centrafrique.
A l’instar de l’Amazonie, les arbres du "deuxième poumon vert de la planète" absorbent une grande quantité de dioxyde carbone et libèrent de l’oxygène.
Dans un rapport de 2008, l’Observatoire de la Commission des forêts d’Afrique centrale (Comifac) estime que l'ensemble des sous-régions du bassin du Congo stocke 46 milliards de tonnes de carbone.

Le bassin du Congo abrite par ailleurs des milliers d’espèces animales et végétales indispensables à l’équilibre écologique et économique de la région.
Dans cette vidéo, le Centre de recherche forestière internationale insiste sur les menaces qui pèsent sur la forêt du Bassin du Congo, autant que l’Amazonie. "La conversion des terre pour l’agriculture, le déboisement illégal et l’exploitation irrationnelle des ressources forestières augmentent la pression sur les forêts et ceux qui y vivent", entend-on entre 1’35" et 1'50”.
EDIT 19/09 : ajout de bannieres en fin d'article
Edit 03/09 à 18h55 : ajout éléments de contexte au 7e paragraphe sur les causes des incendies en Amazonie Edit 04/09 à 9h25 : reformule au 12e paragraphe objectif de l'agriculture sur brûlis