Coronavirus : la liste des prétendus conseils "simples et accessibles à tous" à ne pas suivre

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Des messages listant des recommandations “simples et accessibles” pour lutter contre l'épidémie de coronavirus ont été partagés des milliers de fois sur Facebook, Whatsapp et par chaîne d’e-mail en Afrique et en France depuis une semaine. L’AFP a interrogé des spécialistes et comparé ces listes aux préconisations des autorités sanitaires : en réalité, la majorité des conseils présents sur ces messages sont faux ou infondés.

Quels sont les symptômes du nouveau coronavirus ? Comment se transmet-il ?Peut-on neutraliser ce virus ? Des messages massivement partagés se targuent de répondre à ces questions en listant jusqu'à 12 conseils "simples et accessibles à tous" provenant d'un prétendu "chercheur de Shenzhen transféré à Wuhan pour collaborer avec la task force contre l'épidémie de coronavirus".

Par simple copier-coller, envoi d'e-mail groupés ou partage de publications Facebook, ces messages ont été diffusés des milliers de fois depuis le 2 mars dans de nombreux pays francophones, notamment en France et en Côte d'Ivoire.

Le même message a été partagé plus de 130.000 fois en espagnol sur Facebook cette semaine (exemples ici et ).

Une version légérement différente, listant 14 conseils et citant "l'oncle d'un ami" travaillant à "l'hôpital de Shenzhen" circule en anglais, et a été partagée des milliers de fois au Canada, aux États-Unis et au Royaume-Uni

Captures d'écran Facebook prises le 10 mars 2020

Selon les recherches de l'AFP, la grande majorité des ces conseils se basent sur des affirmations fausses ou infondées. Voici la liste de ces recommandations erronées:

"L'infection ne se présente pas comme le rhume habituel, avec le nez qui coule ou une toux avec cathares et crachats mais au contraire avec une toux sèche".

 C'est faux. Le nouveau coronavirus "peut causer des congestions et écoulements nasaux et des crachats" car les "symptômes sont d'abord similaires à ceux d'un rhume classique", explique à l'AFP le professeur Brandon Brown, épidémiologiste à l'Université de Californie.

"Le virus s'installe d'abord dans la gorge, provoquant une inflammation et une sensation de gorge sèche : ce symptôme dure 3 à 4 jours (...) Le virus descend dans la trachée, s'intalle dans les poumons causant une pneunomie. Ce passage a besoin d'environ 5 à 6 jours".

C'est faux. Selon les autorités sanitaires américaines (CDC) et l'Organisation mondiale de la santé (OMS), les principaux symptômes demeurent la fièvre, la toux, la sentation d'essouflement et des difficultés respiratoires.

Certains patients peuvent ne pas connaître de symptômes du tout ou simplement des symptômes similaires à ceux d'un rhume ou d'une grippe, précisent les autorités canadiennes. La durée d'incubation varie de 1 à 14 jours selon les estimations de l'OMS.

"Le virus ne résiste pas à la chaleur, il meurt s'il est exposé à des températures de 26-27°C".

C'est faux. "On ne sait pas, à l'heure actuelle, si la météo ou les températures ont un impact sur la diffusion du Covid-19", détaille le CDC des États-Unis sur sa notice d'informations. Il est par ailleurs impossible d'affirmer que la chaleur printanière ou estivale "tue" littéralement un virus expliquait l'AFP, dans un précédent article de fact-checking.

"Sur des surfaces métalliques, il survit 12 heures! (...) Le virus peut vivre caché dans les vêtements et sur les tissus pendant environ 6h à 12h"

C'est infondé. Les recommandations actuelles consultées par l'AFP ne mentionnent pas des durées aussi précises (ici l'OMS, le CDC, ou une agence sanitaire française) . "On ne sait pas avec certitude combien de temps le virus responsable de la COVID-19 survit sur les surfaces mais il semble qu’il se comporte comme les autres coronavirus. Les études (et les informations préliminaires sur la COVID-19) tendent à montrer que les coronavirus peuvent persister sur les surfaces quelques heures à plusieurs jours", détaille l'OMS.

Une étude publiée par des chercheurs allemands dans le "Journal of Hospital Infection" en mars 2020 analysait la persistance des autres coronavirus, comme ceux des ayant provoqué les épidémies de SRAS ou de MERS, proche du Sars-Cov2, le virus actuel. Leurs résultats (voir ci-dessous) sont sensiblement différents des affirmations des messages viraux.

Capture d'écran l'étude "Persistence of coronaviruses on inanimate surfaces and their inactivation with biocidal agents"
"Le liquide chaud neutralise le virus et il n'est pas difficile de les absorber"

C'est faux. L'eau chaude ou la fréquence de consommation d'eau n'ont aucune incidence sur ce virus, avaient déjà expliqué des experts à l'AFP, dans de récents articles de fact-checking (ici et ).

"Pas de besoin de changer la température de l'eau que vous buvez. Boire de l'eau est toujours important, pas simplement pour le coronavirus", ajoute le professeur Brandon Brown de l'université de Californie.

"Le coronavirus est assez grand. Il a un diamètre d'environ 400 à 500 nm. Cela signifie que tout type de masque peut l'arrêter."

C'est faux. Les autorités sanitaires françaises recommandent dans ce document officiel le port de deux masques spécifiques : les personnels de santé, "en contact étroit" avec des malades doivent porter "un masque filtrant de type FFP2". Les personnes malades et les personnes en contact avec des malades à "risque modéré/élevé" doivent porter "des masques anti-projections dits 'chirurgicaux'".

Le port de ces masques médicaux par la population non malade est "exclue" selon le gouvernement français, et "non nécessaire" selon l'OMS.

Le diamètre des particules du nouveau coronavirus varie entre 60 nm et 140 nm, selon un rapport publié en février 2020 par des chercheurs chinois dans "The New England Journal of Medecine"

"Vous pouvez faire des gargarismes avec une solution désinfectante qui élimine ou réduit le quota du virus"

Rien ne le prouve. L'AFP a cherché dans les recommandations officielles de l'OMS, des autorités américaines, canadiennes et françaises : il n'est nulle part mention de "gargarisme". C'est un geste à utiliser lors de "maux de gorges communs", "pas pour le nouveau coronavirus en particulier", résume Brandon Brown à l'AFP.

Une version réduite virale en Afrique

Une version raccourcie a été partagée des milliers de fois en Afrique et à Haïti, via Facebook et la messagerie Whatsapp. Le message viral liste des recommandations identiques en imitant un communiqué de l'Unicef, le fonds des Nations unies pour l'enfance, comme l'ont souligné nos confrères d'AfricaCheck.

"Ce message ne provient PAS de l'UNICEF et n'est pas exact" a déclaré à l'AFP le porte-parole de l'Unicef Christopher Tiday.

L'organisation a également dénoncé ces faux communiqués par de nombreuses alertes sur Twitter.

Captures d'écran Twitter le 10 mars 2020

L'Unicef recommande, tout comme l'OMS, et les différentes autorités sanitaires nationales de se laver les mains fréquemment, d'éviter un contact rapproché avec les personnes présentant des symptômes, et d'appeler les services de santé en cas de fièvre, toux ou difficultés respiratoires.

Les messages viraux évoqués ici recommandent, à raison, le lavage des mains et l'éloignement des personnes contaminées mais l'insèrent entre deux conseils erronés.

Depuis l'apparition du nouveau coronavirus en décembre dernier, 116.023 cas d'infection ont été recensés dans le monde, dont 1.606 en France et 100 en Afrique,  causant la mort de 4.012 personnes (30 en France, 2 en Afrique), selon un bilan établi par l'AFP à partir de sources officielles le 10 mars à 15h30 GMT.

 
Thomas Saint-Cricq