(AFP / Anthony Wallace)

L'hiver est propice à certains virus mais "la chaleur" printanière ne les "tue" pas

Copyright AFP 2017-2020. Droits de reproduction réservés.

Le président américain Donald Trump a affirmé lundi, à propos du nouveau coronavirus, que "d'ici avril, ou au cours du mois d'avril, la chaleur en général tue ce genre de virus", laissant entendre que cela pourrait signifier la fin de l'épidémie. Si les périodes hivernales sont en effet souvent propices à la propagation de certains virus respiratoires, ils ne disparaissent pas pour autant pendant les périodes plus chaudes. On ne peut pas affirmer que la chaleur en tant que telle "tue" littéralement les virus. En outre, nul ne s'aventure à prédire la fin de l'épidémie actuelle.

Le nouveau coronavirus détecté à Wuhan en Chine recèle encore beaucoup d'inconnues et aucun traitement n'est à ce jour disponible. 

Pour tenter de trouver des éléments de comparaison, on peut se pencher sur les deux autres épidémies mortelles causées par un coronavirus : le Sras (syndrome respiratoire aigu sévère) de 2002-2003 en Asie et le Mers (syndrome respiratoire du Moyen-Orient), toujours en cours.

Un coronavirus est une forme particulière de virus. S'il est tentant de comparer le coronavirus actuel à la grippe saisonnière en raison de la similitude de certains symptômes, il faut noter que le virus de la grippe appartient à une autre famille de virus, génétiquement différents, les myxovirus

"On ne peut pas généraliser le comportement des virus mais s'ils sont suffisamment proches (en terme de séquences de génome), on peut émettre des hypothèses", notamment grâce à l'exemple du Sras, qui "possède 79% d'identité de séquence" avec le coronavirus actuel, relève auprès de l'AFP Isabelle Imbert, spécialiste des coronavirus à l'université d'Aix-Marseille.

Comme l'explique ici l'OMS, "les premiers cas (de Sras, NDLR) se sont produits vers la mi-novembre dans la province du Guangdong (Chine). Le SRAS n'a commencé à se répandre dans le monde qu'à partir du 21 février (2003), lorsqu'un médecin contaminé de Guangdong a séjourné au neuvième étage du Metropole Hotel de Hong Kong".

"C'est vrai que l'épidémie s'était arrêtée en juin en Chine et que le dernier cas était en juillet à Taïwan. Certaines personnes avaient émis l'hypothèse : +le virus est apparu en hiver et a disparu aux beaux jours, donc peut-être qu'il y a un caractère saisonnier+", souligne auprès de l'AFP de Pr Arnaud Fontanet,  spécialiste des maladies émergentes à l'Institut Pasteur.

L'épidémie a duré jusqu'en juillet 2003, donc au début de l'été pour les pays de l'hémispère nord, ce qui correspond en effet à des températures plus élévées dans les pays tempérés, mais après le "mois d'avril" évoqué par Donald Trump.

"Peut-être que le réchauffement de l'été avait contribué au contrôle de l'épidémie, mais - et cela avait été discuté dans la presse scientifique - : est-ce que la température avait à voir avec la fin de l'épidémie de Sras, personne ne peut répondre là-dessus", poursuit Arnaud Fontanet.

Le président américain Donald Trump en meeting dans le New Hampshire le 10 février 2020

De plus, la saisonnalité d'un virus ne veut pas dire qu'il disparaît le reste de l'année : "On sait qu'on les retrouve quand même toute l'année", note le Pr Fontanet.

D'ailleurs, Singapour - qui a un climat tropical, chaud toute l'année - a connu un cas de Sras, au moins, en septembre 2003. 

Quant au coronavirus du Mers, il est "un contre-exemple" de l'idée selon laquelle la "chaleur" tuerait "ce genre de virus", ajoute le Pr Fontanet, faisant référence au Coronavirus du syndrome respiratoire du Moyen-Orient, qui a circulé dans des pays chauds.

Le MERS-CoV a été détecté pour la première fois en 2012 en Arabie saoudite, note l'Organisation mondiale de la Santé, qui souligne qu'il a été "signalé dans 27 pays depuis 2012, avec environ 80% des cas humains notifiés par le Royaume d’Arabie saoudite".

Il n'est donc pas possible d'affirmer qu'un temps plus chaud "tue" littéralement les virus.

La plus grande propagation en hiver peut être "aussi parce que les gens vivent plus confinés quand il fait froid que les virus respiratoires se transmettent mieux", note Arnaud Fontanet.

Les mêmes interrogations existent pour la grippe saisonnière, pour laquelle on observe empiriquement une saisonnalité mais que l'on ne sait pas expliquer, comme le résume ce billet de blog disponible sur le site de l'Université américaine d'Harvard.

De plus, on ne peut prévoir comment va se comporter le nouveau coronavirus, prévient Isabelle Imbert: "Pour l'instant la stagnation de nouveaux cas de nouveau coronavirus va dans le sens du scenario du Sras mais, malheureusement, nous avons peu de moyen à l'heure actuelle de prédire la dynamique virale".

En tout état de cause, même si, de fait, l'arrivée de températures plus clémentes était éventuellement susceptible d'aider à contenir voire à endiguer l'épidémie du nouveau coronavirus, les autorités sanitaires insistent sur le caractère essentiel des mesures actives de prévention et de confinement pour enrayer sa propagation.

Ce que l'on sait sur le nouveau coronavirus

Et l'OMS de rappeler que le Sras en 2003 a été endigué "notamment (grâce au) dépistage rapide des cas et leur isolement, la mise en quarantaine des sujets contacts, les restrictions aux voyages. L'ouverture de centaines de centres de soin des affections fébriles et le recours aux médias pour inciter le public à contrôler plusieurs fois par jour l'apparition éventuelle de fièvre ont permis d'améliorer encore le dépistage."

En outre, même avec l'espoir que le printemps ou l'été contribue à aider à endiguer la maladie, nul ne se risque à annoncer une fin de crise.

L'épidémie continue de progresser, et l'OMS se garde de dire que le "pic" est en vue, c'est-à-dire le moment où le nombre de transmissions commencera à baisser d'une semaine à l'autre.

"Nous ne savons pas", a aussi dit vendredi le directeur de l'Institut américain des maladies infectieuses, Anthony Fauci, membre du groupe de travail présidentiel sur le virus, lorsqu'on lui a demandé quand l'épidémie commencerait à fléchir.

"Tout type de prédiction serait malvenue car il reste énormément d'inconnues", avait-t-il dit lors d'une conférence de presse à Washington. 

Mardi 11 février, l'épidémie de ce nouveau coronavirus avait fait plus de 1.000 morts. L'OMS a de son côté officiellement nommé le nouveau coronavirus Covid-19.

Julie Charpentrat