Scène de corrida espagnole à Saint-Vincent de Tyrosse (Landes) le 19 juillet 2015. (Iroz Gaizka / AFP )

Chevaux mutilés, privés de leurs sens… attention aux rumeurs concernant la corrida

De nombreuses publications affirment que les chevaux utilisés dans les corridas subissent des sévices tels que la mutilation des cordes vocales ou des privations sensorielles. S’il est avéré que les chevaux peuvent avoir les yeux bandés et les oreilles bouchées pour les calmer dans l’arène, rien ne confirme qu’ils sont effectivement mutilés.

La corrida est régulièrement décriée pour le traitement réservé aux taureaux, mais certains opposants affirment que les chevaux montés par les picadors sont également maltraités. "Les chevaux utilisés dans les corridas sont vendus après avoir été exploités toute leur vie", explique une publication virale. Avec plus de 13.000 partages, celle-ci affirme que les chevaux subissent de graves sévices : cordes vocales coupées pour les empêcher de hennir de peur,  yeux bandés durant l'affrontement avec le taureau, oreilles et naseaux bouchés.

Ces affirmations font écho à des accusations régulièrement avancées par les opposants à la corrida, comme notamment ici en 2013 et en 2009. Mais aucune preuve concrète de la mutilation des cordes vocales n’est présentée par les militants anti-corrida.

Capture d'écran FacebookCapture d'écran Facebook (DR)

Toutes les accusations ne sont pas fondées

La mutilation des cordes vocales "est une rumeur qui circule, mais on n'a jamais pu le démontrer", indique à l’AFP Christophe Leprêtre, président du réseau Animavie, fer de lance du combat anti-corrida dans l'Hexagone. S'il n'évoque aucune mutilation de quelque nature que ce soit sur les chevaux de corrida, M. Leprêtre précise toutefois que les chevaux de picadors ont "les yeux bandés et des bouchons dans les oreilles", afin de protéger le cheval contre la peur ou le stress que pourrait provoquer la vue du taureau ou le bruit ambiant dans l'arène.

Interrogée par l’AFP sur une éventuelle mutilation des chevaux, la préfecture des Landes à Mont-de-Marsan, l'une des villes taurines françaises, a indiqué pour sa part que "les services vétérinaires n'ont jamais reçu aucune plainte en rapport avec le sujet".

Le traitement réservé aux chevaux est encadré par le règlement taurin français, qui prévoit ainsi dans son article 60 que ceux-ci ne doivent pas "être l’objet de manipulations tendant à modifier leur comportement".

Cependant, comme le note Margaux Justice-Espenan, docteure vétérinaire à Mende (Lozère) et auteure d’une thèse publiée en 2012 sur la place du cheval dans la tauromachie, "le bandage des yeux est explicitement autorisé". Elle explique à l'AFP : "Ce qui est légal, c’est de couvrir un seul oeil, mais cela se fait beaucoup de couvrir les deux.

La vétérinaire relève également que la pratique de boucher les oreilles des chevaux est avérée, mais ne cause pas de douleur ou de stress à l'animal : "ce sont des petits bouchons en mousse, ce sont vraiment des boules Quies". Toujours selon cette spécialiste, les chevaux ne subissent pas de mutilation des cordes vocales, car "ce serait un acte vétérinaire, et aucun vétérinaire n'accepterait de faire ça. D'autant plus qu'un cheval ne hennit jamais vraiment de peur, il fuit mais ne hennit pas".

Des photos détournées

Plusieurs photos prétendant montrer les sévices subis par les chevaux de corrida circulent sur internet, relayées par des opposants à la corrida. La plus populaire d’entre elles montre un cheval ensanglanté, souvent accompagnée d’une légende affirmant qu’il a été maltraité et mutilé pour la corrida, comme dans ce tweet, ce billet de blog, ou le site de cette association anti-corrida.

La photo montre en réalité un cheval brûlé dans un incendie en 2001, comme le prouve cet article du journal espagnol El Pais. Le cliché appartient à l’agence de presse espagnole EFE.

La corrida, potentiellement mortelle pour les chevaux

Reste que la corrida est une pratique qui présente des risques pour les chevaux. Les bêtes peuvent potentiellement être encornées voire éventrées, même si elles sont équipées de protections dans certaines formes de tauromachie comme la corrida espagnole. Depuis le XIXe siècle, des caparaçons visant à protéger les chevaux sont ainsi utilisés et sont constamment perfectionnés pour réduire les blessures et les morts. Aujourd’hui, ce caparaçon est une robe matelassée qui recouvre l’essentiel du corps de l’animal et le protège efficacement des coups de corne.

S’il n’existe aucun chiffre récent sur le nombre de chevaux tués dans l’arène, Margaux Justice-Espenan estime que concernant la corrida espagnole, le cheval "n’est plus tué en piste" et "devient acteur (et non plus victime)" de l’événement. "Avec les protections, il n'y a plus de mortalité, c'est vraiment exceptionnel", explique-t-elle à l'AFP.

Les chevaux utilisés dans la corrida portugaise ou dans la corrida de rejón ne bénéficient cependant pas de cette protection encore à ce jour. Les blessures et charges mortelles sont donc bien plus fréquentes dans ces formes de corrida.