Ce certificat de décès est authentique, mais une jeune femme n’a pas été brûlée dans un supermarché chilien

Des internautes français et chiliens affirment depuis le 23 octobre qu'une femme a été tuée par balle avant d'être brûlée dans un supermarché lors des manifestations contre les inégalités sociales au Chili et publient son certificat de décès à l'appui. Mais cette femme, décédée des suites d’un "traumatisme thoracique causé par un projectile", ne figure pas selon la justice chilienne et sa famille, parmi les 20 personnes décédées en marge de la forte contestation qui secoue le pays depuis le 18 octobre.  

"On a retrouvé Valeska brûlée dans un supermarché", affirme un message inscrit sur l’image d’un certificat de décès publié sur Facebook le 26 octobre, et qui a, depuis, été partagé plus de 3.600 fois. L’auteur de cette publication a ajouté, en légende, la question suivante : "Mais quand le gouvernement va-t-il prendre ses responsabilités par rapport aux assassinats ?"

L’AFP a archivé cette publication ici

Des versions similaires de ce message ont également circulé sur Twitter, en espagnol et en français.
 

(Capture d'écran Twitter datée du 30 octobre 2019)


L’équipe de vérification de l’AFP a téléchargé le certificat de décès officiel de la jeune fille cité dans la publication sur le site web du Registro Civil chilien. Selon ce document, Valeska Carmona est morte des suites d’un "traumatisme thoracique lié à un projectile" le 20 octobre 2019.

Un porte-parole du procureur de Santiago a précisé à l’AFP que Mlle Carmona avait été victime d'un coup de feu tiré "depuis une voiture en mouvement, selon des témoins", démentant la rumeur voulant qu’elle ait été retrouvée brûlée dans un supermarché.

L’hôpital El Pino, dans lequel la jeune femme a été admise avant de succomber à ses blessures, a confirmé à l’AFP que la jeune fille avait reçu une balle au thorax. 

Selon le porte-parole du procureur de Santiago, sa mort fait l’objet d’une enquête pour homicide et sa mort n’est "ni liée aux droits de l’homme, ni à l’état d’urgence”, décrété par le gouvernement du Chili le 18 octobre face aux violences nées d’une révolte contre une hausse de plus de 3% du ticket de métro dans la capitale, avant d’être levé le 27 octobre.

Le 25 octobre, le parquet chilien a publié sur son compte Twitter la liste des 15 personnes décédées en marge des manifestations ayant secoué le pays. Le nom de Valeska Carmona n’y figure pas. Les autorités ont indiqué que dans cette liste figurent dix personnes décédées dans les incendies ayant frappé des supermarchés. 

La mère de la jeune femme a également publié sur Facebook, deux jours après la mort de sa fille, un message confirmant que la mort de sa fille n’avait rien à voir avec l’état d’urgence et demandant à ce que la mort de la jeune femme ne soit pas instrumentalisée.

L’ONG chilienne Codeju, engagée en faveur de la protection du droit de la jeunesse, a également publié une liste de jeunes décédés dans les manifestations et les saccages. Le 25 octobre, ils ont publié un communiqué affirmant que Valeska Carmona n’en faisait pas partie.