"20 000" policiers et gendarmes blessés en une année ? Oui, mais pas tous en opérations

  • Cet article date de plus d'un an
  • Publié le 22 juin 2020 à 19:05
  • Lecture : 5 min
  • Par : Sami ACEF
"En 2019, 20 000 policiers et gendarmes (ont été) blessés dans l’exercice de leur fonction", selon Nicolas Bay, eurodéputé du Rassemblement national, interrogé sur les cas de violences policières en France. Ce nombre est cohérent avec les données de la police et de la gendarmerie, mais il mêle les blessures subies lors d'opérations, et celles alors que l'agent est par exemple victime d'un accident sur la route de son domicile, ou d'une blessure liée au sport sur ses heures de travail. 

Invité le 22 juin sur Public Sénat à s'exprimer sur les cas de violences policières en France, l'élu RN a répondu que : "les violences contre les policiers sont, en volume, infiniment supérieures, sans comparaison possible avec des violences qui seraient attribuées aux forces de l’ordre". Pour appuyer sa déclaration, il affirme qu'en "2019, 20 000 policiers et gendarmes (ont été) blessés dans l’exercice de leur fonction".

Première précision, il s'agit en réalité des chiffres de 2018 et non de 2019. Contacté par l'AFP, Nicolas Bay a expliqué faire référence à un rapport sur les blessures de policiers et gendarmes sur l'année 2018, mais publié en novembre 2019 par l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP). Cet ordre de grandeur de 20 000 blessés reste valable pour 2019, selon les chiffres de la police et de la gendarmerie interrogées le 22 juin par l'AFP. Toutefois, toutes ces blessures ne sont pas de même nature. 

Blessures "en mission" et "en service"

Considérons le rapport, publié par l'ONDRP en novembre dernier. Il fait état de 20 306 policiers et gendarmes ayant déclaré avoir été blessés ou s’être blessés dans le cadre de leurs activités, pendant l'année 2018.

Mais il convient de préciser que parmi ces 20 306 agents, l'ONDRP dénombrait 10 790 agents actifs (53%) blessés "en mission", c'est-à-dire lors d'opérations de maintien de l'ordre, de sécurité publique, d'investigation, de renseignement ou encore de prise en charge de personnes privées de liberté. Un chiffre en nette augmentation par rapport à l'année 2017 (+15%), comme nous en faisions état à l'époque dans une dépêche AFP.

Le rapport soulignait notamment que dans 11% des cas, les blessures ont été occasionnées à l'aide d'une arme: 666 policiers avaient été blessés par arme en mission contre 418 en 2017, soit une hausse de 60%. Pour la gendarmerie, en 2018, 48% des militaires blessés lors d'opérations de police l'avaient été suite à une agression selon le rapport.

Les autres blessés parmi les policiers et les gendarmes l'ont été "en service", ce qui signifie qu'ils ont subi des blessures "sur leurs heures de travail", mais "en dehors des missions opérationnelles".

"Cela comprend notamment des blessures subies lors d'un trajet vers le domicile ou le travail, le sport, une formation, une blessure lors d'une astreinte", énumère en exemple Christophe Soullez, chef de l'ONDRP, contacté le 22 juin par l'AFP. 

La catégorie "en service" dispose donc d'un périmètre assez large donc, qui recouvre par exemple une blessure subie lors d'un accident fortuit en-dehors d'une mission, lors d'un accident de la route en se rendant au travail (14% des policiers blessés "en service" en 2018), mais aussi la pratique d'une activité sportive. 

"Les accidents survenus durant les heures de sport (entraînement, compétition ou démonstration) ont concerné 1 192 policiers en 2018, soit 17% de l’ensemble des effectifs blessés", expliquait par exemple le rapport de novembre.

Point important, selon la méthodologie du rapport de l'ONDRP, les blessures "en service" peuvent "se produire de manière accidentelle ou non, et être causés par une tierce personne ou par le concerné lui-même".

Précisons également que selon l'ONDRP et le Sicop, service d’Information et de Communication de la Police nationale, interrogés par l'AFP, un cas de blessure résultant d'une agression contre un agent sur son temps libre, mais qui serait considéré comme ayant été motivé par sa qualité de policier ou de gendarme, serait a priori tout de même comptabilisé, dans la catégorie "en service". 

A noter enfin que le Sicop a expliqué à l'AFP que selon son propre comptage, 6 437 policiers ont été blessés "en mission", et 7 414 "en service", en 2018, c'est-à-dire davantage que dans le rapport de l'ONDRP. 

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Capture d'écran du rapport de l'ONDRP, prise le 22/06/2020
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Capture d'écran du rapport de l'ONDRP, prise le 22/06/2020
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Capture d'écran du rapport de l'ONDRP, prise le 22/06/2020

Les chiffres pour 2019

Selon le Sicop, "6 760 policiers actifs ont été blessés en mission, et 8 734 ont été blessés en service", au cours de l'année 2019. Des chiffres à nouveau en augmentation par rapport à 2018 donc. 

A ceux-ci, toujours selon le Sicop, s'ajoutent 1 752 blessés parmi les adjoints de sécurité (contractuels - 639 blessés en mission et 1 113 en service), ainsi que 529 blessés chez les policiers techniques et scientifiques (38 en mission et 491 en service). 

D'après le Sirpa Gendarmerie, service de communication de la direction de la gendarmerie nationale, 8 230 gendarmes ont été blessés au cours de l'année 2019, dont 3 818 "en mission" et 4 412 "en service".

Là encore, le total est supérieur au nombre de blessés pour 2018 mentionné dans le rapport de l'ONDRP, mais le nombre de gendarmes blessés en mission est en baisse (7 453 gendarmes blessés au total, 4788 en mission et 2 785 en service, en 2018).

Au total selon le Sicop et le Sirpa Gendarmerie, 23 724 agents actifs ont été blessés (en mission et en service) sur l'année 2019. 

En ce qui concerne les décès parmi les policiers, le Sicop en a dénombré en 2019 10 chez les actifs (4 en mission, 6 en service), ainsi que deux chez les policiers techniques et scientifiques (1 en mission et 1 en service). En 2018, 4 policiers et 9 gendarmes sont décédés en mission, et selon le rapport de l'ONDRP, qui dénombrait également 12 agents décédés en service (7 policiers et 5 gendarmes).  

Difficile de comparer les chiffres de violences policières

Est-ce que l'on peut pour autant comparer ces chiffres avec ceux des violences attribuées à des membres des forces de l'ordre ? En supposant que cette comparaison ait un sens, un problème résulte dans la méthode de comptage. Par exemple en 2018, selon le rapport de l'ONDRP, "1 016 policiers en mission ont été blessés ou se sont blessés lors d’accidents produits de manière fortuite, soit 17% des personnels blessés en mission", et non par un tiers. 

Comme il peut y avoir des trous dans le comptage du nombre de blessures subies par des agents sur une année, comment compter précisément le nombre de blessures infligées à des civils par des membres des forces de l'ordre en mission ? En service ? Toutes les blessures de civils n'aboutissent pas à un dépôt de plainte, et toutes n'ont pas lieu dans le même contexte.

Le rapport 2019 de l'inspection générale de la police nationale (IGPN), fait état de 1460 saisines sur l'année, dont 868 portent sur des "violences volontaires", ainsi que de 19 morts et 117 blessés graves lors d'interventions policières. 

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