Tunisie : l’image de Kaïs Saied détournée pour prétendre à de fausses alliances politiques

  • Cet article date de plus d'un an
  • Publié le 03 octobre 2019 à 18:20
  • Mis à jour le 16 octobre 2019 à 16:22
  • Lecture : 4 min
  • Par : Salsabil CHELLALI
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Des affiches électorales circulant sur les réseaux sociaux montrent côte à côte Kaïs Saied, candidat indépendant à la présidentielle, et Seifeddine Makhlouf, avocat islamiste fondateur du parti Karama (dignité). Elles prétendent que les deux hommes ont formé une alliance. Une fausse information démentie par l’équipe de Kaïs Saied.

La publication ci-dessous, partagée 400 fois depuis le 17 septembre par une page Facebook se présentant comme un soutien à Kaïs Saied, montre une poignée de main entre le candidat arrivé en tête au premier tour de la présidentielle et Seifeddine Makhlouf, fondateur du mouvement Karama, actuellement en campagne pour les législatives comme tête de liste pour la circonscription Tunis 1.

Sur l’affiche estampillée du logo du mouvement Karama, le slogan en arabe annonce : "l'Union fait la force. Kaïs Saied à la présidentielle et la coalition Karama aux législatives".

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Capture d'écran d'une publication Facebook réalisée le 3 octobre 2019.

Sur les groupes et pages Facebook en lien avec les scrutins électoraux, d’autres affiches du même genre ont commencé à circuler au lendemain du premier tour de la présidentielle tunisienne, à l’instar de celle ci-dessous, où les utilisateurs Facebook sont invités à partager le visuel et à se rendre aux urnes pour soutenir l’alliance entre Saied Kaïs et Seifeddine Makhlouf.

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Capture d'écran d'une affiche sur Facebook réalisée le 3 octobre 2019.

Des images détournées à des fins électoralistes

Sur d’autres affiches électorales circulant sur les réseaux sociaux, l’image de Kaïs Saied est maintes fois détournée, tantôt associée au parti islamiste modéré Ennahdha, tantôt associée à celle de Tahya Tounes, le parti du chef du gouvernement Youssef Chahed. Si le parti Ennahdha et le mouvement Karama, plus conservateur, ont tous deux appelé à voter pour Kaïs Saied au second tour, Tahya Tounes n’a donné aucune consigne de vote.

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Capture d'écran d'une affiche partagée sur Facebook réalisée le 3 octobre 2019.

Traduction : "Votez Ennahda pour la réussite du programme de Kaïs Saied".

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Capture d'écran d'une affiche sur Facebook réalisée le 3 octobre 2019.

Traduction : "La sagesse et l’expertise constitutionnelle à Carthage. La jeunesse et le travail au Parlement. Tahya Tounes a choisi Kaïes Saied, je choisis Tahya Tounes".

Réaction de Kaïs Saied 

Kaïs Saied a réagi en publiant un communiqué sur son site web, où il réaffirme de nouveau son indépendance vis-à-vis des partis politiques. Il assure qu’il "ne soutient aucune liste aux élections législatives et qu’il n’est lié à aucune campagne".

"Kaïs Saied déplore les abus constatés dans les campagnes des élections législatives et les tentatives d’y impliquer son nom et son image. La Haute autorité indépendante de la communication audiovisuelle (HAICA) en a été informée afin d’y répondre avec les mesures appropriées", précise le communiqué, qui partage une photo d’une affiche utilisée en pleine rue et non seulement sur internet.

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Capture d'écran du communiqué publié sur le site de Kaïs Saied réalisée le 3 octobre 2019.

Une plainte concernant le mouvement Karama a été déposée auprès de l’Instance supérieure indépendante pour les élections (Isie), a confirmé à l’AFP la porte-parole de l’instance, Hasna Ben Slimane.

Dans la perspective du scrutin législatif

Non officielles, ces affiches prêtent à confusion à quelques jours du rendez-vous électoral des législatives du 6 octobre. Il s’agit pour la Tunisie du deuxième scrutin législatif depuis l'adoption de la Constitution de 2014 et du troisième depuis la révolution de 2011. Plus de 1.500 listes, dont au moins un tiers sont indépendantes, se disputent les 217 sièges de l'Assemblée des représentants du peuple (ARP).

Kaïs Saied, qui se dit opposé au système partisan, n’a donné aucune consigne de vote pour les législatives, et il a averti les partis appelant à voter pour lui qu’il n’y aurait aucune contrepartie. 

Bien que la publication des sondages soit interdite, des études officieuses laissent entendre que les listes indépendantes pourraient arriver en tête à l’issue des législatives, devant le parti de M. Karoui et Ennahdha, suivis de nouveaux mouvements dont Karama.

Edit 16/10 : ajout du lien vers la traduction en arabe.

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