
PMA : cet article du Sun sur un "couple de féministes lesbiennes" n'a jamais existé
- Cet article date de plus d'un an
- Publié le 31 juillet 2020 à 18:20
- Lecture : 4 min
- Par : Marin LEFEVRE
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"Un couple de féministes lesbienne [sic] poursuivent en justice le donneur de sperme pour qu’il paye l’éducation de leur enfant", affirme un tweet partagé plus de 2.000 fois depuis le 28 juillet. "On ne peut pas mieux résumer la PMA [procréation médicalement assistée] promise par Macron et Schiappa", s'indigne l'internaute.

D'autres tweets et posts Facebook partagent la même information (1, 2, 3), accompagnés à chaque fois d'une même capture d'écran d'un prétendu article du Sun à ce sujet.
Or, il s'agit un montage.
Sollicitée par l'AFP le 31 juillet, Victoria Watson, une rédactrice en chef du journal britannique, assure que "le site du Sun ne contient aucune trace de la publication d'une telle histoire, cela doit donc être faux".
L'AFP n'a également trouvé aucune trace d'un tel article sur le site du Sun, ni aucun lien archivé renvoyant vers un article qui aurait été supprimé par le tabloïd.

En recherchant le titre de l'article en anglais sur Google, l'AFP a néanmoins retrouvé sa trace sur un site satirique, qui l'avait publié en février 2019, accompagné de la même photographie. "Tous nos articles sont satiriques et ne doivent pas être pris au premier degré", avertissait le site satirique.

Par ailleurs, cette photographie représente bien un couple lesbien, mais n'a rien à voir avec une quelconque affaire judiciaire. Cette photo a commencé à circuler en 2016, lorsque les deux jeunes femmes sur l'image, Brie Grimes et Lindsey Creel, sont devenues les premières lesbiennes a être couronnées "roi et reine du bal" d'un lycée de Tallahassee (Floride), selon un article du journal local Tallahassee Democrat.
Dans les pages du quotidien floridien se trouve une autre photo du couple, où elles apparaissent portant les mêmes tenues que sur la photo partagée par les publications en français.
Contactée sur Facebook le 31 juillet, Lindsey Creel n'avait pas répondu aux sollicitations de l'AFP.

Enfin, l'AFP n'a retrouvé aucun article récent rapportant qu'un couple de femmes aurait attaqué en justice leur donneur de sperme pour obtenir une pension alimentaire.
En 2014, une affaire impliquant un couple lesbien et un donneur de sperme dans l'Etat du Kansas, aux Etats-Unis, avait été très médiatisée. Selon CNN, le tribunal du district du comté de Shawnee avait réclamé à un donneur de sperme de payer la pension alimentaire pour l'enfant d'un couple de femmes qui s'était séparé.
Mais cette demande n'émanait pas des mères directement. L'homme avait été contacté par l'Etat du Kansas, qu'une des mères avait sollicité pour demander une aide financière.
Dans ce cas, parce que l'insémination avait été faite sans la participation d'un médecin, la cour en charge de l'affaire a reconnu l'homme comme ayant des droits parentaux sur l'enfant, et non pas comme un simple donneur. Et, ce, malgré l'existence d'accords signés dans lesquels ce dernier se déchargeait de toute responsabilité financière vis-à-vis de l'enfant.
Selon la BBC, un juge a finalement tranché en 2016 en faveur du donneur, estimant que les "parents légaux" étaient les deux mères et qu'il n'était pas obligé légalement de leur verser une pension alimentaire.
Le Guardian avait rapporté des faits similaires en 2007 : un organisme étatique britannique avait exigé du donneur qu'il verse une pension alimentaire à un couple lesbien qui s'était séparé.
L'une des seules occurences trouvée par l'AFP d'un couple lesbien exigeant une pension alimentaire d'un donneur remonte à 2005, comme nous l'expliquions dans une dépêche à l'époque.
Certaines des publications à l'origine de cette fausse information, comme le tweet susmentionné (voir capture d'écran), font référence à la "PMA promise par Macron et Schiappa".
L'ouverture de cette mesure aux couples de femmes et aux femmes seules a été validée le 29 juillet 2020 par les députés français lors des débats en deuxième lecture du projet de loi bioéthique, avec une poignée de voix contre dans presque chaque parti représenté, comme en première lecture en octobre 2019.

Les députés ont rejeté la PMA post-mortem, avec les gamètes d'un conjoint décédé, ou l'ouverture de la PMA aux hommes transgenres, comme ils l'avaient fait lors du premier examen du texte.