Non, une étude de l'Ined ne dit pas qu'"une personne sur sept blanche en France" a été victime de racisme

Invité de CNews jeudi 5 septembre, Laurent de Béchade président d'une association "qui lutte contre le racisme anti-Blanc", a affirmé qu'il s'agissait du "racisme le plus fréquent en France" et qu'une "une personne sur sept blanche en France" en a déjà été victime, en disant s'appuyer sur une étude de l'Institut national d'études démographiques (Ined). Cette étude ne dit pas ça.

Laurent de Béchade, président de "l'Organisation de lutte contre le racisme anti-Blanc (Olra)", réagissait jeudi 5 septembre à des propos sur le racisme tenus la veille par l'ancien international de football Lilian Thuram dans le quotidien italien Corriere dello Sport et rapporté par L'Equipe.

"Il y a une personne sur sept blanche en France qui a déjà été victime de racisme anti-blanc, sous forme de violence physique, verbale ou de discrimination", dit Laurent de Béchade sur le plateau.

"C'est un des chiffres qui a été étudié par l'Ined qui vous montre qu'il y a des millions de personnes qui sont touchés par le racisme anti-blanc et c'est probablement et même sûrement la forme de racisme la plus répandue en France", ajoute-t-il.

Laurent de Béchade a publié cet extrait de l'émission de Cnews sur son compte Twitter. Il a été relayé 1.300 fois et vue plus de 135.000 fois en moins de 24 heures. "Toutes ces informations sont vérifiables dans l'enquête TEO de l'INED 2016", précise-t-il dans un 2e tweet.

(capture d'écran twitter du 6 septembre 2019)

L'étude "Trajectoires et origines" de l'Ined, publiée en 2016, n'avance cependant pas de tels chiffres.

Le chapitre 15 de cette étude, qui porte sur "la place du racisme dans l'étude des discriminations", s'appuie sur un questionnaire administré entre septembre 2008 et février 2009 par l'Insee à environ 21.000 personnes vivant en France, âgées de 18 à 50 ans.

Les personnes qui ont participé à cette enquête ont notamment répondu à la question "au cour de votre vie, avez-vous été la cible d'insultes, de propos ou d'attitudes ouvertement racistes en France"

(capture d'écran étude Teo 2016 de l'Ined)

Pour obtenir des statistiques, les interviewés ont ensuite été classés en fonction "de leurs origines sociales et de leur lien à la migration", mais pas en fonction de leur couleur de peau ou origine ethnique "suivant en cela la décision du Conseil constitutionnel du 15 novembre 2007", précise l'étude. Les statisques ethniques sont interdites en France.

"C'est bien de la nationalité et de l'origine sociale de ces personnes dont il est question dans notre étude et pas de leur couleur de peau", précise à l'AFP Patrick Simon, directeur de recherches à l'Ined et co-directeur de l'étude TeO. Le terme "personne blanche" n'est par ailleurs pas utilisé une seule fois dans cette étude. 

D'où vient le "une personne sur sept blanche en France", avancé par M. Laurent de Béchade ? Il correspond à peu près au pourcentage de personnes issues de la population "majoritaire non paupérisée" qui a répondu "oui" à la question "avez vous déjà vécu une situation raciste ?", soit 15%, comme l'indique le tableau ci-dessous (le chiffre se retrouve en bas à gauche).

(capture d'écran de l'étude TeO de l'Ined)

Contacté par l'AFP, Laurent de Béchade explique s'être effectivement référé à ce chiffre. "C'est la conclusion qu'on en tire", a expliqué le président de l'Olra vendredi 6 septembre au téléphone. 

"Cette sous-catégorie est principalement constituée de personnes blanches et c'est donc le chiffre qui se rapproche le plus de ce que représente le racisme anti-blancs en France'", estime-t-il.

"Factuellement, on peut tirer des conclusions différentes de cette étude", reconnaît-t-il toutefois.

Comme l'indique l'étude, la catégorie "population majoritaire" constitue "un groupe hétérogène qui ne peut être réduit à des personnes supposées 'blanches'".

Il s'agit plus précisément "de personnes nées françaises, en France métropolitaine, dont les deux parents sont eux-mêmes nés Français", précise l'étude, ce qui "n'empêche pas que certaines (de ces) personnes puissent faire partie de groupes minoritaires (au sens sociologique) et soient ainsi exposées au racisme".

Par ailleurs, l'étude précise que les individus constituant les "majoritaires non paupérisés", sous-groupe de la "population majoritaire", sont "les moins nombreux en proportion à déclarer une expérience de racisme au cours de la vie". 

(capture étude TeO de l'Ined)

"Les personnes qui sont vues comme noires sont beaucoup plus exposées au racisme que les personnes vues comme blanche, c'est sans commune mesure", commente simplement Patrick Simon, co-directeur de l'étude.

Dans la partie analyse des résultats, l'étude TeO 2016 de l'Ined précise en effet : "Près de la moitié des migrants originaires d’Afrique subsaharienne se déclarent discriminés. Ceux issus du Maghreb et des DOM connaissent également des niveaux de discrimination de deux à trois fois supérieurs à ceux observés pour la population majoritaire, quel que soit l’indicateur retenu".

"Pour ce qui est des actes d'hostilités, on sait c'est que les blancs sont beaucoup moins exposés que les personnes noires, arabes ou asiatiques. Les blancs ne sont pas l'objet d'une forme d'oppression, d'agressivité aussi fréquente que le sont les personnes de couleurs", affirme Patrick Simon.

(capture d'écran étude Teo 2016 de l'Ined)
Edit : mis à jour le 07/09/2019 en remplaçant "avis du Conseil constitutionnel" par
 "décision du Conseil constitutionnel"
François D'Astier