Non, Nike n’a pas "collaboré" avec le rappeur Lil Nas X pour concevoir les "chaussures de Satan"

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Une série limitée de baskets contenant des références sataniques a été mise en vente sur internet le 29 mars: les "Satan Shoes" ("chaussures du diable"), conçues par la société MSCHF en partenariat avec le rappeur américain Lil Nas X, sur la base d’un modèle de l’équipementier Nike. Mais contrairement à ce qu’affirment de nombreuses publications Facebook, la marque américaine n’a en rien "collaboré" à cette collection. Au contraire : elle a porté plainte pour contrefaçon, accusant la société à l’origine de cette initiative d’avoir fabriqué ces chaussures "sans son autorisation".

Une croix rouge sur la languette, un pentagramme (étoile inversée à cinq branches) sur les lacets et une goutte de sang injectée dans la semelle: une série limitée de baskets contenant des références sataniques se trouve au cœur d’un imbroglio judiciaire depuis son lancement le 29 mars.

Ces "Satan Shoes" ("chaussures du diable"), produites par la société spécialisée MSCHF en partenariat avec le rappeur américain Lil Nas X, prend pour modèle une chaussure produite par l’équipementier Nike, la basket Air Max 97.

Annoncée par Lil Nas X sur son compte witter, la vente de ces chaussures produites en nombre limités a suscité la confusion sur les réseaux sociaux, de nombreuses publications ayant évoqué une "collaboration" entre la marque de sport et le rappeur américain.  

"Lil Nas X en collaboration avec NIKE présente la nouvelle paire de baskets Satan Shoes", a ainsi assuré un post partagé plusieurs milliers de fois sur Facebook (123…). En anglais, des messages viraux ont également circulé, assurant que "Nike" allait "sortir une chaussure dédiée à Satan" (12…)

L’une des images relayées par ces publications montre Lil Nas X, rendu célèbre par son tube "Old Town Road", tenant à la main une chaussure noire de marque Nike, sur laquelle on aperçoit les signes distinctifs ajoutés par MSCHF.

Capture d’écran d’une page virale sur Facebook, réalisée le 2 avril 2021

Indignation de personnalités publiques

Avant même la mise en vente des chaussures, plusieurs personnalités ont exprimé leur indignation. "Nous nous battons pour l’âme de notre nation", a écrit le gouverneur du Dakota du Sud Kristi Noem sur Twitter. "Je prie les chrétiens de s’élever contre cela", a renchéri le télévangéliste Mark Burns.

Des internautes ont mis en cause l’équipementier américain pour son rôle supposé dans l'opération. 

Contactée par l’AFP, Nike a toutefois démenti toute implication dans la conception de cette chaussure. L'entreprise a également nié tout lien avec Lil Nas X ou MSCHF, une société basée à Brooklyn spécialisée dans les séries limitées et connue pour ses produits irrévérencieux.

Plainte pour contrefaçon

Le 29 mars, jour de la mise en vente de ce modèle à 666 exemplaires, nombre associé lui aussi au diable, l’équipementier américain a effectivement assigné la petite société devant un tribunal fédéral civil de Brooklyn, l’accusant de contrefaçon.

"Les +Satan Shoes+ ont été produites sans l'accord de Nike ou son autorisation", a indiqué le groupe dans une déclaration transmise à l'AFP. "Nike n’est en aucun cas associé à ce projet", a-t-il ajouté.

L'équipementier a demandé la suspension de la livraison des paires de chaussures, qui ont toutes été vendues lundi à 1.018 dollars la paire (environ 864 euros). Il a réclamé aussi des dommages et intérêts, sans les chiffrer, assurant faire l’objet d’appels au boycott.

Le tribunal a donné raison à Nike jeudi 2 avril, en ordonnant à MSCHF de stopper les ventes de ses "Satan Shoes". Ces dernières sont "susceptibles de semer la confusion chez les consommateurs sur l’origine" des chaussures et de "ternir" l’image de Nike, a-t-il estimé.

La référence à Satan utilisée pour les "Satan Shoes" est inspirée du nouveau clip de Lil Nas X, "Montero", dans lequel le rappeur de 21 ans fait une danse lascive sur les cuisses du diable. Ce clip, rempli d'images bibliques, s'est lui aussi attiré les foudres des milieux conservateurs.

Traduit de l'anglais par Monique Ngo Mayag