Non, manger de la papaye et du miel ne permet pas de guérir de l’appendicite

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Des publications partagées près de 2.000 fois sur les réseaux sociaux depuis décembre 2020 prétendent que consommer de la papaye avec du miel permettrait de guérir de l'appendicite, en évacuant "les cailloux" qui nuiraient au bon fonctionnement de l’appendice. C’est faux et il est déconseillé de suivre ce conseil, d’après des médecins gastro-entérologues joints par l’AFP. Selon eux, l’opération visant à retirer l’appendice est nécessaire en cas d’appendicite pour éviter de lourdes complications.

"Pour guérir l’appendicite, pas besoin de vous faire opérer": voilà le message relayé par une publication Facebook du 20 décembre, qui propose une "recette" alternative pour soigner les inflammations de l’appendice, un organe de moins de 12 centimètres situé dans l'abdomen.

Selon cette publication, il suffit de mélanger "une bonne papaye mûre (uniquement la chaire)" avec du "miel pur" pour enlever les "petits cailloux" qui obstrueraient cette partie de l'intestin. Le mélange est à consommer à jeun et "le matin", précise l’auteur de ce post partagé près de 1.000 fois.

Ce traitement est préconisé par plusieurs autres publications (1, 2, 3, 4...), qui vantent un remède "très simple" permettant de se "débarrasser de ce mal".

 

Capture d’écran Facebook, prise le 19 janvier 2021

Une recette miracle? Contacté par l’AFP, le gastro-entérologue Konan Kouamé s’insurge face à ces "aberrations". "Ni la papaye, ni le miel, ni aucun autre aliment ne peut prévenir encore moins guérir une appendicite", insiste ce médecin spécialiste de médecine digestive et des inflammations de l'appendice.

L’appendice est une excroissance située au début du gros intestin, dans l'abdomen. De la naissance jusqu’à l’adolescence, il joue un rôle dans le système immunitaire en fabriquant des immunoglobulines qui constituent les anticorps censés protéger l’organisme contre les bactéries et les virus. 

Capture d’écran de la Société savante médicale française, prise le 20 janvier 2021

L'appendice peut cependant s'infecter ou s'enflammer lorsqu’il est bouché, par exemple à cause de matières fécales ou de parasites. C'est ce qu'on appelle l"'appendicite": une inflammation qui provoque des douleurs abdominales, de la fièvre ou des troubles digestifs.

L’opération : seule façon de soigner l’appendicite

Cette maladie, qui touche principalement les adolescents et les jeunes adultes, oblige le plus souvent à une intervention chirurgicale, appellée "appendicectomie". Cette opération benigne consiste à ôter l’appendice, dont la fonction n’est pas vitale.

Pour le Dr Konan Kouamé, il n’y a pas d’autres moyens efficaces que l’opération en cas d'inflammation brutale. "Les gens pensent qu’il y a du sable ou des cailloux qui obstruent l’appendice et qu’une fois retiré ou évacué naturellement tout reviendra en ordre. C’est faux et archi faux", martèle le gastro-entérologue.

Un avis partagé par le Dr Marion Lagneau, gastro-entérologue en région parisienne. Cela est "d’autant plus" vrai "que l’appendicite est une infection potentiellement grave qui peut se généraliser rapidement et entraîner une péritonite", alerte-t-elle.

La péritonite est une infection grave du péritoine, la membrane qui recouvre et maintient les organes dans l’intestin. "C’est à prendre très au sérieux", insiste Marion Lagneau, qui est également membre du collectif FakeMed, un réseau de professionnels de la santé qui luttent et alertent contre les dangers des fausses informations médicales.

Des chirurgiens opérant un patient à l'hôpital Louis Mourier AP-HP à Colombes, en banlieue parisienne, le 9 novembre 2020. Alain Jocard/ AFP (AFP / Alain Jocard)

Pour ces médecins, les croyances sur les remèdes naturels sont dangereuses, d'autant qu'elles sont prises au sérieux par de nombreux patients, notamment en Afrique. "50%" d'entre eux "font semblant d’écouter lors des consultations, mais préfèrent se fier à ce qui se dit entre voisins ou sur des groupes de remède naturels sur facebook", regrette le Dr Kouamé.

Un constat également dressé par le Dr Yappo Konan, urologue au CHU de Cocody à Abidjan, la capitale économique ivoirienne. Contacté par l’AFP au sujet de croyances similaires qui permettent de soigner toutes sortes de maux à base de fruits ou de plantes, il blâme la banalisation des fausses informations sur les réseaux sociaux. 

"Les patients africains s’en remettent aux remèdes traditionnels et à dieu, donc lorsqu’ils consultent il est parfois trop tard. Nous passons donc pour des incompétents car à un stade avancé, nous ne pouvons rien faire pour les sauver. Nous devenons des services de mouroirs", se désole Yappo Koman. "Il n’y a aucune campagne contre ces fake news du côté du gouvernement."

Moins de cas en Afrique mais taux de complication élevé

Selon une étude sur l’appendicite en Afrique publiée en novembre 2018 par Bamidele Johnson Alegbeye, chercheur en chirurgie et santé publique au Royal College of Physics and Surgeons of Glasgow, "le taux de complication lié à l’appendice est plus élevé sur le continent africain, notamment à cause d’une prise en charge tardive, un désavantage socio-économique mais aussi des moyens" plus faibles "alloués aux structures de santé". 

L’appendicite, selon les spécialistes, est toutefois moins fréquente en Afrique, "en raison des habitudes alimentaires des habitants de ces zones géographiques", où les régimes alimentaires sont d'avantages constitués de fibres. Selon le magazine d'information médicale Medscape, destiné aux professionnels de santé, "les fibres alimentaires diminuent" en effet "la viscosité des matières fécales, diminuent le temps de transit intestinal et découragent la formation des matières fécales qui stagnent dans le rectum et qui sont responsables des obstructions appendiculaires". 

En résumé, ni la papaye ni le miel ni aucun autre aliment ne peuvent soigner une crise d’appendicite, même si une alimentation saine permet de prévenir ce genre de maladie. Il est recommandé de consulter un docteur en cas de douleurs aiguë dans le bas droit de l’abdomen. Car bien que plus rare en Afrique, une appendicite peut avoir des conséquences mortelles.