
Non, le Danemark n'a pas imposé aux grandes propriétés agricoles de planter 5% de fleurs pour les abeilles
- Cet article date de plus d'un an
- Publié le 04 mai 2021 à 19:09
- Lecture : 4 min
- Par : Françoise KADRI, AFP France, Camille BAS-WOHLERT
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Le post publié le 28 avril dont l'auteur affirme qu'"au Danemark, la loi oblige les propriétaires de grandes terres agricoles à planter 5% de leurs terres en fleurs pour les abeilles", a été partagé plus de 225.000 fois sur Facebook ici.

La publication a également été très reprise sur Twitter et a suscité moults commentaires admiratifs en français, en espagnol, en italien, en anglais, en turc, en portugais, etc...
Les internautes dont certains ont réagi depuis l'Australie, l'Irlande, le Brésil ou les Etats-Unis, se sont réjouis d'une telle initiative permettant de créer des zones de butinage pour les abeilles qui favorisent la pollinisation des plantes et fleurs, et le développement de la biodiversité. Ils ont souhaité que les gouvernements de leurs pays s'en inspirent.

Malgré des recherches, l'AFP Factuel n'a pas trouvé l'origine de la photo qui illustre la publication. Il s'agit d'un paysage montrant une bande fleurie entre des champs de blé et une route.
Pas de loi au Danemark obligeant à 5% de bandes fleuries
L'AFP à Copenhague a interrogé diverses sources et il en ressort qu'"il n'y a pas de loi au Danemark disant que les agriculteurs doivent consacrer 5% de leurs terres aux fleurs pour promouvoir la biodiversité et les abeilles", a indiqué Mille Marie Christensen, porte-parole de la Fédération des agriculteurs.
L'Agence de l'Agriculture a confirmé à l'AFP qu'"au Danemark, la loi n'oblige pas les agriculteurs à aménager 5 % de leurs surfaces en jachères florales ou à créer des bordures de champs avec des mélanges floraux".
"Au Danemark, les superficies consacrées aux jachères florales, aux jachères pollinisatrices et aux bordures de champs ne représentent qu'une faible proportion de l'ensemble des superficies déclarées comme zones d'intérêt environnemental", a même souligné l'Agence de l'agriculture à l'AFP.

Le Danemark est l'un des pays scandinaves où l'agriculture est la plus développée avec 61% du territoire qui y est consacré, selon les plus récentes statistiques officielles, datant de 2019. Et seulement 12% des terres arables sont cultivées de manière biologique.
Avec ses 5,8 millions d'habitants, il produit assez de nourriture pour en nourrir 15 millions, soit près de trois fois plus.
Gros planteur de céréales, le Danemark est l'un des premiers exportateurs au monde de viande de porc et expédie aussi hors de ses frontières des produits laitiers et de la mer, selon des données trouvées par l'AFP sur le site du ministère de l'Agriculture français.
Le gouvernement danois affirme que promouvoir la biodiversité est devenu l'une des priorités du pays. Le ministère de l'Environnement a ainsi mis en place en décembre 2020 un budget spécial "nature et diversité" doté de 888 millions de couronnes (119 millions d'euros).
Mais ce "package" prévoit surtout l'implantation de forêts et de nouveaux parcs naturels nationaux et la préservation des espèces menacées.
Des aides européennes pouvant favoriser les jachères fleuries
Les plantations de bandes ou bordures de champs fleuries sont cependant encouragées ces dernières années par l'Union européenne (UE).
Les agriculteurs qui veulent recevoir de l'UE des "paiements directs verts" expliqués ici doivent consacrer 5 % de leurs terres arables à des zones bénéfiques pour la biodiversité.
Toutefois, les jachères fleuries sont "une option parmi d'autres pour répondre à l'exigence de 5 % de zones d'intérêt environnemental", a expliqué l'Agence danoise de l'agriculture en précisant travailler "avec les organisations environnementales et le secteur agricole pour faire connaître ce type de superficies riches en fleurs".

L'objectif de ces "paiements verts" qui sont des aides directes aux exploitants pouvant atteindre environ 80 euros par hectare, est d'améliorer la performance globale de l'agriculture en termes de biodiversité, de protection des ressources en eau et de lutte contre le changement climatique.
Ces subventions sont accordées sur la base d'un ensemble de trois critères, expliqués ici par le ministère de l'Agriculture français.
D'abord, maintenir des prairies permanentes (dans un ratio très précisément défini) pour mieux piéger le carbone et protéger la biodiversité.
Ensuite, diversifier les cultures en ayant sur ses terres arables au moins trois types de cultures différentes afin de renforcer la résilience des sols et des écosystèmes.
Enfin, consacrer 5% des terres arables à des zones bénéfiques pour la biodiversité, appelées surfaces d'intérêt écologique, en y implantant des arbres, des haies, des bandes tampon en jachère pour améliorer la biodiversité et les habitats.

Concevoir des vergers tout rond, planter des haies et semer des fleurs pour les abeilles et les oiseaux, mélanger les espèces et les types de culture, dans cet article datant de 2019, l'AFP avait montré l'importance de ces nouveaux concepts d'agroécologie.