Non, l'adolescente néerlandaise Noa Pothoven n'a pas été euthanasiée

  • Cet article date de plus d'un an
  • Publié le 06 juin 2019 à 18:01
  • Lecture : 4 min
  • Par : Danny KEMP
De nombreux médias internationaux ont rapporté cette semaine que l'adolescente néerlandaise Noa Pothoven, qui souffrait de dépression après avoir été violée enfant par deux hommes, avait été euthanasiée. La jeune fille de 17 ans est en fait décédée après avoir cessé de s'alimenter et de boire, selon ses parents.

Noa Pothoven est morte le dimanche 2 juin à son domicile. La nouvelle de son décès a été publiée pour la première fois le soir même par De Gelderlander, un journal local néerlandais couvrant la province de Gueldre, dont fait partie la ville d'Arnhem (est des Pays-Bas) où vivait la jeune fille.

Le journal avait rencontré l'adolescente l'année dernière lors de la publication de son livre intitulé "Gagner ou apprendre", dans lequel elle raconte avoir subi une agression sexuelle à l'âge de 11 ans, avant d'être violée par deux hommes trois ans plus tard. Souffrant depuis d'anorexie, de dépression sévère et d'un syndrome de stress post-traumatique, Noa Pothoven avait tenté à plusieurs reprises de mettre fin à ses jours.

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Capture d'écran du site du journal De Gelderlander le 6 juin 2019

Dans son interview accordée à De Gelderlander en décembre, la jeune fille expliquait avoir contacté - sans que ses parents soient au courant - la clinique Levenseindekliniek de La Haye, spécialisée dans l'euthanasie, pour solliciter un suicide assisté ou une euthanasie, mais qu'elle s'était vue opposer un refus.

Noa Pothoven avait annoncé quelques jours plus tôt sur son compte Instagram, désormais privé, avoir "perdu l'envie de vivre", selon le journal De Gelderlander. "Cela fait un moment que j'ai arrêté de manger et de boire et après de nombreuses discussions, (...) il a été décidé que je me laisserai mourir parce que ma vie est insupportable", avait-elle écrit.

Les Pays-Bas sont un des rares pays dans le monde où l'euthanasie est légale pour tous les citoyens âgés à partir de 12 ans, bien que la procédure ne soit autorisée que sous de strictes conditions.

La souffrance des personnes malades doit être "insupportable et sans perspective d'amélioration". Au moins deux médecins doivent certifier qu'il n'y a pas d'autre solution raisonnable pour le patient, qui doit être conscient et en avoir fait la demande explicite.

La loi néerlandaise spécifie également que le consentement des parents ou d'un tuteur est requis jusqu'à l'âge de 16 ans. De 16 à 18 ans, le consentement des parents n'est pas nécessaire mais ceux-ci doivent être impliqués dans la prise de décision de l'adolescent.

Mardi, une série d'articles provenant de différents médias internationaux ont commencé à apparaître, affirmant à tort que Noa Pothoven avait été euthanasiée.

Les éditions en ligne des journaux britanniques Daily Mail, Independent et Evening Standard, ainsi que les quotidiens américains le Washington Post et le New York Post et la chaîne de télévision Euronews, font notamment partie des médias à avoir publié cette information erronée.

L'histoire est très vite devenue virale dans de nombreux pays, dont l'Italie, la Pologne, l'Inde et les Etats-Unis. Dans ce qui apparaît comme une référence à cette affaire, le pape François a d'ailleurs tweeté sur le fait que "l'euthanasie et le suicide assisté sont une défaite pour tous".

Naomi O'Leary, une journaliste travaillant pour Politico Europe et ancienne collaboratrice de l'AFP et de l'agence de presse Reuters, a rapidement pointé l'erreur sur Twitter. "Il m'a fallu environ dix minutes pour vérifier avec le journaliste qui a écrit la première histoire néerlandaise" pour De Gelderlander, a-t-elle indiqué mercredi.

Une série de communiqués sont parus dans les heures qui ont suivies le tweet afin de démentir l'information.

Premièrement, la Levenseindekliniek a confirmé sur son site web que l'adolescente n'avait pas été euthanasiée, en citant les proches de Noa Pothoven.

La députée du parti écologiste de gauche GroenLinks Lisa Westerveld a ensuite tweeté une déclaration similaire.

"Nous sommes en contact avec sa famille qui nous a dit que, contrairement à ce que des médias internationaux ont affirmé, il n'est pas question d'euthanasie dans ce cas", a déclaré le ministre néerlandais de la Santé Hugo de Jonge dans un communiqué envoyé à l'AFP.

"Il faut désormais permettre à la famille de faire le deuil de Noa en paix. Les questions autour de sa mort et les soins qu'elle a reçus sont compréhensibles, mais elles ne recevront de réponses qu'une fois les faits établis", a-t-il.

Selon le ministre, l'Inspection néerlandaise des soins de santé et de la protection de l'enfance a été chargée d'enquêter sur ce cas.

Les parents de Noa Pothoven ont eux aussi fini par publier un communiqué relayé par De Gelderlander mercredi soir.

Euronews a par la suite publié une correction de l'histoire. 

De nombreux autres médias qui avaient diffusé l'information erronée,ont également publié des "clarifications" (1, 2, 3 et 4).

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