Non, la plante appelée "cassia alata" ne "tue" pas l'hépatite B en trois jours

Copyright AFP 2017-2020. Droits de reproduction réservés.

Une publication partagée plus de 44.000 fois depuis le 2 février 2019 et repartagée plusieurs centaines de fois ces deux derniers mois, principalement au Cameroun, affirme que la plante "Cassia alata", aussi appelée dartrier, "tue [l']hépatite B en 72 h". C'est faux : il n'existe pas de traitement connu pour l'hépatite B, et plusieurs experts contactés par l'AFP expliquent que cette plante n'est pas connue comme un traitement efficace contre cette maladie.

"LE CASSIA ALATA TUE HEPATITE B [sic] EN 72H", prétend la publication virale, accompagnée d'une photo de plante aux fleurs jaunes.

Suivent plusieurs recommandations de consommation de cette plante qui, si elles sont suivies, permettraient de guérir les personnes ayant contracté l'hépatite B.

Capture d'écran d'une publication Facebook prise le 18 août 2020.

Cette publication a été partagée plus de 44.000 fois sur Facebook depuis février 2019 et a récemment connu un regain de popularité (plusieurs centaines de partages ces deux derniers mois), principalement parmi les internautes camerounais.

Or c'est faux : il n'existe pas de traitement connu pour guérir l'hépatite B, et plusieurs experts contactés par l'AFP expliquent que cette plante n'est pas connue comme un traitement efficace contre cette maladie.

Qu'elle soit aiguë (elle guérit alors généralement de manière spontanée) ou chronique (moins de 5 % des cas chez les adultes), il n'existe pas de traitement qui permettrait de guérir l'hépatite B, comme l'explique Santé publique France sur son site.

Par ailleurs, plusieurs experts contactés par l'AFP confirment n'avoir pas connaissance d'une quelconque efficacité du cassia alata pour traiter ou guérir l'hépatite B. 

Contacté par l'AFP le 19 août, le professeur Ankouane Andoulo, chef du service d’hépato-gastroentérologie à l’Hôpital Central de Yaoundé et président de la Société camerounaise de gastro-entérologie explique ne pas avoir "connaissance d'une plante qui soigne l'hépatite B". 

Même son de cloche du côté de Yao Fulgence, hépatologue basé à Abidjan et chez Patrick Berche, microbiologiste et ancien directeur de l'Institut Pasteur de Lille contacté par l'AFP le 19 août.

"Il n'existe à ma connaissance aucune publication sur un effet antiviral quelconque [du cassia alata pour traiter l'hépatite B]", souligne ce dernier.

Les porteurs chroniques de l'hépatite B peuvent néanmoins être traités "par des médicaments, notamment des agents antiviraux par voie orale. Ce traitement peut ralentir la progression de la cirrhose, réduire l’incidence des cancers du foie et améliorer la survie à long terme", détaille l'Organisation mondiale de la santé (OMS) sur son site

Des propriétés médicinales ?

Quant aux éventuelles propriétés médicinales du Cassia alata, aucun des spécialistes contactés par l'AFP ne confie en connaître.

Le microbiologiste Patrick Berche note cependant qu'"il y a quelques publications montrant que [cette plante] a des propriétés diverses, notamment anti-inflammatoires", ce qui "est le cas pour de nombreuses plantes", ajoute-t-il. 

Quelques études référencées par PubMed, un moteur de recherches qui permet d'explorer une base de données d'articles scientifiques évalués par des pairs, en témoignent : celle-ci conclut que le Cassia alata a des vertus laxatives, celle-là observe que ses feuilles ont un effet anti-inflammatoire, cette autre recense ses différentes propriétés pharmaceutiques. 

Parmi les études recensées par PubMed, aucune ne mentionnait à la fois les mots "cassia alata" et "hépatite". 

Capture d'écran du moteur de recherches PubMed prise le 24 août 2020.

Sur le moteur de recherches académique Google Scholar, quelques publications scientifiques font état d'une utilisation de cassia alata dans la médecine traditionnelle contre l'hépatite, ici et ici notamment. 

Elles concluent que le cassia alata détiendrait des propriétés anti-oxydantes qui pourraient avoir un effet positif sur les hépatites, mais ne démontrent aucunement que la plante peut guérir ces maladies.

Au sujet de ces deux études cependant, le professeur Stanislas Pol, directeur du département d'hépatologie et d'addictologie à l'hôpital Cochin, contacté par l'AFP le 24 août, explique "qu'on peut spéculer sur un certain degré d'efficacité sur des hépatites (...), mais [que ces études ne contiennent] pas une donnée suggérant une réduction de la charge virale B" responsable de la maladie. 

Marion Lefèvre