Franck Didron

  • Cet article date de plus d'un an
  • Publié le 04 avril 2019 à 08:59
  • Mis à jour le 17 novembre 2023 à 10:43
  • Lecture : 3 min
  • Par : Sami ACEF
Âge 20 Blessé le 1er décembre Lieu de la blessure Paris Oeil Droit Certificat médical consulté Oui Arme mise en cause LBD Plainte Oui Enquête administrative IGPN

L'AFP a rencontré à Franck Didron à plusieurs reprises. La première fois lors d'une manifestation organisée pour les blessés à Paris le 2 février, la seconde fois également à Paris, le 11 février. A l'occasion des un an du mouvement des "gilets jaunes", nous l'avons recontacté pour faire le point sur sa situation. 

Pourquoi étiez-vous sur place ?

"Quand j'ai commencé à manifester c'était pour des raisons de pouvoir d'achat. Les fins de mois pour moi c'était la merde, j'avais beaucoup trop de mal à les finir. Quand j'ai appris que ce mouvement existait j'ai foncé pour aller manifester. C'était la toute première fois que j'allais manifester"

Que s'est-il passé ?

"J'étais dans un groupe de manifestants pacifiques. On était encerclé de CRS. Mon téléphone a sonné, c'était ma mère qui m'appelait pour me demander des nouvelles parce qu'elle voyait à la télé que le climat était anormal. Je rassurais ma mère. Des gilets jaunes m'ont dit 'attention les CRS chargent', je regarde à droite, à gauche, et au moment où je tourne ma tête pour regarder derrière je reçois une balle de LBD 40".

Quelle est votre vie maintenant ?

"Depuis que j'ai été blessé je me demande pourquoi il m'a tiré dessus ce CRS. Où était l'acte de violence ? J'aimerais bien que ce CRS se manifeste, qu'il vienne devant moi, et que droit dans les yeux il me dise pourquoi il m'a tiré dessus. Parce que là il a gâché ma vie. Le plus compliqué, c'est d'apprécier les distances, quand tu te sers un verre d'eau. Il faut tout réapprendre. Moi j'étais paysagiste, depuis trois ans dans une entreprise. J'intervenais principalement chez des personnes âgées, mais depuis j'ai beaucoup de mal à retrouver du boulot…. Je ne pense pas qu'un patron va reprendre un ouvrier comme moi avec un œil en moins. Il ne va pas pas prendre le risque de mettre un autre ouvrier en danger".

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À l'occasion du premier anniversaire de lancement du mouvement, l'AFP a réinterrogé mi-octobre les manifestants éborgnés.

L'ex-paysagiste suit aujourd'hui une formation en sonorisation en Bretagne: "Heureusement quelqu’un qui avait commencé à me suivre sur sur Facebook m’a proposé de venir en Bretagne, et j’ai trouvé une formation en sonorisation. J’apprends à préparer les scènes pour les chanteurs, à installer la sono, les câbles. C’est plutôt cool” a déclaré à l'AFP M. Didron. 

Il continue à manifester: "Je lâche rien. Je continue à y aller régulièrement. La dernière fois c’était il y a 15 jours à Brest, une manif de gilets jaunes". 

"Aujourd’hui, on a beaucoup trop de gens qui veulent prendre la tête du mouvement. Ca ne va pas (ndlr: il soupire) alors qu’on a un gouvernement de merde qui maintenant commence même à tirer sur les pompiers", critique-t-il.

Situation judiciaire : une information judiciaire est en cours selon le parquet de Paris interrogé par l'AFP le 27 octobre. 

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A l'occasion du cinquième anniversaire de lancement du mouvement, l'AFP a réinterrogé à l'automne 2023 les manifestants éborgnés.

Le Parquet de Paris a indiqué que le plaignant s’est constitué partie civile par plainte auprès du doyen des juges d’instruction le 14 février 2019, à laquelle a été jointe un signalement IGPN du 18 février 2019. Une information judiciaire pour violence par personne dépositaire de l’autorité publique suivie de mutilation ou infirmité permanente a été ouverte par réquisitoire introductif du 8 juillet 2019.

Retrouvez notre dossier sur les manifestants, passants, lycéens grièvement blessés à l'oeil durant l'hiver 2018-2019. 

EDIT: 13/11: ajoute nouveau témoignage de Franck Didron

EDIT 17/11/2023 : actualise l'article

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