Les photos montrant des “doubles soleils” sur Facebook sont-elles des “Hunter’s Moon” ?

Un photomontage partagé 51.000 fois sur Facebook montre un ensemble de photographies censées représenter une “Hunter’s Moon”, ou lune du chasseur en français. En réalité, cette expression n’a rien à voir avec les photos de la publication qui pourraient représenter beaucoup de choses : reflets d’objectifs ou de vitres d’immeubles, trucages ou encore illusions d’optique.

Capture d’écran réalisée sur Facebook, le 21/03/2019

La lune reflète la luminosité du soleil avec une intensité telle qu’elle ressemble à un second soleil !”, peut-on lire sur cette capture d’écran, partagée sur Facebook le 17 Février 2019.

Issu d’un échange privé, le message est un copié collé qui circule depuis 2015 sur les réseaux sociaux. En effet, nos confrères de Snopes avaient déjà identifié une autre version en anglais de ce message viral, datant du 04 Novembre 2015.

La nouvelle publication en est une traduction quasiment mot pour mot. L’original avait déjà été partagé plus de 100.000 fois à l’époque.

Capture d’écran réalisée sur Facebook, le 21/03/2019

Le terme de "lune du chasseur" est historiquement donné le plus souvent à la première pleine lune suivant la “lune des Moissons” (elle-même la plus proche de l'équinoxe d'automne) selon Pascal Descamps, chercheur de l'Institut de Mécanique céleste et de calcul des éphémérides (IMCCE).

Ces deux cycles lunaires ont la particularité d'avoir des levers très rapprochés du coucher du soleil. Pourtant, le message accolé aux photos parle d'un lever synchrone à celui du soleil, qui ne survient pas du tout à la même époque.

Il y a cependant trop de possibilités pour pouvoir affirmer ce que représentent chacune des six photos. Il pourrait s’agir :

  • de trucages
  • de reflets sur l’objectif d’un appareil photo
  • de reflets sur les vitres d’un immeuble
  • de photos prises au travers d’une vitre
  • bel et bien de la lune, lorsque celle-ci est moins brillante
  • ou bien d’une “parhélie”
Une parhélie authentifiée par le GEIPAN photographiée à Balma près de Toulouse le 21 Décembre 2013 (à gauche) - Crédit : GEIPAN / Et une autre parhélie probable selon le GEIPAN (à droite) - Crédit : Axda0002 (Wikicommons)

Le mot parhélie est issu des termes para (auprès) en grec ancien, et hélios (soleil). Ce phénomène pourrait-il être représenté sur l’une de ces photos partagées ?

Ce n’est pas impossible”, nous répond Jean-Paul Aguttes, responsable du Groupe d’Études et d’Informations sur les Phénomènes Aérospatiaux Non Identifiés (GEIPAN) à Toulouse. “Par exemple cette photo (voir ci-dessous) avec le lac et les montagnes pourrait en être une” ajoute-t-il, “mais c’est improbable, car les deux « soleils » sont très décalés en altitude”.

Capture d’écran réalisée sur Facebook le 20/03/2019, l’un des paysages présents dans la publication des “Hunter’s Moon”

Et l'astronome n'avait pas tort. Peu de temps après la publication initiale de cet article, le compte Twitter Fake Investigation nous a fait savoir qu'il avait identifié par recherche inversée l'origine de cette image. Qui provient de... Star Trek : Deep Space Nine !

 

 

M. Aguttes nous explique néanmoins en quoi consiste le phénomène de parhélie : “Il s’agit d’un effet de propagation de la lumière lié à la présence de cristaux de glace en suspension dans l’air”, affirme-t-il. “En plus des rayons normaux du soleil, l’observateur reçoit des rayons qui ont été déviés lors de la traversée des cristaux” et ces rayons arrivent alors à l’observateur dans une autre direction que celle du soleil, produisant ainsi un faux astre dans cette direction. “La particularité des cristaux de glace fait que cette déviation est de l’ordre de 22°”, conclut-il.

Cependant, pour vérifier l'authenticité de l'événement, il faut à chaque fois être en possession de la photographie originale. Puis s’assurer qu’elle n’a pas été altérée ou truquée, et que le témoignage est fiable.

Une photo recadrée, par exemple, ne permet pas d’exclure la possibilité qu’il s’agisse tout simplement d’un reflet sur l’objectif d'un appareil photo. Selon Jean-Paul Aguttes, elle empêche également de calculer l’angle d’incidence de la lumière pour vérifier si l’on obtient bien les 22° attendus.

Jusqu’à présent, le GEIPAN a recensé sur son site internet cinq parhélies photographiées en France, en se basant non seulement sur l’authenticité des photographies mais également sur les conditions météorologiques locales.

Le témoin de l’une d’entre elles décrivait ce phénomène comme “une lumière dans le ciel avec une trainée comme une comète, ce phénomène était statique.” Si vous pensez assister vous-même à ce spectacle, vous pouvez le signaler et transmettre les photos originales au groupe d’études en utilisant leur formulaire.

Capture d’écran réalisée sur le site du GEIPAN le 21/03/2019

Quant aux autres photos, “on ne peut pas travailler sans les originaux”, insiste Jean-Paul Aguttes.

 

[EDIT : Mis à jour le 22/03/2019 à 15h00 avec ajout du tweet de Fake Investigation sur scène tirée de Star Trek]

Geoffrey Fernandez