Jean-Michel Blanquer, le 6 février 2019 à Paris (AFP / Ludovic Marin)

Le vrai du faux de visuels dénonçant la loi Blanquer

Le 19 février 2019, l’Assemblée nationale a adopté le texte de loi pour une “école de la confiance”. La publication ci-dessous, partagée plus de 20.000 fois depuis le 22 mars sur Facebook, comporte du vrai mais aussi de nombreuses exagérations ou erreurs factuelles en extrapolant les conséquences de certains articles de la loi.

Capture d’écran réalisée sur Facebook le 27/03/2019

“La classe pourra être dispensée à vos enfants par des étudiants à partir de L2, non formés et non diplômés”

FAUX Un nouveau genre d’assistants d’éducation (appelés autrefois surveillants ou pions) verra le jour. Un dispositif en application de la “loi Blanquer” prévoit effectivement le recrutement d’étudiants des filières “préparant au concours d’accès aux corps des personnels enseignants ou d’éducation” dès leur deuxième année de licence. Il s’agit donc bien des futurs professeurs des écoles ou du secondaire à qui l’on proposera désormais une forme de pré-professionnalisation. Ils passeront à terme le concours des professeurs comme tout autre aspirant enseignant.

D’après le communiqué de presse du ministère de l’Education nationale, le dispositif recrutera 1.500 étudiants pour la rentrée 2019. Les contrats de ces assistants d’éducation auront une durée de 3 ans et couvriront de la L2 jusqu’à la première année de master (M1), avec un accroissement des responsabilités : observation des cours et aide aux devoirs pour un assistant d'éducation de niveau L2, co-intervention avec l’enseignant tuteur en L3, et prise en charge autonome sur des remplacements courts et prévisibles en M1 (par exemple le remplacement des profs en formation).

Le tout à raison de deux demi-journées par semaine. Au moment où les étudiants se voient attribuer des responsabilités pédagogiques en semi-autonomie dans l’établissement, ils sont donc déjà au moins titulaires d’une licence (bac +3).

Capture d’écran réalisée sur le site du ministère de l'éducation nationale le 27/03/2019

“Un proviseur de collège avec des principaux adjoints qui se chargeront de plusieurs écoles sans réelles connaissances du terrain et des élèves”

⇒  EXAGÉRÉ Dans cette réforme, le texte de loi prévoit la création d’une nouvelle entité appelée "Établissement public des savoirs fondamentaux " (EPSF). Elle aura pour objectif de rassembler en une seule organisation un collège et une ou plusieurs écoles du même secteur. Le principal du collège en reste le chef d’établissement et sera assisté d’un ou plusieurs “principaux adjoints”.

Au moins l’un de ces adjoints sera délégué au premier degré exclusivement, selon un amendement adopté par l’assemblée. Par ailleurs, cet adjoint doit obligatoirement être issu du premier degré d’après un second amendement.

Le travail d’un directeur d’école, c’est la coordination et l’animation d’une équipe, et le lien avec les familles, souligne Francette Popineau, secrétaire générale du Snuipp-FSU, premier syndicat dans le primaire. "Avec le nouveau dispositif, on n'aurait plus personne pour animer l'équipe puisque ce serait fait depuis le collège", craint-elle.

“Aujourd’hui, un conseil d’école par trimestre et par établissement. Demain, un conseil d’administration au collège pour tout le groupe”

⇒  PLUTÔT VRAI Le regroupement de plusieurs entités sous l’étiquette “d’établissement” implique que les instances de représentation de l’école élémentaire cesseront d’exister. Le conseil d’administration de la nouvelle entité (Etablissement public des savoirs fondamentaux) va donc bien remplacer les conseils d’école.

Le conseil d’administration d’un collège est composé d’élus du personnel et de représentants de l’administration ainsi que des collectivités territoriales. Le conseil d’école est lui composé principalement du corps enseignant, explique Stéphane Crochet, secrétaire général du SE-Unsa, un syndicat d’enseignants.

“Aujourd’hui, trop d’enfants dans une école = ouverture de classe. Demain aucune ouverture de classe”

FAUX Toujours selon Stéphane Crochet, “ce sont des déductions tirées par les cheveux”. Le ratio de 25 élèves pour un professeur des écoles fait qu’aujourd’hui, le nombre moyen d’élèves par classe est de 23 dans l’élémentaire avec des ouvertures et fermetures de classes en fonction des évolutions de la démographie dans les départements.

Aujourd’hui lorsqu’une commune dispose de plusieurs écoles, c’est l'inspection académique qui demande à la commune de mieux réguler les flux entre ses différents établissements. “Demain, on appliquera la même logique” entre les écoles d’un même EPSF, ajoute le responsable du SE-Unsa.

Capture d’écran réalisée sur le site du ministère de l'éducation nationale le 27/03/2019

“Suppression de la liberté d’expression des enseignants”

OPINION L’article 1er de la “loi Blanquer” mentionne que “par leur engagement et leur exemplarité, les personnels de la communauté éducative contribuent à l’établissement du lien de confiance”. Ce “devoir d’exemplarité” a été interprété par certains comme un moyen de rappeler à l’ordre ou de sanctionner des enseignants qui critiqueraient l’institution. Les opposants à ce texte se réfèrent à “l’étude d’impact”, le document qui accompagne un texte de loi pour détailler son application. Ce document évoque l'utilisation de cette mesure pour “des personnels qui chercheront à dénigrer auprès du public par des propos gravement mensongers ou diffamatoires leurs collègues et de manière générale l’institution scolaire”.

Bernard Toulemonde, professeur agrégé de droit public et ancien recteur, expliquait lui dans un entretien au Monde le 11 février que cette formule était “un voeu pieu” comme on en trouve régulièrement dans les réformes éducatives, et qu’elle était “sans réelle valeur juridique.” 

Geoffrey Fernandez
Frédérique Pris