Jérôme Henry

Âge ?
Blessé le 24 novembre
Lieu de la blessure Paris
Oeil Gauche
Certificat médical consulté Non
Arme mise en cause LBD
Plainte ?
Enquête administrative ?
   

Jérôme Henry a été blessé le 24 novembre 2018 à Paris sur les Champs-Elysées. Il n'a pas souhaité rencontrer l'AFP mais il a transmis un témoignage texte dont nous reprenons ici quelques éléments.

Pourquoi étiez-vous là ?

Le samedi 24 novembre 2018, ma femme et moi étions allés à Paris afin de montrer notre mécontentement légitime, estimant que c'était notre droit et devoir de citoyen. Ayant 5 enfants, étant salarié dans le commerce et ma femme en formation, nos fins de mois sont très difficiles avec un découvert bancaire dès le début du mois, et ce malgré nos efforts constants au quotidien, comme la plupart de nos concitoyens d'ailleurs. Malheureusement, ce jour-là, j'ai vraiment pris conscience que nous ne vivions plus en démocratie.

Que s'est-il passé ?

"Nous nous sommes retrouvés aux Champs-Elysées. Là-bas, tout est parti dans tous les sens, nous ne savions plus où nous étions, complètement dans le flou (...). J'ai vu des personnes mal intentionnées ce jour-là (casseurs, profiteurs, opportunistes) mais en nombre très réduit (...). Par contre, les forces de l'ordre positionnées non loin de ces groupes de casseurs isolés n'agissaient pas et les ont laissé faire (...). A un moment donné, je me suis retrouvé isolé, j'ai eu l'instinct de tourner la tête vers la droite, j'ai du avoir un sixième sens et là j'ai juste eu le temps de réagir et de me dire en une fraction de seconde qu'il fallait que je parte dans l'autre sens pour ne pas mourir. Un CRS me visait la tête avec un LBD 40 et boummm... il m'a touché. J'ai senti un impact extrêmement violent, ça résonne dans ma tête, ça bourdonne, mais je marche, je marche rapidement, instinct de survie certainement, je ne sais pas où je vais, je saigne (...). Je comprends alors que c'est très grave, les gens me regardent apeurés. Là, je crois que je vais mourir."

Quelle est votre vie maintenant ?

Je serai définitivement aveugle de mon oeil gauche en plus des multiples fractureuses osseuses de l'orbite ainsi que la plaque derrière l'oeil (...). Il faudra d'autres opérations pour l'esthétique car l'oeil a été abîmé aux deux tiers. 

Depuis ce jour-là, malheureusement, ma vision de la vie a changé.

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A l'occasion du premier anniversaire de lancement du mouvement, l'AFP a réinterrogé mi-octobre les manifestants éborgnés.

"Ca va comme un éborgné (...). Je me sens pas du tout apte à reprendre dans le commerce pour l'instant. Mon oeil je devais le garder et juste avoir une prothèse dessus, j'ai fait un rejet de la prothèse oculaire, là fin janvier, je dois me faire opérer pour me faire retirer l'oeil" raconte Jérôme Henry, joint par l'AFP le 28 octobre.

"J'ai pas porté plainte, mais je vais être dans l'obligation de le faire par rapport à tout ce qu'il y a d'administratif, assurance", explique-t-il aussi. "C'est pas évident financièrement, pour payer les factures, le loyer, le frigo, là je suis dans la difficulté de beaucoup."

Sur le plan politique, il raconte avoir été choisi "par tirage au sort" pour participer à une sorte de conseil citoyen mis en place par le député LaREM Guillaume Kasbarian. "Tous les mois, il y a deux à trois réunions (...). Pour une fois qu'on tend la main aux citoyens pour échanger, moi qui prônais le tirage au sort, je ne pouvais pas ne pas m'engager là dedans. Je suis le seul +gilet jaune+ sur 28 personnes. Ca permet d'échanger avec ces personnes-là, pour qu’ils se rendent compte de ce qui se passe dans notre pays."

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Retrouvez notre dossier sur les manifestants, passants, lycéens grièvement blessés à l'oeil durant l'hiver 2018-2019.

Guillaume Daudin