Attention à cette publication qui affirme que le jeu pour smartphone Talking Angela a été créé par des "pédophiles"

Copyright AFP 2017-2022. Droits de reproduction réservés.

L'application de jeu Talking Angela aurait été "créée par des pédophiles" et poserait des questions déplacées aux enfants, qu'elle pourrait même prendre en photo à leur insu, selon une publication partagée plus de 9 000 fois sur Facebook. Mais cette rumeur, qui circulait déjà en 2013, est infondée. L'éditeur de l'application a dénoncé de "fausses allégations" et l'AFP, qui a téléchargé le jeu, n'a pu ni discuter avec "Angela" le chat, ni prendre de photos. En France comme en Belgique, la police a déclaré n'avoir connaissance d'aucune plainte concernant cette application. 

Rédigé entièrement en majuscules et avec plusieurs fautes d'orthographe, le texte de la capture d'écran partagée sur Facebook est alarmant: "Avertissement pour tous les parents ayant des enfants qui ont des appareils électroniques, ex: Ipod, tablettes, etc.... Il y a une application qui s'appele Talking Angela qui pose des questions aux enfants comme: leurs noms, où ils habittent, noms de leurs écoles et peut même prendre des photos de leurs visages en appuyant sur le coeur rose situé au coin inférieur gauche sans que les enfants le réalisent. Cette application est crée par des pédophiles. S'il vous plaît, vérifiez les tablettes de vos enfants pour s'assurer qu'ils n'ont pas cette app!!!! S'il vous plaît transmettre ce message à vos amis et les membres de la famille qui ont des enfants!!!".

La publication relayant ce message a été partagée plus de 9 000 fois depuis le 8 janvier 2022. 

Capture d'écran sur Facebook réalisée le 17/01/2022

L'AFP a retrouvé l'origine de cette capture d'écran, issue d'un article publié en 2014 sur le site d'information canadien TVA Nouvelles et qui dément en réalité cette rumeur.

Sous la publication de janvier 2022, de nombreux internautes mettent d'ailleurs en garde contre ce "faux" message.

Capture d'écran réalisée sur Facebook 14/01/2022
Capture d'écran réalisée sur Facebook 14/01/2022

 

 

D'autres internautes affirment au contraire avoir surpris l'application en train de discuter avec leur enfant et soutiennent cette affirmation.

Capture d'écran réalisée le 17/01/2022 sur Facebook
Capture d'écran réalisée le 17/01/2022 sur Facebook

 

 

L'application Talking Angela fait partie de la série d'applications "Talking Tom and Friends", développées par la société britannique Outfit7. Dans ce jeu sur téléphone portable, le joueur doit s'occuper d'Angela, une chatte blanche qui répond aux stimulus et répète ce que le joueur dit  à voix haute.

La publication partagée sur Facebook affirme que Talking Angela pose des "questions aux enfants comme: leurs noms, où ils habittent, noms de leurs écoles et peut même prendre des photos de leurs visages (...) sans que les enfants le réalisent".

"Les allégations mentionnées sont absolument fausses", a réagi le service de communication d'Outfit7, l'éditeur de l'application, contacté le 18 janvier 2022 par l'AFP. "Nous cherchons toujours à offrir la meilleure expérience de jeu possible. Cela inclut, entre autres, des mises à jour régulières du jeu qui consistent également à ajouter de nouvelles fonctionnalités intéressantes et à supprimer celles qui sont obsolètes", a indiqué le directeur de la communication Matej Podobnik, sans répondre de manière précise sur les fonctionnalités aujourd'hui offertes par l'application.

Contactées les 12 et 13 janvier 2022, la police belge et la police nationale française ont déclaré à l'AFP n'avoir pas connaissance de plaintes déposées à propos de l'application Talking Angela. "Cette application est inconnue de nos services centraux, des équipes 'Child Abuse' (maltraitance des enfants, ndlr) et "Internet Investigations (enquêtes sur Internet, ndlr)", a précisé la police fédérale belge.

L'AFP a également contacté la FCCU (Federal computer crime unit), l'unité de la police belge en charge de la cybercriminalité. Le commissaire Olivier Bogaert a déclaré n'avoir "jamais entendu parler" de cette application et a assuré que les équipes chargées de la pédocriminalité sur Internet à la FCCU n'avaient pas connaissance de problèmes liés à cette application.

Pas possible de discuter avec Angela

Dans la foire aux questions (FAQ) disponible sur son site, Outfit7 assure que Talking Angela "ne prend pas de photos ou de vidéos de l'utilisateur" et qu'aucune donnée personnelle n'est communiquée à des tiers. L'entreprise explique qu'une version ancienne de l'application permet "aux utilisateurs de prendre leurs photos en appuyant sur le bouton du cœur dans l'application. Les photos prises ne sont pas stockées localement sur l'appareil et ne sont envoyées nulle part". 

Sur les questions personnelles, voire déplacées, évoquées par les internautes, la FAQ d'Outfit7 explique que, lorsque l'application ne fonctionne pas en mode enfant, "elle demande aux utilisateurs leur nom et leur âge (...) Bien que tous les sujets soient adaptés à la famille, l'application Talking Angela est capable de déterminer les sujets de conversation les plus adaptés en fonction de l'âge d'un utilisateur. Par exemple, si l’utilisateur est un enfant, les sujets discutés dans le "chat bot" (robot logiciel pouvant dialoguer, ndlr) porteront sur des thèmes familiers tels que l’école".

Toutefois, cette FAQ ne semble pas à jour, puisqu'elle évoque une fonction de messagerie instantanée (uniquement pour le mode adultes).

L'AFP a téléchargé My Talking Angela, qui existe en plusieurs versions: Angela à Paris, Angela star de la mode, etc. Dans aucune de ces versions, disponibles sur les magasins d'applications en ligne, il n'est possible de discuter avec Angela ou de se prendre en photo via l'application, comme le montre la capture d'écran ci-dessous.

Capture d'écran de la version actuelle de l'application Talking Angela, réalisée le 18/01/2022

Lors d'une première connexion, l'application demande seulement l'année de naissance de l'utilisateur ainsi qu'un nom, en prenant soin de préciser "n'utilise pas ton vrai nom".

Selon le site outfit7talkingfriends, dédié aux applications de Outfit7, l'entreprise britannique a supprimé la fonction permettant de discuter avec Angela en 2016. Le site de vérification Politifact évoque une pétition, lancée en 2017, qui demandait le retour de la fonction messagerie instantanée dans l'application. 

Une rumeur ancienne

Les rumeurs autour de l'application Talking Angela ont commencé à circuler dès 2013. Plusieurs internautes affirmaient alors qu'après plusieurs heures de jeu, des "bugs" étranges commençaient à apparaître et qu'"Angela" posait des questions déplacées aux joueurs. Cette publication, partagée en février 2014 sur une page Facebook intitulée "Pour que Talking Angela se fasse écraser par une voiture", affirmait par exemple que si le joueur écrivait "illuminati" dans la messagerie instantanée, le flash de l'application s'allumait.

L'application Talking Angela a également fait l'objet de nombreuses vidéos Youtube (1,2,3), dans lesquelles les internautes testaient l'application pour essayer d'y découvrir la preuve de sa dangerosité. Sur l'App store en français, le magasin d'applications d'Apple, plusieurs commentaires évoquant ces rumeurs sont visibles sur la page de présentation de l'application.

Face à l'inquiétude des internautes, la police française avait répondu en 2014, dans un communiqué dont le contenu n'est plus accessible: "Angela ne vous surveille pas !".

La même année, de nombreux articles sur le sujet ont été publiés, par exemple par RTL Belgique ou encore Konbini. Plusieurs médias anglophones, comme The Guardian et Snopes, ont également démenti ces rumeurs, expliquant qu'après plusieurs heures de jeu, ils n'avaient pas observé de comportement particulièrement étrange de la part d'Angela.

Cependant, plusieurs médias ainsi que ce blog, ont souligné à l'époque qu'il était trop aisé de passer du mode enfant au mode adulte, un mode dans lequel Angela pouvait poser aux joueurs des questions comme leur âge ou leur nom. Il était également possible de se filmer via l'application, afin de faire réagir la chatte à ses expressions faciales.

Des fonctionnalités qu'on ne retrouve pas dans les versions actuellement téléchargeables.