Attention, cette photo de l'ex-président sud-africain Jacob Zuma en tenue de prisonnier est un montage

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Des publications partagées plus de 300 fois sur Facebook depuis le 22 juillet prétendent montrer "l'ancien président de l'Afrique du Sud" Jacob Zuma en prison. Cette image est en réalité un photomontage: le visage de l'homme politique, dont l'incarcération le 8 juillet a déclenché des violences et des pillages à travers tout le pays, a été ajouté sur une photo d'un détenu prise en 2002 à la prison de Pollsmoor, dans la ville du Cap, par une journaliste de l'AFP.

Sur la photo, on aperçoit le visage de Jacob Zuma, l'air embarrassé, qui semble regarder droit vers la caméra au milieu de plusieurs autres prisonniers en combinaison orange. Voici "l'ancien président de l'Afrique du Sud, (...) dans son uniforme de prisonnier, [qui] fait la queue pour de la nourriture avec d'autres détenus dans une prison sud-africaine", clament les internautes qui partagent cette image. 

L'ex-chef d'Etat sud-africain a été incarcéré le 8 juillet pour outrage à la justice et pour une durée de 15 mois, en raison de son refuse répété de venir témoigner devant la commission chargée d'enquêter sur la corruption d'Etat durant sa présidence (2009-2018). Suite à cette décision judiciaire, des violences ont éclaté dans tout le pays, faisant un total d'au moins 330 morts.

Capture d'écran d'une publication Facebook, réalisée le 29 juillet 2021

Que l'incarcération de Jacob Zuma "serve de leçon a ceux qui croient que le pouvoir est éternel ou que l'argent les place au dessus de tout", souligne l'auteur de l'une des publications qui relaient cette image. Voilà "une belle leçon pour éduquer les dirigeants africains", conclut un autre.

Cette photo a très largement circulé en anglais, et a été partagée plus de 300 fois en français (1, 2, 3, 4...) depuis le 22 juillet, suscitant de multiples commentaires chez les internautes. Pourtant, l'image en question n'est pas authentique.

Une photo prise dans une prison du Cap en 2002

Une recherche d'images inversée sur le moteur de recherches Google permet de retrouver la photo originale dans une publication Facebook de décembre 2018. La page qui la partage, Innocent Prisoners, ne donne aucun détail sur sa provenance ou ce qu'elle peut montrer, mais il ne fait aucun doute qu'il s'agit du même cliché: les personnages sont exactement au même endroit, les uniformes sont identiques, de même que l'arrière-plan. 

Capture d'écran d'une publication Facebook, réalisée le 29 juillet 2021

Une seconde recherche d'images inversée, cette fois-ci avec avec ce cliché, permet de retrouver l'origine de cette photo: elle a été utilisée par le site d'actualités français 20minutes.fr pour illustrer un article d'octobre 2010. Dans la légende, on lit qu'il s'agit d'une photo prise par la photographe de l'AFP Anna Zieminski.

Cette image montre un "détenu qui sourit en tenant une bougie, lors d'une minute de silence consacrée à la mémoire des détenus atteints par le VIH/sida lors d'une visite par le ministre des Affaires correctionnelles Ben Skosana à la prison de Pollsmoor, au Cap, le 12 octobre 2002", précise la légende.

Un détenu sourit en tenant une bougie, lors d'une minute de silence consacrée à la mémoire des détenus atteints par le VIH/sida lors d'une visite par le ministre des Affaires correctionnelles Ben Skosana à la prison de Pollsmoor, au Cap, le 12 octobre 2002 ( AFP / ANNA ZIEMINSKI)

Un test pour la jeune démocratie sud-africaine

L'incarcération de l'ex-président sud-africain Jacob Zuma est une situation inédite pour l'Afrique du Sud et un test d'ampleur pour les institutions de cette jeune démocratie. L'ex-chef d'Etat - qui a gagné ses lettres de noblesse en passant dix ans en prison pour son opposition au régime d'apartheid - refusait initialement de se rendre aux autorités. Il a mis fin au suspense en se constituant prisonnier le 7 juillet. 

L'ancien président sud-africain, âgé de 79 ans, fait face à de multiples accusations : viol, pots-de-vin, pillage des caisses de l'Etat... Familier des tribunaux, il a multiplié les recours en justice, en mettant en cause l’impartialité des juges. C'est finalement cette défiance vis-à-vis de la justice qui a conduit à son incarcération, l'ex-chef d'Etat ayant ignoré les convocations de l'autorité judiciaire. Il est désormais incarcéré au centre correctionnel d'Estcourt, dans l'est du pays. 

Surnommé le "président Teflon" pour son habileté à échapper à la justice, M. Zuma doit encore comparaître en août pour répondre de seize chefs d'accusation de fraude, corruption et racket liés à l'achat, en 1999, de matériel militaire auprès de cinq sociétés d'armement européennes, alors qu'il était vice-président. Le groupe français Thales est aussi poursuivi pour corruption et blanchiment.

L'ancien dirigeant, emprisonné dix ans au pénitencier de Robben Island aux côtés de l'icône Nelson Mandela, conserve toutefois de fervents soutiens, notamment en pays zoulou, dont il est originaire, mais aussi au sein du parti de Mandela, le Congrès national africain (ANC), au pouvoir. Ces soutiens sont accusés d'avoir fomenté le chaos qui a duré une bonne semaine après son incarcération.

L'arrivée du cercueil de Njabulo Allen Dlamini (31), un conducteur de taxi père de 11 enfants qui aurait été tué à Phoenix, à Durban, le 12 juillet, par un groupe d'Indiens sud-africains qui montaient la garde pour défendre leurs propriétés des pilleurs. ( AFP / MARCO LONGARI)

 Au moins 330 personnes sont mortes durant ces violences, qui ont débuté le 9 juillet au Kwazulu-Natal, d'où M. Zuma est originaire, avant de s'étendre à Johannesburg, capitale économique du pays. Selon les autorités sud-africaines, les dégâts et pillages qui ont marqué ces manifestations vont coûter 50 milliards de rands, soit 2,8 milliards d'euros, à l'économie du pays.

"Ce que nous voyons aujourd’hui sont des actes opportunistes de criminalité avec des groupes de personnes qui cherchent à instaurer le chaos pour couvrir leurs actions de pillage et de vol. Aucune cause politique, aucune revendication ne peut justifier la violence et la destruction", a dénoncé le président sud-africain, Cyril Ramaphosa.

Traduction et adaptation :
Marion Lefèvre