Il y a moins de 600 écoponts aux Pays-Bas, mais bien de nombreux passages pour aider la faune à traverser les routes

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Une publication très reprise en France depuis le 3 juillet montre un impressionnant pont végétalisé au-dessus d'un axe autoroutier et affirme que les Pays-Bas en ont construit 600 pour aider les animaux à traverser, évoquant "un exemple à suivre". La photo a cependant été prise à Singapour. Et si les Pays-Bas possèdent bien des centaines d'installations le long des routes pour permettre à la faune de passer, les écoponts, plus coûteux, sont aussi moins nombreux. En France, il en existe également au-dessus des autoroutes.

"Un exemple à suivre (...) La Hollande a construit 600 ponts comme celui-là pour aider les animaux à traverser la route", peut-on lire dans la publication, partagée plus de 18.000 fois depuis le 3 juillet. Dans les commentaires, des internautes s'opposent et les avis divergent : "Ici, on en a rien à fiche (sic) des animaux" ; "on n'est même pas foutu d'entretenir correctement les routes", écrivent deux d'entre eux. "Ouvrez les yeux, il y en a partout en France", commente un autre.

Capture d'écran réalisée sur Facebook le 8 juillet 2021

D'autres encore remettent en question la véracité de cette affirmation : "En tout cas, la Hollande que je ne connais ne ressemble en rien à la photo" ; "600 ponts de ce genre aux Pays-Bas. Permettez-moi de douter". L'auteur de la publication n'a en effet pas donné d'indication sur la provenance du cliché.

En faisant une recherche d'image inversée dans l’extension InVID/We Verify, co-développée par l’AFP, on retrouve son origine. Elle a notamment été diffusée par de nombreux médias en Asie (1,2) en 2015, à l'occasion de l'ouverture au public de ce pont végétalisé de 62 mètres à Singapour.

Dans ces articles, le cliché est crédité au service de communication des parcs nationaux de Singapour. L'organisme décrit sur son site internet les bienfaits écologiques de cette infrastructure, appelée Eco-Link@BKE et achevée en 2013. Cette autre photo permet de confirmer qu'il s'agit du même pont : 

Capture d'écran d'une autre photo du pont, réalisée sur le site internet des parc nationaux de Singapour le 8 juillet 2021

Depuis de nombreuses années, il existe toutefois bien des écoponts aux Pays-Bas, comme l'atteste cette photo d'une structure quasiment identique à l'image virale, diffusée en 2016 sur la banque Alamy. Mais il n'y en a pas 600, selon les experts interrogés par l'AFP. 

Plusieurs dizaines d'écoponts aux Pays-Bas

Sur son site, l'Université de Wageningue (Pays-Bas), référence en matière de Sciences de l'environnement, explique que ce type de pont aérien végétalisé "permet aux animaux de traverser une route" et que le pays en compte "actuellement 30", tandis qu'une "vingtaine d'autres sont prévus".

68 écoponts ("ecoducts") construits et en cours de construction ou planifiés (p.61) sont recensés dans ce rapport de 2019 du ministère des Infrastructures et de l'Environnement des Pays-Bas.

Les passages à faune le long des routes et autoroutes sont nombreux dans le pays - on en compte au moins "plusieurs centaines", selon cette méta-analyse de 2015 réalisée par l'agence de recherche Bureau Waardenburg, basée à Culembourg - mais ce chiffre englobe également d'autres structures comme des tubes souterrains pour des petits animaux ou encore des bandes vertes partagées avec l'être humain.

"Il existe de nombreux passages souterrains comme des tunnels pour les renards et les blaireaux par exemple (...) Il y a également d'autres chemins avec des pistes cyclables et des sentiers pédestres, on peut y trouver du sable et des buissons, ils servent également de passage pour la faune (...) ce n'est pas la même chose" qu'un écopont, a expliqué le 8 juillet à l'AFP Marcel van Dun, porte-parole du Centre national de gestion des forêts aux Pays-Bas.

"Il n'y a pas 600 écoponts aux Pays-Bas. Le nombre de 30 est plus proche" de la réalité, a estimé le 8 juillet auprès de l'AFP Frans Sijtsma, maître de conférences à l'Université de Groningen et auteur d'une étude sur le sujet publiée en juin 2020 ("Ecological impact and cost-effectiveness of wildlife crossings in a highly fragmented landscape : a multi-method approach").

L'étude a dénombré 31 écoponts sur le territoire pour 479 structures permettant aux animaux de traverser les routes en 2017. Les écoponts sont plus coûteux (5.791.000 € en moyenne contre 794.000 € pour les tunnels les plus larges, selon l'étude) mais aussi plus "efficaces", selon le chercheur. "D'un point de vue écologique, ils sont efficaces (...) Nous avons comparé la présence animale à proximité de ces structures cinq ans avant et cinq ans après leur construction et constaté une amélioration", a dit M. Sijtsma. 

Véritables aménagements

Le coût s'explique en partie par la taille et la nature des écoponts. Il ne s'agit pas seulement d'un pont aérien au-dessus d'une route, mais d'une "structure assez complexe à mettre en place sur le plan technique et écologique", a commenté auprès de l'AFP Luc Chrétien, chef de la division Biodiversité au Cerema, établissement public rattaché au ministère de la Transition écologique et solidaire, dont le service est actuellement en train de recenser les passages à faune sur le territoire français.

"Ils sont conçus de manière à ce que les animaux les franchissent. Le pont est recouvert de végétation, il y a des arbres, parfois des mares pour les amphibiens, des souches ou des pierres... c'est un aménagement de détails", a-t-il expliqué. A ce stade, l'organisme a dénombré quelque 4.000 passages à faune en France. Parmi eux, 336 sont des "passages supérieurs", dont font partie les écoponts, même si leur nombre exact n'est pas encore connu par le Cerema.

Invisible aux yeux des vacanciers qui les franchissent régulièrement sur les autoroutes - "on y place des écrans occultants de chaque côté pour pas que les animaux ne prennent pas peur de la circulation", a relevé M. Chrétien - ils doivent assurer "la continuité écologique" entre les milieux naturels situés de part et d'autre de la voie.

"Les animaux se sont toujours déplacés dans des corridors écologiques pour vivre, se nourrir, se reproduire. Les routes interrompent cette continuité et découpent les territoires. Les passages à faune ont pour but de la recréer", a-t-il détaillé. Ces passages permettent du même coup aux sociétés concessionnaires, souvent décriées, d'afficher un savoir-faire écologique, comme nous l'écrivions dans cette dépêche en 2015.

La société Vinci, premier concessionnaire autoroutier en France, affirmait alors avoir construit 771 passages sur le territoire et investi 750 millions d'euros, entre 2010 et 2013, pour la rénovation ou la construction de structures aux dernières normes environnementales - écoponts et autres types de passages à faune -.

Dans la vidéo promotionnelle ci-dessous diffusée en décembre 2020, elle décrit le processus et les enjeux autour de la construction d'un écopont :  

François D'Astier