(AFP / Dale De La Rey)

Fenouil et désinfectants : les intox sur le coronavirus continuent leur tour du monde

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D'espions chinois aux bouteilles de désinfectants en passant par le thé au fenouil et l'ail bouilli : les infox sur le nouveau coronavirus continuent leur tour du monde sur les réseaux sociaux. Voici de nouveaux exemples décortiqués par l'AFP.

Faux bilans, faux cas, fausses alertes 

De nombreuses publications dans le monde entier font régulièrement état de prétendus nouveaux cas de contaminations dans différents pays, comme au Canada dans la province d'Alberta ou en Australie, près de Sydney. Dans les deux cas, les autorités locales ont indiqué à l'AFP que c'était faux.

Faux, aussi, les cas rapportés dans un hôtel au Gabon notamment dans cette publication Facebook, partagée près de 100 fois en 24 heures, ou des cas prétendus en RDC.

Il n'y a, au 12 février, aucun cas répertorié en Afrique.

Une multitude d'images prétendant montrer des personnes atteintes par l'épidémie continuent aussi de beaucoup circuler, comme par exemple cette vidéo partagée des milliers de fois depuis fin janvier dans plusieurs langues qui affirme montrer des personnes atteintes en Chine.

Mais c'est faux : il s'agit d'élèves participant à une sorte de rituel d'intégration dans leur établissement scolaire en Afrique du Sud.

Capture d'écran de la publication Facebook effectuée le 6 février 2020

Les faux bulletins de santé des autorités prodiguant conseils, alertes ou mises en garde sont aussi légion, comme par exemple une infographie en thaï censée provenir du ministère thaïlandais de la Santé, décrivant différents types de masques et leur efficaicité sur les germes et les polluants. Comme décrit ici, le ministère a nié être à l'origine de ce visuel.

Au Pakistan, un visuel partagé des milliers de fois par plusieurs pages Facebook affirme que les autorités du Penjab déconseillent de manger de la viande de chèvre pendant 60 jours pour se prémunir du coronavirus. C'est une invention: les autorités n'ont jamais donné un tel conseil et de plus, rien ne permet d'affirmer que le virus serait présent parmi le bétail au Pakistan.

Capture d'écran Facebook

 

Fausse aussi, la prétendue quarantaine pour les visiteurs de 23 pays qu'auraient émis les autorités philippines.

Les faux bilans sont aussi nombreux, comme cette publication décortiquée ici, affirmant notamment que plus de 300.000 personnes étaient contaminées en Chine fin janvier. Comme écrit dans cette dépêche, au 12 février, la Chine a recensé près de 45.000 personnes atteintes.

Thé au fenouil, herbes et ail bouilli: faux remèdes à foison

Fréquentes également, les publications prétendant qu'il existe des remèdes miracle contre le coronavirus, pour lequel il n'existe en réalité actuellement aucun vaccin ni traitement.

Ainsi, cette publication trompeuse publiée sur le réseau chinois WeChat par un journal chinois a été vue plus de 100.000 fois depuis le 1er février. Elle affirme que des autorités scientifiques du pays ont déterminé que le cocktail d'herbes médicinales appelé Shuang Huang Lian neutralise le coronavirus actuel. Des publications similaires sur Weibo, WeChat et Facebook ont été vues des millions de fois.

En réalité, comme expliqué dans cet article, aucune étude clinique n'a été réalisée permettant de conclure à une utilité de ces herbes face à ce virus.

Au Sri Lanka, c'est une plante appelée asafoetida, qui est censée protéger du coronavirus selon cette publication,  une idée démentie par des experts sanitaires. En Thaïlande, c'est "la chiretta verte" qui est parée des même vertus, là encore, sans fondement scientifique.

Autres exemples avec le thé au fenouil: des publications partagées des milliers de fois, en particulier au Brésil, affirment que des professionnels de santé en recommandent l’ingestion pour combattre le nouveau coronavirus, identifié en Chine à la fin de l’année 2019.

Selon ces publications, comme celle-ci, le fenouil possèderait la même substance que le médicament Tamiflu, utilisé dans le traitement de la grippe H1N1. Mais les spécialistes contactés par l’AFP ont démenti cette rumeur.

Dans la publication ci-dessous, c'est boire de l'eau bouillie avec de l'ail qui guérirait du coronavirus en quelques heures. Là encore, rien ne vient appuyer cette rumeur et l'Organisation mondiale de la santé repète qu'il n'y pas de traitement curatif ou préventif pour le nouveau pathogène.

Capture d'écran Facebook

Pas de miracle non plus avec les nombreuses rumeurs affirmant que certains pays auraient trouvé un vaccin ou un médicament voire éradiqué l'épidémie. Les autorités srilankaises ont par exemple dû démentir la rumeur selon laquelle le pays aurait éradiqué le virus, comme affirmé ici par exemple.

Quant à d'autres publications  virales, comme celle-ci, elles affirment que c'est la cocaïne qui tue le coronavirus... Cette image a été en fait réalisée à partir d’un “générateur de breaking news”, un petit outil disponible pour tous sur internet. L'Institut Pasteur de Dakar, interrogé par l’AFP, a confirmé que la cocaïne ne soigne en aucun cas le coronavirus.

Les bouteilles de désinfectant...

Depuis les premiers jours suivant l'officialisation de l'épidémie en janvier, de nombreuses publications affirment que le coronavirus n'est pas nouveau, voire qu'il a été créé en laboratoire, notamment pour gagner de l'argent grâce à de futurs vaccins.

L'AFP a déjà expliqué ici et  que la confusion venait notamment du fait que les coronavirus sont une famille de virus et qu'il en existe de nombreux. Certains sont à l'origine de banals rhumes, d'autres d'épidémies mortelles comme le Sras de 2002-2003 en Asie.

Ainsi, des brevets circulant sur internet et relatifs à des coronavirus concernent en réalité d'autres coronavirus et quoi qu'il en soit, une demande de brevet ne signifie pas que le virus a été créé par l'homme. 

Parmi les nombreuses autres théories affirmant que le virus a été créé volontairement dans le plus grand secret, plusieurs publications Facebook ou articles ont relayé l'idée qu'il aurait été créé en laboratoire au Canada puis envoyé en Chine par des espions chinois.

Police et autorités sanitaires ont nié ces affirmations, qui reposent en partie sur un lien établi à tort avec une enquête autour de chercheurs chinois au Canada en 2019, rapportée ici par le groupe de médias canadiens CBC. 

L'idée d'un virus déjà existant avant l'épidémie actuelle mais tenu secret sert aussi de ressort aux affirmations partagées des dizaines de milliers de fois sur des publications Facebook à propos cette fois... d'étiquettes de produits désinfectants.

Comme elles indiquent que ces produits sont efficaces contre le "coronavirus humain", certains internautes en tirent comme conclusion que leurs fabricants avaient testé leurs produits sur le coronavirus, qui, donc, préexistait avant fin 2019. C'est inexact : les fabricants ont démenti, comme expliqué par l'AFP ici et

Dans la publication ci-dessous, l'utilisateur écrit "ça tue le coronavirus, comment ils pouvaient être au courant en 2019 ??".

Capture d'écran Facebook

De fausses allégations autour des dirigeants chinois

Une vidéo largement diffusée dans plusieurs langues, prétend également montrer une visite récente du président chinois dans une mosquée, et affirme que le chef de l'Etat a demandé aux musulmans de prier pour le pays touché par l'épidémie du nouveau coronavirus. En réalité, les images sont anciennes et la visite de Xi Jinping remonte à juillet 2016.

Quant au Premier ministre Li Keqiang, qui selon notamment cette publication sur le réseau Weibo, est allé diner à Wuhan en pleine épidémie, c'est faux. Comme montré ici par l'AFP, une recherche inversée d'images sur Google permet de dater la photo au 21 avril 2013. Elle a été prise dans la province du Sichuan, qui venait de subir un séisme meutrier.

Et le Premier ministre chinois n'est pas non plus allé prier dans une mosquée pour arrêter l'épidémie, comme prétendu par une vidéo partagée à partir du 3 février sur les réseaux sociaux, en français, en anglais et en arabe

En effectuant une recherche d'images inversées à partir de captures de la vidéo, nous avons pu identifier la personne au centre du sujet. Il s'agit de l'ancien Premier ministre malaisien, Abdullah Ahmad Badawi, lors de sa visite en Chine en mai 2004, comme détaillé ici.

Outre ces exemples traités en français et en anglais, les équipes de l'AFP ont démonté de nombreuses autres publications dans plusieurs langues sur le coronavirus, que vous pouvez retrouver notamment sur nos blogs en français, anglais, espagnol.

Un point sur une première vague de vérifications en anglais et en français est disponible ici.

Julie Charpentrat