En Colombie, le chef du renseignement militaire présente sa démission après la remise d'un document contenant de fausses informations

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  • Publié le 02 octobre 2019 à 12:55
  • Mis à jour le 22 décembre 2021 à 19:04
  • Lecture : 3 min
  • Par : AFP Colombie
Le chef des services du renseignement militaire en Colombie a présenté le 30 septembre sa démission à la suite de la remise par le président Ivan Duque à l'ONU d'un dossier comportant des informations inexactes sur la présence de guérilleros au Venezuela. L'AFP a en effet retrouvé dans ce dossier deux photos accompagnées de légendes erronées, dont une prise par l'un de ses photographes en Colombie.

Le 26 septembre, le président colombien a diffusé sur Twitter plusieurs images tirées d'un document de 128 pages, qu'il a transmis au secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres.

Ce document contenait, selon M. Duque, des "preuves indéniables et irréfutables" de l'appui du Venezuela aux guérilleros de l'Armée de libération nationale (ELN) et aux dissidents des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), dissoutes suite à l'accord de paix de 2016.

Mais au moins deux des photos jointes aux documents, qui n'ont pas été publiés dans leur intégralité, sont accompagnées de légendes inexactes, a vérifié l'AFP Colombia.

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Capture d'écran d'une page du document fourni par Ivan Duque à l'ONU, qu'il a également tweeté le 26 septembre 2019. Les deux photos vérifiées par l'AFP sont encadrées en orange

La première image montre des hommes et des femmes habillés en guérilleros de l'ELN, participant à des activités "d'endoctrinement" dans "des écoles rurales de l'État de Tachira" au Venezuela en avril 2018, indique sa légende.

Mais elle a en fait été publiée en juin 2015 par le quotidien El Colombiano, pour illustrer un reportage sur le recrutement d'enfants par des guérilleros dans le département du Cauca, dans l'ouest de la Colombie,  à près de 1200 km de Tachira.

"Cette image ne montre pas l'activité de l'ELN au Venezuela (...) Nous l'avons obtenue en 2015 dans le Cauca. C'est le renseignement qui nous l'a remise", a expliqué à l'AFP Javier Alexander Macias, éditeur de la section Paix et Droits humains d'El Colombiano et auteur de l'article.

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Capture d'écran du reportage publié par El Colombiano le 7 juin 2015

El Colombiano a publié sur son site trois autres photographies de la même scène.

Un "massacre" 

La deuxième image analysée par l'AFP fait état dans sa légende d'un "massacre" commis en octobre 2018 dans l'Etat vénézuélien de Bolivar lors d'"affrontements" entre l'ELN et des gangs locaux.

Cette accusation est illustrée avec une photo d'une cabane de bois marquée du sigle de l'ELN. Mais elle a été prise dans la région colombienne du Catatumbo, frontalière du Venezuela, par le photographe de l'AFP Luis Robayo.

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Capture d'écran de la photo prise par Luis Robayo sur AFPForum.com

"J'ai pris cette photo le 20 de septembre 2018 lors d'un reportage dans la région du Catatumbo", a confirmé Luis Robayo.

Une porte-parole du ministère de la Défense a présenté des excuses à l'agence vendredi 27 septembre par téléphone, précisant que deux autres photos de l'AFP, prises aussi en Colombie et non au Venezuela, avaient été intégrées au dossier, sans crédit.  

Le général Oswaldo Peña, directeur du renseignement et du contre-renseignement militaire, a sollicité auprès du chef de l'Etat son "retrait du service actif", a indiqué le ministère de la Défense dans un communiqué lundi 30 septembre.

"Je suis conscient de la nécessité de répondre de mes actes et de ceux de mes subalternes, et j'agis en conséquence", a-t-il écrit, selon ce texte.

Les erreurs contenues dans le dossier, remis jeudi 26 septembre au secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, ont suscité des critiques de l'opposition colombienne et du président vénézuélien Nicolas Maduro.

Depuis les deux mandats de l'ex-président colombien Alvaro Uribe (2002-2010), mentor de l'actuel chef de l'Etat, Bogota accuse régulièrement le Venezuela de prêter refuge aux guérilleros et aux narco-trafiquants colombiens.

La tension entre Bogota et Caracas s'est accrue ces dernières semaines, avec des manoeuvres militaires et le déploiement de missiles à la frontière par M. Maduro, qui a en outre traité M. Duque d'"imbécile" pour avoir remis de fausses informations à l'ONU.

Traduit de l'espagnol le 2 octobre 2019 par François D'Astier

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