La Côte d’Ivoire figure encore sur la liste grise du Gafi
- Publié le 8 juillet 2026 à 10:46
- Lecture : 6 min
- Par : SUY Kahofi, AFP Côte d'Ivoire
Le Groupe d’action financière sur le blanchiment de capitaux (Gafi) s’est réuni du 15 au 19 juin 2026 à Paris. Depuis la fin de cet évènement, plusieurs publications affirment que la Côte d’Ivoire aurait été retirée de la liste grise du Gafi, qui regroupe les pays dont les dispositifs de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme présentent des insuffisances stratégiques. Ces publications vantent les récentes actions de la Côte d’Ivoire dans la lutte en la matière, qui lui auraient permis de sortir de cette catégorie. Le Gafi a bien souligné les progrès de la Côte d’Ivoire, mais le pays d’Afrique de l’Ouest figure en revanche toujours sur sa liste grise, a assuré l’institution à l’AFP.
Le Gafi (Groupe d’action financière) est un organisme international qui surveille comment les pays luttent contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Gendarme mondial de la finance propre, il dispose de plusieurs organismes régionaux, comme le Giaba pour l’Afrique de l’Ouest, le Gafic pour les Caraïbes ou encore Moneyval en Europe.
L’une de ses missions consiste à évaluer les pays en fonction de l’efficacité de leurs dispositifs de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. L’organisme inscrit ensuite certains pays ou juridictions sur une liste grise "de surveillance renforcée", pour ceux qui présentent des insuffisances, ou sur une liste noire, pour les zones à "haut risque" avec d'importantes défaillances.
La dernière révision de cette liste s'est décidée lors de l'assemblée plénière de l'institution, qui s'est tenue du 15 au 19 juin 2026 à Paris, où se trouve son siège.
Depuis, de nombreux internautes sur les réseaux sociaux affirment que le Gafi aurait retiré de sa liste grise la Côte d’Ivoire, qui y figurait depuis octobre 2024 (dépêche archivée ici).
"Exclusif / La Côte d'Ivoire sort de la liste grise du GAFI", affirme ainsi une publication qui cumule plus de 1.100 mentions "j’aime" depuis le 24 juin 2026. "Au terme de la plénière du GAFI à Paris et conformément auxprocédures", une "déclaration publique" affirmant que "la Côte d'Ivoire sort de la liste grise" a été faite "avant qu’une lettre officielle ne soit transmise à nos Autorités", précise l'auteur du post.
Selon une autre publication qui cumule plus de 1.900 "j’aime", le pays serait arrivé à sortir de cette liste grâce à "ses contrôles financiers" renforcés et au fait qu’il aurait "réalisé les réformes nécessaires".
Sortir de la liste grise va permettre de générer "plus de confiance des investisseurs étrangers, des échanges bancaires facilités, une meilleure image du pays à l’international et davantage d’investissements, de projets et d’emplois en Côte d’Ivoire", salue l’auteur de cette publication.
Dans les commentaires, de nombreux internautes adressent leurs félicitations aux autorités ivoiriennes.
Mais en réalité, la Côte d’Ivoire n’est pas sortie de la liste grise du Gafi. L’organisme international a souligné dans sa dernière communication les progrès du pays, mais indiqué qu’il demeure sous surveillance renforcée.
Présence confirmée sur la liste grise
Afin de vérifier l’affirmation virale selon laquelle la Côte d’Ivoire serait sortie de la liste grise du Gafi, nous effectuons des recherches avec des mots-clés comme "Côte d’Ivoire liste Grise Gafi" sur un moteur de recherche.
Cela nous conduit vers de nombreux articles de presse publiés après la dernière réunion plénière du Gafi, indiquant que les importants progrès de la Côte d’Ivoire en matière de lutte contre le blanchiment lui permettraient peut-être de sortir prochainement de la liste grise (1, 2, 3). Tous affirment que ce pays est maintenu sur la liste (liens archivés 1, 2, 3).
Le média 360 Afrique détaille dans un tableau les changements réalisés sur cette fameuse liste grise à l’issue de la réunion. Il précise que la Côte d’Ivoire fait partie des "6 pays africains maintenus sur la liste grise du Gafi en juin 2026", aux côtés de l’Angola, du Cameroun, de la République Démocratique du Congo, du Kenya et du Soudan du Sud.
Selon cette même source, l’Algérie et la Namibie sont les seuls pays à être sortis de la liste grise lors de la réévaluation de juin. Une information qu’on retrouve aussi dans la dépêche AFP sur le sujet, qui n’évoque pas le cas de la Côte d’Ivoire car elle est anglée sur les entrées et sorties de la liste (lien archivé ici).
En fouillant sur le site internet du Gafi, on constate que la Côte d’Ivoire est effectivement toujours présente sur la liste grise disponible en ligne (lien archivé ici).
La déclaration de mise à jour émise par l’institution le 19 juin 2026, soit à la fin de la réunion plénière à Paris, atteste que la Côte d’Ivoire est toujours présente au sein des pays inscrits sur la liste grise du Gafi, et donc que la liste trouvée précédemment sur le site était bien à jour (lien archivé ici).
Contacté par AFP Factuel, le Secrétariat du Gafi a lui aussi confirmé que "la Côte d’Ivoire figure toujours sur la liste grise du Gafi". L’institution a cependant précisé à l’AFP que "l’assemblée plénière du Gafi a approuvé en juin 2026 la réalisation d’une visite sur place en Côte d’Ivoire" pour évaluer ses progrès avant "la prochaine assemblée plénière" prévue en octobre 2026.
La communication du 19 juin 2026 reconnaissait en effet que le pays d’Afrique de l’Ouest avait "en grande partie mené à bien son plan d’action" présenté au Gafi en octobre 2024 pour renforcer l’efficacité de son dispositif de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.
Le Gafi y salue notamment l’augmentation du nombre d’enquêtes et de poursuites relatives à ces sujets, ainsi que le renforcement du cadre des sanctions financières ciblées.
Cela "justifie une visite sur place afin de vérifier que la mise en œuvre des réformes en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme a commencé et se poursuit, et que l’engagement politique nécessaire reste en place pour garantir la poursuite de cette mise en œuvre à l’avenir", est-il détaillé dans le communiqué.
Cette mission d’évaluation sur place constitue un "pas décisif vers la sortie de la liste grise", estime le média ivoirien 7 info. Un avis partagé par Scoop Afrique, qui envisage "une sortie possible de la liste grise en octobre" (liens archivés ici et ici).
Lourdes conséquences
Dès qu’un pays est inscrit sur la liste grise du Gafi, les banques et institutions financières du monde entier le prennent en compte dans leur notation de risque pays et leur "due diligence client", c’est-à-dire l’ensemble des vérifications à effectuer sur un client avant, pendant et après une transaction financière. Cela entraîne des lourdeurs administratives qui peuvent ralentir les opérations bancaires.
Pour les entreprises, cela a de lourdes conséquences : par exemple, une banque commerciale ivoirienne ayant besoin d’une banque correspondante à New York ou Londres pour régler des importations en dollars peut voir ses dossiers de virement examinés ligne par ligne au lieu d’un traitement automatisé, en fonction de l’approche des risques retenue par la banque correspondante. Les délais peuvent passer de 24 ou 48h à plusieurs jours, voire des semaines, pour finalement être refusés par certaines banques, qui ne veulent plus prendre le risque réputationnel d’être associé à un pays sur liste grise du Gafi.
L’inscription d’un pays sur liste grise pénalise lourdement les fintechs qui y sont implantées, car elles dépendent de partenaires bancaires internationaux à plusieurs niveaux : pour émettre des cartes, ouvrir des comptes virtuels en devises ou se connecter aux systèmes de paiement Visa, Mastercard ou bien Swift. Ces fintechs seront à même de subir des audits de conformité beaucoup plus poussés et pourront se voir boudées par les investisseurs internationaux si elles essaient de lever des fonds.
Pour les particuliers aussi cette classification peut avoir des conséquences concrètes, notamment pour tout ce qui concerne les flux d’argent vers ou depuis le pays.
Des opérateurs comme Western Union, MoneyGram ou Wise peuvent limiter certains corridors de transfert vers un pays inscrit sur liste grise. Les montants transférables peuvent être plafonnés et des vérifications d’identité supplémentaires nécessaires pour les retraits. Un coup dur pour les pays avec une importante diaspora implantée à l’étranger, qui envoie souvent de l’argent à des proches restés sur place.
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