( AFP / Florent Vergnes)

Attention à ce faux communiqué qui prétend que le Mali a rompu ses relations avec la France

Copyright AFP 2017-2023. Droits de reproduction réservés.
 

Un communiqué attribué au gouvernement malien de transition annonçant la "fin des relations diplomatiques, militaire et économique avec la France (sic)" a très largement circulé sur les réseaux sociaux et par la messagerie WhatsApp, dans un contexte d'extrêmes tensions politiques entre Paris et Bamako. Ce document, bourré de fautes de français, contient d'autres annonces importantes comme le retrait du Mali de la Cédéao. Attention: le gouvernement a officiellement démenti être à l'origine de ce document, qui est un faux. 

L'en-tête du communiqué n'éveille pas les soupçons. Le document semble avoir été publié par le Ministère de l'Administration territoriale et de la décentralisation et utilise l'emblème officiel de la République du Mali - un cercle bleu avec une mosquée blanche sous laquelle on voit deux arcs et leurs flèches, surmontée d'un aigle aux ailes déployées. 

Il s'agit du "communiqué N°013 du gouvernement de la transition", qui annonce selon les internautes qui le partagent "la fin des relations diplomatiques, militaire et économique avec la France (sic)", ainsi que de "tous les accords de coopération" en vigueur avec ce pays. 

La prétendue déclaration ajoute que le Mali se retire de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao) et de l'Union économique et monétaire des États de l'Afrique de l'Ouest (Uemoa), qu'il demande "la fermeture immédiate de l'ambassade de la France, les institutions françaises et les entreprises françaises (sic)" et exige leur départ du territoire "dans un délai de 72 heures".

Enfin, ajoute ce texte, "le français n'est plus considéré comme la langue officielle du Mali": c'est le bambara qui le remplace.  

Capture d'écran d'une publication Facebook réalisée le 28 janvier 2021

Ce document circule dans un contexte de très hautes tensions entre la France et le Mali. Entravés dans leur action militaire au Mali par une junte de plus en plus hostile, la France et ses partenaires européens ne peuvent "pas rester en l'état" dans ce pays, a prévenu Paris le 28 janvier, confirmant un climat d'incertitudes croissantes dans la région.

Le Mali quant à lui "n'exclut rien" dans ses relations avec Paris, mais ajoute  qu'une demande de départ des forces françaises n'est pas "pour le moment sur la table".

Le message a très largement circulé sur WhatsApp, a constaté l'AFP, et a également été partagé près de 100 fois sur Facebook (1, 2, 3...) depuis le 24 janvier.

Faux communiqué

Attention: ce communiqué est un faux.

Il contient en effet de nombreuses fautes d'orthographe et de grammaire qui font douter de sa provenance officielle: il manque par exemple un "s" dans le premier paragraphe à "militaire" et "économique", un "r" à "rompre" au deuxième et "jeunnesse" dans la dernière phrase comprend un "n" en trop....

La capitalisation hasardeuse ("jeunnesse Malienne", "les Institutions françaises", "ce Lundi 24 Janvier 2022"...) est un autre élément qui remet en question l'authenticité de ce texte.

Enfin, la police utilisée dans l'en-tête pour le nom du ministère ainsi que pour la devise et le nom du Mali n'est pas la même que sur les communiqués officiels. 

Il suffit de la comparer à celle utilisée par le gouvernement malien de la transition dans un communiqué publié le 24 janvier sur la page Facebook certifiée du ministère de l'Administration territoriale et de la décentralisation en réaction à cette infox qui se propageait alors sur les réseaux sociaux. 

Il y dénonce un "faux communiqué" et apporte un "démenti formel" à toutes les affirmations qui y figurent.

Le gouvernement affirme également être "reconnaissant" à l'égard de tous ses partenaires et les remercier "de l'appui qu'ils n'ont jamais cessé d'apporter [au Mali] et particulièrement depuis l'éclatement de la crise multidimensionnelle" qu'il traverse.

Enfin, il rappelle son attachement à "l'intégration sous-régionale et continentale" en Afrique, tout en dénonçant la "posture regrettable" de la Cédéao et de l'Uemoa.

Le démenti de ce faux communiqué a également été relayé sur la première chaîne de l'Office de radio et télévision du Mali (ORTM) dans le journal de 20h du 24 janvier.

Crise diplomatique entre Paris et Bamako

Les tensions sont très vives entre la junte militaire au pouvoir à Bamako et le gouvernement français. Elles sont plus vives encore depuis que Paris a soutenu les mesures prises par la Cédéao le 9 janvier contre le Mali. Celles-ci sanctionnent notamment le fait que la junte soit revenue sur sa promesse d'organiser le 27 février prochain des élections présidentielle et législatives qui auraient ramené des civils à la tête du pays.

 Entravées dans leur action militaire au Mali par une junte de plus en plus hostile, la France et ses partenaires européens ne peuvent "pas rester en l'état" dans ce pays, a prévenu le ministre des Affaires étrangères français Jean-Yves Le Drian le 28 janvier. Il avait dénoncé la veille un comportement "irresponsable" de la junte malienne, qui a demandé le retrait des forces danoises du Mali, et averti qu'il allait falloir en "tirer des conséquences". 

Toutefois, une éventuelle reconfiguration du dispositif militaire français et européen sera "une décision collective" après "des discussions et avec nos partenaires africains et avec nos partenaires européens", a prudemment souligné le chef de la diplomatie française, sans prononcer le mot de retrait.

Depuis six mois, la France a entamé une réarticulation de son dispositif militaire au Mali, en quittant ses trois bases les plus au nord. Ses effectifs, de plus de 5.000 militaires au Sahel l'été dernier, ont commencé à décroître, avec l'objectif affiché de n'en garder que 2.500 à 3.000 d'ici 2023.

Côté malien, le 28 janvier, le ministre des Affaires étrangères Abdoulaye Diop a lui déclaré dans un entretien à Radio France International que son pays en crise avec la France "n'exclut rien" dans ses relations avec Paris, tout en ajoutant qu'une demande de départ des forces françaises n'étaient pas "pour le moment sur la table".

"Le Mali non plus n'exclut rien par rapport à ces questions si ça ne prend pas en compte nos intérêts", a dit M. Diop à Radio France Internationale et France 24 en réaction à des propos de son homologue français Jean-Yves Le Drian. Celui-ci a fait le constat d'une "rupture du cadre politique et du cadre militaire", devant la dégradation accélérée des rapports et la demande, par Bamako, de retrait des forces spéciales danoises.

Le Mali est prêt le cas échéant à dénoncer l'accord de défense conclu avec la France, dont il a demandé récemment la révision à Paris, parce que "certaines dispositions sont contraires à la Constitution et à la souveraineté du Mali", a dit M. Diop.

"Nous attendons une réponse rapide de Paris. A défaut de réponse assurez-vous (soyez assurés) que le Mali s'assumera" (prendra ses responsabilités), a-t-il dit.

Traduction et adaptation :