Ronaldo et Messi s'embrassent pour protester contre l'interdiction de l'homosexualité au Qatar ? C'est un photomontage

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Cristiano Ronaldo et Lionel Messi se sont-ils embrassés, sous le feu des projecteurs, pour protester contre "l'interdiction de l'homosexualité au Qatar pendant la Coupe du monde" de football ? C'est ce que prétend un post Facebook relayé plus de 2500 fois en seulement trois jours. En réalité, cette image est un photomontage initialement publié en octobre 2021 par le média suisse Tataki : ses équipes l'ont imaginé dans le cadre d'un reportage sur l'homosexualité dans le foot, dans le but de "susciter une émotion qui permette de questionner un phénomène de société", a expliqué à l'AFP le responsable des productions du média. 

Sur le visuel en question, Cristiano Ronaldo échange un baiser avec Lionel Messi, sous les yeux de supporters amassés dans un stade de foot. 

"FLASH - Pour protester contre l'interdiction de l’homosexualité au #Qatar pendant la Coupe du monde, Cristiano Ronaldo et Lionel Messi se sont embrassés devant les objectifs des photographes. Le #Qatar exige l'exclusion des 2 joueurs pour la Coupe du monde #WorldCup2022", peut-on lire en légende de ce post Facebook publié le 21 juin 2022 et relayé plus de 2500 fois en trois jours. 

Capture d'écran prise sur Facebook le 24 juin 2022 ( AFP / )

Cette image est massivement partagée sur les réseaux sociaux à cinq mois du lancement de la Coupe du Monde de football 2022 qui se tiendra au Qatar, riche émirat du Golfe, entre le 21 novembre et 18 décembre.

Les stades sont prêts à accueillir les supporters, mais des associations dénoncent le sort actuellement réservé aux personnes LQBTQI+, dans ce pays où l'homosexualité est criminalisée. 

En effet, les relations sexuelles hors mariage et l'homosexualité sont illégales au Qatar, où chacune est passible d'une peine de prison pouvant aller jusqu'à sept ans. 

En réponse à l'application stricte de ces lois, les footballeurs Cristiano Ronaldo (Manchester United) et Lionel Messi (PSG) se seraient donc embrassés, sous l'objectif de photographes. Cet acte militant aurait même provoqué la colère du Qatar, exigeant l'exclusion du Mondial des deux joueurs de football. 

Mais, l'image partagée sur les réseaux sociaux est un photomontage, publié en 2021 par le média suisse Tataki. Ses équipes l'ont imaginé dans le cadre d'un reportage sur l'homosexualité dans le foot, ont-elles expliqué à l'AFP. La fausse légende qui l'accompagne, elle, a été créé récemment par un compte Twitter parodique. 

Un compte Twitter parodique

Le 21 juin 2022, son auteur publie l'image des deux joueurs de football, alors partagée près de 2500 fois. La photo de profil et le bandeau du compte laissent à penser qu'il s'agit du compte Twitter Mediavenir, mais le nom du compte précise bien qu'il s'agit en réalité d'un compte parodique.

Toutefois, repris sur Facebook, son contenu a ensuite été partagé plusieurs centaines de fois sur le réseau social, sans mention de son caractère satirique. 

Un visuel satirique imaginé par un média

A l'origine, le visuel n'a pourtant aucun lien avec la Coupe du monde de football au Qatar : il a été publié, en octobre 2021, par le média suisse Tataki sur son compte Instagram. Ce dernier s'adresse principalement à un public jeune, intéressé par l'actualité et les questions de société. 

A l'époque, "nous avions créé et posté ce détournement visuel avec la légende 'Et si on voyait ça, est-ce que ça serait un problème ?'", explique à l'AFP le 24 juin Julien Bagourd, responsable des productions de Tataki. 

Créé par l'artiste Petit Gobelet, ce photomontage a été diffusé dans le cadre de la diffusion d'un reportage, abordant le sujet de l'homosexualité dans le football. 

"Nous utilisons régulièrement ces éléments de satire fictifs sur notre compte Instagram. Le but est toujours de susciter une émotion ou une réaction, qui permette de questionner un phénomène de société qui intéresse notre public", ajoute Julien Bagourd. 

Capture d'écran prise sur le compte Intagram du média Tataki le 24 juin 2022 ( AFP / )

Ce visuel est donc un photomontage utilisé pour susciter un débat autour d'un tabou encore très vif : l'homosexualité dans le football.

Plusieurs indices laissent d'ailleurs penser que ce visuel est factice : sur le maillot de Lionel Messi, le logo de Takati est floqué, en lettres blanches.

Par ailleurs, le joueur est connu pour avoir le bras droit recouvert de tatouages, ce qui n'est pas le cas sur l'image diffusée sur les réseaux sociaux. 

Capture d'écran prise sur Facebook le 24 juin 2022
L'attaquant argentin Lionel Messi lors du match amical international de football entre l'Argentine et l'Estonie, au stade El Sadar de Pampelune, le 5 juin 2022 ( AFP / ANDER GILLENEA)

 

 

Respect des droits humains : le Qatar pointé du doigts par plusieurs ONG

Si ce photomontage n'a pas de lien direct avec le Mondial de football 2022, il s'inscrit dans un contexte de dénonciation de plusieurs associations, qui accusent le Qatar d'exploiter les minorités du pays.

Depuis l'attribution du Mondial-2022 en 2010, l'émirat est sous le feu des critiques, notamment pour le traitement qu'il réserve aux ouvriers étrangers employés dans les chantiers du tournoi.

Cette photo prise le 17 décembre 2019 montre des ouvriers du bâtiment sur les tribunes du nouveau stade al-Bayt du Qatar, dans la capitale Doha, qui accueillera des matchs de la Coupe du monde de football de la FIFA 2022 ( AFP / GIUSEPPE CACACE)

 

"Le bien-être des travailleurs restera une préoccupation majeure d'ici au coup d'envoi et au-delà, l'attention se déplaçant rapidement de la construction vers l'hôtellerie et d'autres secteurs", avait déclaré la directrice de la communication et des médias du Comité suprême d'organisation du Mondial-2022, Fatma Al Nuaimi, à l'AFP.

"Nos efforts pour développer (...) et mettre en oeuvre nos standards en matière de bien-être des travailleurs dans l'ensemble de nos projets constituent l'un des principaux legs de la Coupe du monde au Qatar", a ajouté Al Nuaimi dans sa réponse écrite.

A partir de 2016, le Qatar a allégé la "kafala", système de parrainage faisant des salariés des quasi propriétés de leur employeur. Il a aussi introduit un salaire minimal en 2020. 

Mais pour plusieurs ONG, les progrès réalisés sont mitigés et davantage de pression doit être exercée sur le pays et l'instance dirigeante du foot mondial, la Fifa, avant la compétition.

Amnesty International a ainsi demandé à la Fifa de verser une compensation d'au moins 440 millions de dollars aux ouvriers "maltraités" sur les chantiers liés au Mondial-2022.

Concernant l'accueil des membres de la communauté LGBTQ dans ce pays où l'homosexualité est criminalisée, "le Qatar et la Fifa s'engagent à organiser un tournoi sans discrimination", a écrit Mme Al Nuaimi. "Nous demandons simplement aux supporters de respecter notre culture et nos traditions."

Avec entre 1,2 et 1,4 million de spectateurs et 3,5 milliards de téléspectateurs, la première Coupe du monde de foot dans le monde arabe "aura également un impact positif sur la perception de la région et contribuera à briser certains stéréotypes tenaces", veut-elle croire.

12 juillet 2022 Correction : Tataki est un média suisse et non belge comme écrit par erreur