Des scientifiques démentent les "risques imminents d’éruption" du volcan Nyiragongo en RDC

  • Cet article date de plus d'un an
  • Publié le 20 octobre 2020 à 17:16
  • Lecture : 5 min
  • Par : Ange KASONGO
Des publications Facebook, relayant un article congolais du 14 octobre, affirment que le volcan Nyiragongo, en RDC, présente des "risques imminents d'éruption". L’Observatoire volcanologique de Goma a démenti cette annonce alarmiste, qualifiée de "rumeurs fausses et non fondées". Contacté par l’AFP, l’un des scientifiques cités dans l’article a également indiqué que, s’il faut “être vigilants et surveiller attentivement le volcan à tout moment", "il n’y a pas d’éruption imminente".

Des rumeurs sur une prochaine éruption volcanique du volcan Nyiragongo, un des plus actifs d’Afrique, circulent ces derniers jours sur les réseaux sociaux en République démocratique du Congo.

Elles sont alimentées par un article publié le 14 octobre par le média en ligne Goma Fleva, intitulé "Goma: le volcan Nyiragongo présente des risques imminents d'éruption selon plusieurs scientifiques".

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Capture d’écran Facebook ré alisée le 19 octobre 2020.

Partagé près de 300 fois sur Facebook, selon l’outil de mesure CrowdTangle, cet article cite comme source une publication en anglais parue le 13 octobre dans le magazine américain Science Mag.

Cet article, intitulé "Lava lake rises at dangerous African volcano", évoque notamment les travaux du volcanologue italien Dario Tedesco, d’un modélisateur géophysique à l'Université de Genève, Pierre-Yves Burgi, et d’un erxpert en tectonique à l’université d’Edimbourg, Andrew Bell. 

Si tous évoquent le danger présenté par ce volcan et l’élévation du niveau de son lac de lave, le plus grand du monde avec ses 200 mètres de diamètre, aucun n’évoque explicitement un risque imminent.

Lors des dernières éruption de 1977 et 2002, "les niveaux du lac de lave s’étaient stabilisés plusieurs années avant l’éruption", souligne l’article de Science Mag.

"Burgi s’attend à ce que le lac ce lave s’arrête de monter bientôt, auquel cas la période de danger maximum pour Goma serait entre 2024 et 2027", est-il notamment écrit.

"Les conditions sont réunies pour une nouvelle catastrophe, selon Dario Tedesco volcanologue à l'université Luigi Vanvitelli de Campanie", écrit également l’auteur de l’article. 

L’AFP a contacté M. Tedesco, sans réponse au 20 octobre. 

Nyiragongo, un des volcans les plus actifs du monde

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Vue du lac de lave du volcan Nyiragongo, le 26 septembre 2019.

Culminant à 3.470 mètres, le volcan Nyiragongo est situé dans l’est de la République démocratique du Congo.

Considéré comme l'un des plus actifs du monde, il est situé à une vingtaine de kilomètres à vol d’oiseau de Goma, la capitale de la province du Nord-Kivu qui compte au moins 6 millions d’habitants.

Les rumeurs sur des risques imminents d'éruption suscitent la frayeur dans cette grande ville de l’est de la RDC, une région par ailleurs en proie à des violences meurtrières des groupes armés locaux et étrangers depuis près de 30 ans.

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Des gens fuient la lave qui atteint la zone résidentielle du nord de Goma le 17 janvier 2002, après l'éruption du Mont Nyiragongo.

La seule station de surveillance de la région dément

La direction scientifique de l’Observatoire volcanologique de Goma (OVG), a diffusé un communiqué le 15 octobre pour démentir les "risques imminents d'éruption" annoncés par l’article de Goma Fleva. 

"Ces rumeurs sont fausses et non fondées", affirme Célestin Kasereka Mahinda, le directeur scientifique de cette structure, dans le communiqué. 

Selon lui, ces rumeurs viennent d’une "mauvaise traduction" de l’article de Science Mag par Goma Fleva.

"L’article parle des risques que présente le volcan Nyiragongo de manière générale et ne fait aucunement allusion à l’activité actuelle de ce volcan", poursuit-t-il, invitant la population "de vaquer librement à ses occupations".

"Les données instrumentales de l’OVG n’indiquent aucune anomalie pour les zones habitées", assure-t-il, en rappelant que "le niveau d’alerte du volcan Nyirangongo reste le jaune: vigilance".

"Pas d’éruption imminente", selon un des scientifiques cités

Contacté par l’AFP vendredi 16 octobre, Pierre-Yves Burgi  l’un des scientifiques cités dans l’article a également tempéré les annonces circulant sur les réseaux sociaux. 

"Il y a plusieurs journalistes qui semble l’avoir lu de travers (l'article de Science Mag, ndlr) et trouvé une bonne information pour réchauffer le climat gomatracien, et surtout faire peur à une population qui a besoin surtout de calme et de paix", a-t-il estimé dans un mail, avant d’expliciter ses travaux.

"Les très rares données dont nous disposons sur les deux seules précédentes éruptions historiques connues survenues en 1977 et 2002. Par rapport à l'activité récente du même volcan de 2002 à 2020, cela permet d'estimer une date possible (2024-2027) à laquelle certaines caractéristiques physiques du volcan pourraient être similaires à celles enregistrées en 1977 et 2002, avant les éruptions", a-t-il expliqué.

"Est-ce que cela indique que dans la période 2024-2027 nous aurons une éruption ? Non, cela signifie simplement que nous devons être vigilants et surveiller attentivement le volcan à tout moment pour contrôler l’évolution de ses caractéristiques physiques et des signaux précurseurs", ajoute-t-il.

"Donc il n’y a pas d’éruption(s) imminente(s)", a-t-il insisté, en rappelant que "l'article porte sur l'activité observée en février, il y a déjà huit mois".

"Nous avons également clairement indiqué que le Nyiragongo pourrait avoir besoin d'un événement extérieur pour déclencher une éruption latérale, comme un fort tremblement de terre qui pourrait réactiver des fractures sur ses flancs".

L’Observatoire volcanologique en quête de financements 

"Cet article scientifique tente, pour la toute première fois, de stimuler la discussion entre les scientifiques et les autorités locales, afin de prendre sérieusement en compte l'activité et la surveillance de ce volcan", a souligné M. Pierre-Yves Burgi, en appelant à une "conférence internationale sur le rôle et le financement de l'Observatoire Volcanique de Goma".

"La seule chose que nous visons est réussir à sensibiliser de possibles bailleurs pour que l’Observatoire Volcanologique de Goma ne soit pas toujours à la recherche de fonds pour leurs travaux quotidiens de surveillance du volcan", ajoute-t-il.

L'Observatoire du volcan de Goma, la seule station de surveillance de la région, a en effet dernièrement perdu le soutien financier de la Banque mondiale.

"La fin de financement sera un problème car l’appui du gouvernement  (congolais) n’arrive pas souvent. Nous avons l’expertise mais les moyens financiers peuvent bloquer les choses", a expliqué mardi 20 octobre à l’AFP M. Kasereka Mahinda, le directeur scientifique de l’OVG.

Les rumeurs sur l'éruption du volcan Nyiragongo sont récurrentes en RDC. 

La dernière éruption du volcan, le 17 janvier 2002, avait causé la mort de plus d'une centaine de personnes, couvrant de lave quasiment toute la partie est de Goma, y compris la moitié de la piste de l'aéroport de la ville.

L'éruption la plus meurtrière a eu lieu en 1977 avait fait plus de 600 morts. 

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