
Cette vidéo d'une manifestation au Mali date d'avril 2019
- Cet article date de plus d'un an
- Publié le 12 juin 2020 à 17:18
- Mis à jour le 15 juin 2020 à 15:11
- Lecture : 6 min
- Par : Anne-Sophie FAIVRE LE CADRE
Copyright AFP 2017-2025. Toute réutilisation commerciale du contenu est sujet à un abonnement. Cliquez ici pour en savoir plus.
"L'une des manifestations les plus réussies au Mali", annonce une publication diffusée le 5 juin sur une page Facebook baptisée Snapteam, en se disant "en direct du monument de l'indépendance pour la marche de Mahamoud Dicko".
Partagée plus de 1.200 fois sur Facebook le jour-même et dans la semaine qui a suivi, elle est assortie d’une vidéo, vraisemblablement filmée par un drone qui survole une grande place et ses rues adjacentes noires de monde. Le bruit de la foule et des vuvuzelas résonne puissamment.

Cette séquence a été diffusée le 5 juin sur d’autres pages Facebook, à l’instar d’Africa24Matin, et sur YouTube (1, 2). Le site sénégalais Senescoop a également utilisé cette vidéo pour illustrer un article sur cette manifestation.
Vendredi 5 juin s’est tenue à Bamako une grande manifestation à l’appel d’une coalition d’acteurs de la société civile, de religieux et d’opposants, pour réclamer le départ du président malien Ibrahim Boubacar Keita.
Elle a réuni plusieurs dizaines de milliers de personnes (20.000 selon une source policière, un million selon les organisateurs).
Sur la vidéo que nous vérifions, on reconnaît nettement l’emblématique monument de l’Indépendance, présent sur la place éponyme du centre de la capitale malienne.
L’AFP a couvert cette manifestation du 5 juin et diffusé notamment plusieurs vues aériennes de la foule réunie sur la place de l’Indépendance (ci-dessous, cliquer pour agrandir).
[gallery warning-title1="Vues aériennes de la manifestation du 5 juin 2020 à Bamako "]



Une manifestation d'avril 2019
En comparant la vidéo présentée sur les réseaux sociaux et ces photographies de l’AFP, on remarque que pour la manifestation du 5 juin 2020, des chapiteaux et une tribune ont été montés autour du monument.
Ces installations n’apparaissent pas sur la vidéo que nous vérifions.


Cette première observation jette le doute sur le fait que cette vidéo montre la manifestation du 5 juin, et qu’il s’agit d’une diffusion "en direct" comme l'affirme l’une des publications.
On distingue dans le coin supérieur droit de la vidéo un sigle "Horon TV".
Une recherche Google avec les termes "manifestation Mali Horon TV" mène rapidement jusqu’à la vidéo originale.
Elle figure parmi les "vidéos populaires" sur la page d’accueil de la chaîne Youtube de cette web-TV malienne.
Publiée le 5 avril 2019, elle a pour titre: "Manifestation de protestation contres les massacres d'Ogossagou".
"Beaucoup plus de monde" le 5 juin 2020
L’AFP avait relaté cette manifestation du 5 avril 2019 qui avait réuni entre 10.000 (selon la police) et 15.000 personnes (organisateurs) à Bamako, à l'appel de chefs religieux musulmans, d'associations peules, de l'opposition et de la société civile, pour dénoncer les violences dans le centre du Mali ainsi que la gestion du président Ibrahim Boubacar Keita.
Le pays était alors meurtri par un massacre survenu deux semaines plus tôt à Ogossagou de quelque 160 Peuls, attribué à des chasseurs dogons, dans cette région proche de la frontière avec le Burkina Faso.
Un des leaders de cette manifestation, l’imam Mahmoud Dicko, avait appelé à la démission du Premier ministre d'alors, Soumeylou Boubèye Maiga, qui avait rendu son tablier quelques jours tard.
Le fondateur de Horon TV, Malick Konaté, qui collabore également avec l'AFP, a confirmé avoir tourné cette vidéo lors de la manifestation de 2019.
"J’ai pris des images de la manifestation au drone l’année dernière", a expliqué à l’AFP le journaliste vidéo, qui a couvert les manifestations d’avril 2019 et de juin 2020.
Selon lui, "il y avait beaucoup plus de monde à la manifestation du 5 juin, c'est indiscutable", a-t-il précisé.
Vive contestation politique ces derniers mois
La manifestation du 5 juin pour réclamer la démission du président "IBK", au pouvoir depuis 2013 et réélu en 2018, est considérée comme la plus massive dans le pays depuis celle du 5 avril 2019.


Elle s’inscrit dans un contexte de vive contestation politique dans le pays ces derniers mois.
Début mai, de premières manifestations avaient éclaté à Bamako et dans l'intérieur du pays pour protester contre les résultats définitifs des législatives de mars-avril, qui ont attribué au parti au pouvoir 10 sièges de plus que lors de l'annonce des résultats provisoires.
Le 5 juin, les manifestants ont dénoncé la grave dégradation sécuritaire du pays meurtri par les attaques jihadistes et les violences intercommunautaires, la pauvreté, la défaillance des services publics ou encore la corruption, autant de maux dont il juge responsable le président Ibrahim Boubacar Keita.
Cette manifestation était organisée par une coalition composite baptisée "Rassemblement des forces patriotiques du Mali" regroupant chefs religieux, partis politiques et membres de la société civile, dont l’influent imam Mahmoud Dicko.

Quelques jours après cette mobilisation historique, le 11 juin, Ibrahim Boubacar Keita a chargé son Premier ministre Boubou Cissé -qui a pris la succession de Soumeylou Boubèye Maiga, démissionnaire après la manifestation d’avril 2019- de former un gouvernement, dans la foulée de l’installation du nouveau Parlement élu aux législatives de mars/avril.
Edit du 15 juin 2020: ajoute des déclarations de Malick Konaté, auteur de la vidéo d'origine