Cette photo ne montre pas les victimes de l’attaque de Solhan, au Burkina Faso, mais des civils tués par Boko Haram au Nigeria

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Quelques heures après l’attaque jihadiste qui a fait au moins 160 morts samedi à Solhan, au Burkina Faso, une image montrant des rangées de cadavres alignés au sol a circulé sur Facebook, avec des messages rendant hommage aux victimes de ce massacre. Cette photo, cependant, n’a rien à voir avec ces événement récents : elle a été prise lors d'une autre tuerie, commise par Boko Haram au Nigeria en novembre 2020.

Le Burkina Faso à nouveau endeuillé par une attaque terroriste: Solhan, petit village du nord du pays, a subi dans la nuit de vendredi à samedi l'une des attaques les plus meurtrières depuis le début du conflit au Sahel il y a neuf ans. Près de 160 personnes, dont une vingtaine d'enfants, y ont été tuées en quelques heures par des jihadistes présumés.

Ce drame, qui témoigne de l’impuissance du pays à lutter contre les groupes jihadistes qui sévissent dans le Sahel, et notamment dans la zone dite des "trois frontières" (Mali, Niger, Burkina Faso), a suscité de nombreuses réactions dans le monde, relayées par de multiples publications sur les réseaux sociaux.

Dans ce contexte, une image censée montrer les victimes de cette tragédie a été partagée plus de 400 fois depuis le 5 juin. La photo montre une vingtaine de corps disposés au sol sur cinq rangées. Les cadavres sont emballés dans des linceuls blancs et couchés sur des brancards minimalistes en bambou.

Capture d’écran d’une publication Facebook, réalisée le 7 juin 2021

Ce cliché a été repris par d’autres publications sur Facebook, prétendant montrer "les images de l’attaque au Burkina Faso" (12). Certains de ces posts ont associé ce cliché à une autre image, montrant des cadavres enroulés dans des couvertures au milieu de ce qui ressemble à une fosse commune (12). 

Des victimes de Boko Haram au Nigeria

La photo principale, montrant les corps dans des linceuls blancs, n’a toutefois aucun rapport avec les récents évènements au Burkina Faso. 

Une recherche d’images inversée avec l’outil Google images permet de retrouver de précédentes utilisations de ce cliché. Il figure notamment en illustration d'une dépêche AFP reprise par le média québécois Le Devoir, évoquant un massacre à Kano, dans le nord-est du Nigeria, fin novembre 2020. Le crédit de la photo est attribué à Associated Press (AP), une agence de presse américaine.

Nous la retrouvons effectivement sur le site de cette agence. Selon la légende qui lui est associée, elle montre les funérailles de personnes tuées par des membres du groupe jihadiste Boko Haram à Zaabarmar, au Nigeria, le dimanche 29 novembre 2020.

"Les autorités nigérianes affirment que des membres présumés du groupe islamiste Boko Haram ont tué au moins 40 riziculteurs et pêcheurs pendant la récolte dans le nord de l’Etat de Borno. L'attaque a eu lieu dans une rizière à Garin Kwashebe", précise la légende.

Photo prise sur le site de Associated Press

L'AFP n’a pu retracer avec certitude l’origine de la seconde photo, montrant des corps entassés dans une fosse commune. Cette photo a été elle aussi largement reprise sur les réseaux sociaux ainsi que par certains médias.

Série d’attaques terroristes au Burkina Faso

Le Burkina Faso est confronté depuis six ans à des attaques jihadistes de plus en plus fréquentes et meurtrières, alors qu'il était épargné jusqu'en 2015 par les groupes jihadistes qui sévissaient déjà chez ses voisins. Les Forces de sécurité peinent à enrayer cette spirale de violences, qui a fait plus de 1.400 morts et plus d'un million de déplacés. 

A Solhan, où a eu lieu l’attaque de samedi, un élu local a assuré à l’AFP que "la situation" était "encore volatile dans la zone malgré l'annonce d'opérations militaires" et "que les populations" continuaient à fuir la ville pour les agglomérations voisines de Sebba et Dori. "Beaucoup ont tout perdu" dans l’attaque, a-t-il insisté. 

Lors d’une rencontre avec des habitants de la ville, réfugiés à Sebba, le Premier ministre burkinabè Christophe Dabiré a assuré lundi que l'attaque ne resterait "pas impunie". "Nous allons nous réorganiser pour pouvoir apporter la réponse appropriée à la situation", a précisé M. Dabiré, avant de visiter le lieu de l’attaque.

Solhan est une petite localité située à une quinzaine de kilomètres de Sebba, chef-lieu de la province du Yagha qui a enregistré ces dernières années de nombreuses attaques attribuées aux jihadistes liés à Al-Qaïda et à l'Etat islamique. Cette zone est proche des frontières avec le Mali et le Niger.

Localisation de Solhan au Burkina Faso (AFP)

Depuis l'invasion du Nord du Mali en 2012 par des groupes jihadistes, la situation s'y est aggravée en dépit de l'intervention militaire française - d'abord Serval, puis Barkhane plus étendue - et a fait tache d'huile, les groupes jihadistes frappant désormais le Burkina et le Niger, essentiellement dans la zone dite des "trois frontières".

Des militaires de l'armée française confisquent une moto retrouvée dans une forêt fréquentée par des groupes jihadistes, lors de l'opération Bourgou IV, dans le nord du Burkina Faso, le 9 novembre 2019 (MICHELE CATTANI / AFP)

Le président Roch Marc Christian Kaboré, qui a succédé en 2015 à Blaise Compaoré, a fait de la lutte "antiterroriste" sa priorité et a été réélu en 2020 en grande partie sur la promesse de ramener la paix dans son pays.

Mais l'armée burkinabè, faible et mal équipée, ne parvient pas à contrer les attaques de plus en plus nombreuses et doit s'appuyer sur des supplétifs civils, les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), qui payent un lourd tribut à la lutte anti-jihadiste.