Cet avion qui s'est écrasé au Honduras en 2018 transportait des employés d’une entreprise de prêts sur gage, et non des religieux

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Une publication partagée plus de 165.000 fois depuis mai 2018 a refait surface ces derniers jours en Côte d'Ivoire: elle montre des photos d'un petit avion coupé en deux lors d’un accident au Honduras en 2018, dont les passagers, présentés comme des “membres” d’une “église des États-Unis", auraient survécu grâce à une intervention divine. En réalité, ces voyageurs n'étaient pas des religieux, mais des employés d'une société texane de prêts sur gage. L'accident, survenu sur une piste d'atterrissage réputée dangereuse, a fait plusieurs blessés graves.

"DIEU EST GRAND!!!" s'extasie l'administrateur de la page Facebook TOP INFOS CI, en relayant les photos d’un accident d’avion survenu "à l'aéroport de la capitale" du Honduras, Tegucigalpa. L’appareil transportait "des membres d'église des États-Unis", assure l'auteur de cette publication, qui loue un miracle divin : "toutes les personnes à bord ont survécu. Dieu est vraiment génial !!"

Plusieurs photos d'un petit avion brisé en deux au sol, et entouré par des militaires et par des secouristes, accompagnent cette publication très virale, qui a refait surface au début du mois de février sur Facebook en Côte d'Ivoire.

Capture d'écran d'une publication Facebook, réalisée le 12 février 2021

Publié pour la première fois en mai 2018, ce post cumulait au 15 février plus de 165.000 partages et 26.000 commentaires, parmi lesquels de nombreuses louanges à Dieu et à ses supposés "miracles". Des publications similaires ont circulé au cours des trois dernières années sur les réseaux sociaux en Amérique latine  (1, 2, 3…), donnant lieu à un article de vérification de l’AFP en espagnol en septembre 2020.

Société texane de prêts sur gages

Au vu de ce travail de vérification, les éléments contenus par le post Facebook sont en partie erronés. Les photos relayées par la publication virale en français montrent bien en effet le crash d'un avion à l'aéroport de Tegucigalpa, la capitale du Honduras, en 2018. Mais les passagers n'étaient pas des "membres d'église des Etats-Unis": il s’agissait de salariés d’une société texane de prêts sur gages, baptisée EZcorp.

Une recherche d'images inversée sur Google permet de retrouver un article du média américain CNN en espagnol qui raconte l'histoire de cet accident d’avion, survenu à l'aéroport international de Toncontín le 22 mai 2018.

Plusieurs agences de presse (1, 2) ont aussi fait état de cet accident. L'avion, un modèle Gulfstream G200 exploité par un sous-traitant d'EZCorp, était en provenance d'Austin (Texas). Il s'est écrasé lors de son atterrissage, faisant plusieurs blessés parmi les employés d'EZCorp présents à bord, mais aucun mort. 

Comme le révèle le rapport d’accident publié sur le site Aviation Safety Network, une base de données qui recense les incidents aériens, l'avion "n'a pas pu s'arrêter à temps sur la piste d'atterrissage, a glissé le long d'une pente et a fini sa course sur une route" avant de se briser en deux. 

Plusieurs photos et une vidéo de l'AFP, prises sur les lieux de l'accident peu après le drame, montrent la carcasse de l'avion en deux morceaux, sous le même angle que les photos partagées sur Facebook. 

Au moins six Américains blessés

Au moins six Américains ont été blessés lors de l'accident, selon l'AFP (1, 2). Parmi eux figurent John Powell, Nicole Swies, Robert Kasenter, Johan Hage et Alex Mirta. Le sixième, identifié par le média hondurien La Prensa, se prénomme Joseph "Joe" Rotunda.

Les profils LinkedIn de John Powell, Nicole Swies, Robert Kasenter et Joseph "Joe" Rotunda attestent de leurs liens passés ou présents à EZCorp. L'entreprise possède plusieurs branches en Amérique Latine, dont une au Honduras.

Contacté par l'AFP en septembre 2020, Robert Kasenter a confirmé qu'il se trouvait à bord de l'appareil en compagnie de "quatre cadres d'EZCorp et de deux pilotes". "Nous avons tous survécu, mais certains ont subi des blessures graves", témoignait-il alors. 

Le porte-parole de l'hôpital hondurien Escuela, Miguel Osorio, avait quant à lui déclaré à l'AFP en 2018 que cinq passagers du vol avaient été blessés et transportés à l'hôpital. La sixième personne avait été, elle, redirigée vers l'hôpital militaire. Sur décision de l'ambassade américaine au Honduras, l'ensemble des blessés avait finalement été transféré dans un hôpital privé, selon le porte-parole des pompiers honduriens, Oscar Triminio. 

Le jour du drame, le président hondurien Juan Orlando Hernández avait consacré un tweet à cet accident, confirmant que "les blessés [étaient] pris en charge et dans un état stable". 


L'ambassade des Etats-Unis au Honduras avait également communiqué à sur Twitter, déclarant être en lien avec les victimes. Quelques jours après l'accident, le 27 mai 2018, le fils de Joseph Rotunda avait lui aussi remercié dans un tweet les internautes pour leur soutien à son père. Il avait précisé que ce dernier devait subir une nouvelle opération au Honduras et que la famille espérait le voir bientôt rapatrié aux Etats-Unis, en joignant une photo de son père dans son lit d'hôpital. 


Une piste d'atterrissage notoirement dangereuse

Niché au cœur des montagnes et doté de pistes d'atterrissage étroites, l'aéroport de Toncontín est considéré comme l'un des plus dangereux du monde, selon le magazine américain Forbes. En mai 2008, un avion de Taca Airlines s'était déjà écrasé sur un bâtiment de l’aéroport après une sortie de piste, faisant cinq victimes.

Un nouvel aéroport international est actuellement en construction à Comayagua, non loin de la base militaire de Palmerola, à une cinquantaine de kilomètres de Toncontín. Selon le quotidien hondurien El Heraldo, il  devrait accueillir ses premiers vols commerciaux en octobre 2021.

Traduit de l'espagnol par Marion Lefèvre