Attention, cette vidéo virale ne montre pas l’épouse de Bobi Wine, leader de l’opposition en Ouganda, brutalisée par la police

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Une vidéo vue plusieurs milliers de fois sur les réseaux sociaux prétend montrer l'épouse de l'opposant politique Bobi Wine malmenée par la police ougandaise, en présence de leur fils, durant l’élection présidentielle du 14 janvier. C’est faux : la femme de Bobi Wine, Barbie Kyagulanyi, a assuré à l’AFP ne pas être la personne présente dans la vidéo, ce qu’une analyse détaillée de la séquence virale permet de confirmer.

Sur la vidéo, vue plusieurs milliers de fois sur Twitter et YouTube et partagée abondamment sur Facebook, une femme vêtue d’un pagne blanc et noir est molestée par deux policiers, puis projetée au sol, sous les yeux d’un adolescent qui se met à crier en tentant de lui venir en aide.

"L'épouse de Bobi Wine l'opposant farouche du pouvoir de Museveni aux arrêts à la veille des élections en Ouganda. Cette dernière a été déshabille par les éléments de la police mandatés pour son arrestation" (sic), écrit une internaute de République du Congo (RDC), qui relaie ces images.

Capture d’une publication Facebook, réalisée le 1er février 2021

"A deux jours des élections en Ouganda, le président Museveni fait arrêter la femme de son adversaire, l'opposant Boby Wine", précise de son côté l’auteur d’un autre post Facebook. Selon une troisième publication, cet incident s’est déroulé devant "le fils" de la victime, âgé "d’à peine 10 ans", "au lendemain des élections". "Vive la démocratie", ironise l’auteur. 

Avant d'être relayé en français, ce message a abondamment circulé en anglais (1), alors que les tensions politiques étaient vives en Ouganda, où s'est tenue le 14 janvier 2021 l’élection présidentielle. Il a suscité de nombreux commentaires, tant sur Facebook que sur Twitter.

Bobi Wine, ancienne pop star devenue une figure politique en Ouganda, a été largement battu lors du scrutin, qui a vu le président Yoweri Museveni remporter un sixième mandat, après une campagne marquée par des violences qui ont fait des dizaines de morts.

Selon les résultats officiels, actualisés il y a quelques jours, le dirigeant autoritaire de 76 ans a récolté 58,4% des voix, contre 35,1% pour Bobi Wine, de son vrai nom Robert Kyagulanyi. Ce dernier a dénoncé une "mascarade", affirmant disposer de nombreuses preuves d'irrégularités.

Placé en résidence surveillée à l’issue du scrutin, Bobi Wine a saisi la justice pour réclamer "l'annulation" des résultats de l'élection. Yoweri Museveni a assuré de son côté que l’élection avait été la plus transparente depuis l'indépendance du pays en 1962.

Yoweri Museveni, l'un des plus anciens dirigeants au pouvoir en Afrique, a été systématiquement réélu depuis son arrivée à la tête de l'Ouganda en 1986, mais avec à chaque fois des soupçons de fraudes. D'autres opposants, par le passé, ont tenté de contester en justice ses victoires électorales, mais sans succès.

Photo prise le 15 janvier 2021 de Robert Kyagulanyi, alias Bobi Wine, lors d'une conférence de presse à son domicile de Magere, en Ouganda (AFP / Sumy Sadruni)

"Ce n’est pas moi"

C’est dans ce contexte tendu que la vidéo de la jeune femme molestée a été partagée, accompagnée le plus souvent d'un hashtag viral: #WeAreRemovingADictator (nous dégageons un dictateur).

Contactée par l’AFP, l'épouse de Bobi Wine, Barbie Kyagulanyi, a cependant assuré ne pas être la personne présente sur ces images. "J’ai été choquée par cette vidéo" mais "ce n’est pas moi, c’est une autre personne", a-t-elle déclaré à l’AFP le 19 janvier 2021. 

"En tant que militante, défenseuse des droits humains et mère, je trouve horrible que dans l’Ouganda d’aujourd’hui, les femmes soient encore brutalisées par [le] gouvernement qui est censé les protéger contre le mal", a néanmoins ajouté Mme Wine.

La qualité médiocre de la vidéo rend difficile une comparaison claire entre Mme Kyagulanyi et la femme jetée au sol par les forces de l'ordre. Néanmoins, plusieurs éléments de cette séquence virale confirment les propos de l'épouse de Bobi Wine.

L’accent de la femme visible dans la séquence vidéo, tout d’abord, n’est pas celui de Barbie Kyagulanyi. Il existe en outre des différences dans leurs apparences physiques : alors que l'épouse de Bobi Wine arbore une coupe afro, la femme de la vidéo a des tresses.

L’AFP Factuel n’a pas été en mesure d’établir l’identité de la femme visible sur la vidéo, décrite dans un post Facebook comme une amante abandonnée. Mais une version plus longue de la séquence virale, que nous avons retrouvée, donne quelques indices sur les circonstances de son arrestation : les échanges en nyankore (une langue locale ougandaise) qui l’opposent aux policiers font effet état d’une "cérémonie", à laquelle elle aurait été empêchée d’assister. Nulle mention n’est faite en revanche de l’élection présidentielle, ou bien de Bobi Wine.

Traduit de l'anglais par Monique Ngo Mayag