Non, McDonald's ne prévoit pas de créer "10.000 emplois" en République démocratique du Congo 

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Sur Facebook, des internautes affirment que la chaîne de fast-food américaine McDonald's serait sur le point de s’implanter en République démocratique du Congo (RDC) et de créer "10.000 emplois" dans le pays. Pourtant, l'entreprise a démenti à l'AFP avoir le projet de s'étendre à la RDC. A ce jour, la chaîne de fast-food est présente dans trois pays africains (Egypte, Maroc et Afrique du Sud) ainsi que sur l'île Maurice. 

"MCDONALD'S arrive en RDC prochainement", proclament plusieurs publications Facebook abondamment commentées depuis le 12 mars en République démocratrique du Congo. Selon les internautes qui les partagent, cette arrivée permettra même la création de "plus de 10.000 emploi (sic)" dans le pays. 

Capture d'écran d'une publication Facebook, réalisée le 22 mars 2021

Les publications relayant cette affirmation ont cumulé plusieurs centaines de partages sur Facebook (1, 2, 3, 4…).

Pas d'implantation à venir en RDC

Pourtant, la chaîne de fast-food américaine n'a pas le projet de s'installer prochainement en RDC. Contactée par l'AFP le 18 mars, McDonald's a confirmé que cette information était fausse. Le site de vérification congolais CongoCheck a également publié un article au sujet de cette infox. 

Si l'entreprise n'est pas implantée en RDC, elle est présente dans plusieurs pays africains depuis les années 1990. Comme elle le précise sur son site, elle s’est d’abord implantée au Maroc en 1992, puis en Egypte en 1994 et enfin en Afrique du Sud un an plus tard. Elle est également présente sur l'île Maurice.

Sollicitée, McDonald's n'a pas souhaité communiquer de chiffres en ce qui concerne son activité en Afrique. Néanmoins, selon les différents sites locaux dédiés à ses antennes africaines, l'entreprise emploie au moins 20.000 personnes, directement ou indirectement, sur ce continent. A travers le monde, environ 205.000 personnes travaillaient pour McDonald's en 2019, dans 119 pays

Des défis à surmonter

Malgré ces implantations, "McDonald’s ne semble pas prospérer équitablement sur le continent", peuplé de plus d'un milliard d'habitants, soulignait en 2015 le média spécialisé Africa Retail News.

Cette relative absence s'explique notamment par "le manque de certitude qui entoure les chaînes d’approvisionnement", qui est "le principal facteur de dissuasion à cet égard, en particulier en Afrique subsaharienne", selon ce média.

Une analyse confirmée à l'AFP par Bernard Boutboul, président du cabinet d'études Gira Conseil, spécialisé dans la restauration, qui a conseillé McDonald's récemment au sujet de son implantation africaine.

La chaîne de fast-food est "très à cheval sur la chaîne du froid", pour l'instant difficile à assurer dans la région, témoigne M. Boutboul, pour qui l'entreprise américaine ne souhaite pas pour l'instant s'implanter en Afrique de l'Ouest ou en Afrique centrale.

Quand l'entreprise ouvre des filiales dans une zone, ils "fabriquent eux-mêmes leurs produits dans un laboratoire", explique le responsable de Gira Conseil, qui rappelle que la multinationale possède "des laboratoires" et "des usines" au Maroc, en Egypte et en Afrique du Sud, qui lui permettent à la chaîne de produire sur place.

Mais suivre ce même modèle ne serait pas rentable pour ouvrir un petit nombre de restaurants dans une "zone émergente", insiste M. Boutboul. Selon lui, l'absence de McDonald's dans d'autres pays du continent s'explique aussi par des politiques plus "protectionnistes", notamment en Algérie et en Tunisie.

"Opportunité unique" pour les chaînes de fast-food occidentales

Selon le média African Retail News, "la forte montée de la restauration rapide en Afrique" depuis plusieurs années est cependant "une illustration de l’opportunité unique qui s’offre aux propriétaires de chaînes de restauration rapide traditionnelles en Occident".

La présence d'un "marché colossal" en Afrique pousse McDonald's et les "investisseurs et financiers africains" intéressés par ce marché à "trouver la solution d'investissement de demain pour sécuriser toute la chaîne alimentaire", confirme de son côté Bernard Boutboul. 

Des passants devant un panneau publicitaire faisant la réclame d'un menu à "deux krika" (2.000 francs CFA), le 28 novembre 2016 à Abidjan, Côte d'Ivoire. (AFP / Issouf Sanogo)

Selon lui, il existe une "énorme demande" des populations vis-à-vis du leader mondial de la restauration rapide et un intérêt réel pour le fast-food à l'échelle du continent. Une appétence dont témoigne aujourd'hui le succès de chaînes locales, comme Mr Bigg's et Mama Cass au Nigeria.

Marion Lefèvre