Non, le paiement des loyers, de l'eau et de l'électricité n'est pas suspendu en RDC en raison du coronavirus

Copyright AFP 2017-2020. Droits de reproduction réservés.

Une publication partagée des centaines de fois sur Facebook depuis le 22 mars affirme que le président de la République démocratique du Congo (RDC) Félix Tshisekedi a suspendu le paiement des loyers et des factures d'eau et d’électricité. Elle assure également que l’Etat va prendre les factures à sa charge pendant le "confinement" lié au coronavirus. C'est faux: cette affirmation ne figure pas parmi les mesures annoncées par le dirigeant congolais pour lutter contre le virus. Elle a été démentie par la présidence

Cette publication a été partagée plus de 300 fois sur le réseau social Facebook. 

Capture d’écran Facebook datée du 24 mars 2020
 

"Félix Tshisekedi déclare : Le paiement des loyers est suspendu pendant cette période où la Rdc fait face à une crise sanitaire humanitaire, partant de cette occasion je suspend également le paiement de facture d'électricité et d'eau, désormais c'est l'état congolais qui se chargera des frais de loyers".

Cette annonce a bien entendu été accueillie avec joie par de très nombreux internautes. Certains semblent toutefois moins crédules.

Capture d'écran Facebook du 25 mars 2020

Dans un discours le soir du 24 mars, le deuxième en moins d'une semaine, le président congolais a décrété "l’état d’urgence" ainsi que l'isolement de la capitale Kinshasa du reste du pays. 

Les 45 cas de coronavirus, dont trois décès, officiellement enregistrés en RDC, selon les chiffres donnés dans son discours par M. Tshisekedi, l'ont tous été dans la capitale. 

"Je décrète l’état d’urgence", a déclaré le chef de l’Etat dans une allocution télévisée, annonçant notamment "l’interdiction de tous les voyages de Kinshasa vers les provinces, et des provinces vers Kinshasa, afin de permettre le confinement de la ville de Kinshasa, foyer de la pandémie"

Quelques jours plus tôt, le 18 mars, Félix Tshisekedi s’était déjà adressé au pays annonçant une première série des mesures pour lutter contre le nouveau coronavirus.

Celles-ci prévoyaient notamment la suspension des vols en provenance des pays à risques, la fermeture des établissements scolaires, des bars et discothèques et la suspension de tous les rassemblements religieux et sportifs pour une durée de quatre semaines.

Confinement ou isolement ? 

D'abord, contrairement à ce qu'affirme cette publication Facebook du 22 mars, le président congolais n'a pas annoncé un "confinement" de la population de Kinshasa, comme c'est le cas dans plusieurs autres pays où les citoyens ont l'obligation, sous peine de sanction, de limiter leurs mouvements.

Aucune restriction de mouvement à l'intérieur de la capitale congolaise, peuplée de dix millions d'habitants, n'a été imposée par les autorités.

Depuis le 24 mars, soit deux jours après la publication que nous vérifions, la population est simplement "priée de rester à domicile et de n’effectuer que les déplacements strictement indispensables aux besoins professionnels, familiaux ou de santé"

Il s'agit donc plutôt d'un isolement de la capitale Kinshasa du reste du pays pour éviter la propagation du coronavirus. 

Capture d'écran Facebook du 25 mars 2020

Démenti présidentiel

L'AFP a par ailleurs réexaminé le contenu des mesures annoncées dans ses discours par le président Tshisekedi, dans le cadre de la "riposte" contre le coronavirus.

Le site internet officiel de la présidence de la République n'est pas accessible. Il est actuellement sujet à une "refonte en profondeur".  

Mais la présidence communique via son compte Twitter ainsi que sur sa page Facebook officiels.

Nous y avons retrouvé une publication reprenant les 13 mesures annoncées le 18 mars par Félix Tshisekedi dans son discours du 18 mars.

Les nouvelles dispositions prises le 24 mars par le président congolais sont également publiées. 

On retrouve par ailleurs une retranscription du discours tel qu'il a été prononcé le 18 mars, sur le site du pure player congolais actualite.cd.

Dans aucun des deux discours n'est évoquée ni une suspension du paiement des loyers, ni la prise en charge par le gouvernement des factures d'eau et d'électricité pendant cette période. 

Contactée par l’AFP mardi 24 mars, Lydie Omanga, directrice de communication de la présidence, a également démenti cette nouvelle et invité les internautes à tenir compte uniquement des informations relayées sur les comptes de la présidence.

"C’est faux. Si nous avons communiqué sur nos différents comptes sur les réseaux sociaux, c’est justement pour limiter la propagation des fake news. Lorsqu’une information n'apparaît pas sur nos comptes, c'est que nous ne sommes pas responsables de ces informations", a-t-elle déclaré.

Ange Kasongo