Non, la communauté LGBT ne portait pas à Paris de banderoles avec l’inscription: “la peine de mort pour l’homophobie”

En Pologne, des articles ont récemment dénoncé le message supposé de pancartes brandies par les participants à la Marche des Fiertés à Paris le samedi 29 juin 2019. En cause, une erreur de traduction : les manifestants pour les droits des LGBT ne réclamaient pas "la peine de mort pour l’homophobie" mais proclamaient que "la peine de mort est homophobe".

Des photos de la Marche des Fiertés le samedi 29 juin à Paris, ont été reprises par certains sites d’information polonais.

Le site de droite Magna Polonia écrit le 30 juin: "Le défilé a traversé les principales avenues de la capitale de la France. Sur un char au milieu du cortège, plusieurs potences ont été édifiées. Des pendus en carton étaient suspendus avec des inscriptions +la peine de mort pour l’homophobie+. Sur d’autres +S’aimer n’est pas un crime+".

Capture d'écran du site Magna Polonia le 1 juillet 2019

L'article a été publié sur Facebook notamment par un metteur en scène de télévision ultra-conservateur et ultra-catholique, Grzegorz Braun. Le site de TVP Info, une chaîne d'information en continu de la télévision publique polonaise, dirigée par homme du parti conservateur Droit et Justice (PiS) au pouvoir, a également publié l’information. Choqués des utilisateurs de Twitter et de Facebook l'ont cependant remarquée et pris des captures d’écran avant qu'elle ne disparaisse.

Manipulation plus qu'une erreur ?

Pour beaucoup, l'erreur dans la traduction n'a rien du hasard et correspond bien à la ligne éditorialiste des sites.  L'un d'entre eux a écrit dans son tweet: "Le mot d’ordre à la marche : la peine de mort c’est l’homophobie. Selon @tvp_info, le slogan à la marche voulait dire +la peine de mort pour l’homophobie+. Dites-moi: est-ce de l'ignorance ou de la manipulation intentionnée ?"

L'écrivain Jacek Dehnel n'a pas de doute.  "Encore un coup ignoble de la part de TVP Dezifno. A Paris, à la Pride, les manifestants protestaient contre la peine de mort pour l'homosexualité, ils portaient une carte du monde avec les pays où on risque la mort pour l'amour ainsi que des potences avec des victimes fictives et des inscriptions 'la peine de mort est homophobe'. Mais cette télé de la haine l'a traduit comme: 'peine de mort pour l'homophobie'"

Les droits de la communauté LGBT restent encore très limités en Pologne, pays conservateur. Le pays ne reconnaît ni les mariages entre personnes du même sexe, ni même les unions civiles comme le Pacte civil de solidarité (Pacs) en France. Aussi la communauté LGBT y est pointée du doigt comme responsable de la dépravation morale d'une Pologne saine et catholique. La famille, selon l'Eglise catholique et le PiS au pouvoir, ne peut être constituée que de deux personnes de sexe opposé.  

Que dit la pancarte ?

Sur la photo de la Marche, on voit quatre silhouettes de pendus en carton rouge. L’une porte l’inscription: "La peine de mort est homophobe". Sur d’autres : "S'aimer n'est pas un crime".

Les mots d’ordre ont été élaborés par l’association Ensemble contre la peine de mort (ECPM) qui depuis 19 ans milite à travers le monde contre la peine capitale.

La traduction automatique du français en polonais faite par l'outil de traduction Google Translate dit bien que "la peine de mort est homophobe".

Capture d'écran de Google Translate, réalisée le 5 juillet 2019

Le slogan "la peine de mort est homophobe” a justement pour but de dénoncer la pénalisation des homosexuels en raison de leur orientation sexuelle. 

Capture d'écran du site de l'association ECPM du 1 juillet 2019

Les activistes de l’association ECPM voulaient au contraire sensibiliser l'opinion publique sur le fait que dans certains pays l’homosexualité, particulièrement lorsqu’elle est masculine, est passible de la peine de mort. C'est le cas en Arabie Saoudite et au Yémen, comme on peut le voir dans cette infographie AFP.

Statut de l'homosexualité dans le monde
Natalia Sawka
Maja Czarnecka