Non, Emmanuel Macron n'a pas été giflé pour ne pas avoir "respecté les gestes barrières"

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Des publications circulant en français et en anglais dans plusieurs pays d’Afrique prétendent que l’homme ayant giflé Emmanuel Macron a justifié son geste par l'attitude du président français, qui n'aurait pas respecté les gestes barrières à son encontre. Selon ces messages, ces arguments auraient été pris en compte par le tribunal, qui n’aurait condamné l'agresseur du chef de l'Etat qu’à trois mois de prison avec sursis et 1.500 euros d'amende. Tout cela est faux: la question des gestes barrières n’a pas été évoquée par l’accusé ou ses avocats lors du procès en comparution immédiate. De plus, l’auteur de la gifle n’a pas écopé de trois mois de prison mais de 18 mois, dont quatre ferme.

Qu’est-ce qui a poussé l’agresseur d’Emmanuel Macron à lui asséner une gifle le 8 juin lors d’un déplacement dans la Drôme? Sur Facebook, des publications partagées plus de 300 fois depuis le 9 juin (1, 2, 3, 4...), notamment au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire et en République démocratique du Congo (RDC), avancent une explication: le président français aurait été giflé pour n'avoir pas "respecté les gestes barrières".

Selon la légende qui accompagne l’une de ces publications, composée de deux captures d’écran de la vidéo virale ainsi que d’une image de Macron les yeux teintés de rouge, l’auteur de la gifle a avancé lors de son procès "deux arguments" pour justifier sa réaction: "(1) la poignée de main est interdite du fait du Covid" et "(2) la distance de sécurité de un mètre" n’a pas été "respectée".

Ces arguments - qualifiés de "pertinents" - ont a valu à l'accusé une condamnation clémente de la part du tribunal, assure l'auteur de ce message, qui précise que le jeune homme "s’en est sorti avec une peine d’emprisonnement avec sursis de trois mois et 1.500 euros d’amende".

Capture d’écran Facebook, réalisée le 10 juin

Ce message, parfois accompagné de photos, a également circulé en anglais, notamment sur Whatsapp et sur Twitter (1, 2). Il a suscité de multiples réactions de la part des internautes, certains jugeant les arguments prêtés à l’agresseur d'Emmanuel Macron "fallacieux" et "inacceptables", quand d’autres mettent en cause la véracité de ce message Facebook.

Les éléments figurant dans ces publications, de fait, sont bel et bien mensongers.

Jugé en comparution immédiate le 10 juin par le tribunal correctionnel de Valence (Drôme), l’auteur de la gifle, Damien Tarel, n’a pas été condamné à trois mois de prison avec sursis, comme l’assure le message viral sur Facebook, mais à 18 mois de prison dont quatre mois ferme. Un mandat de dépôt d’ailleurs a été délivré à son encontre, conformément aux réquisitions du parquet.

Lors de cette audience, à laquelle un journaliste de l’AFP a assisté, le jeune homme de 28 ans - jusque-là inconnu des services de police - a par ailleurs reconnu être l’auteur de la gifle et a tenté de justifier son geste. Mais à aucun moment il n’a évoqué la crise du Covid et le non-respect des gestes barrière par Emmanuel Macron pour expliquer sa réaction.

"Montjoie! Saint-Denis!"

L’agression est survenue lors d’un déplacement du chef de l’Etat à Tain-l'Hermitage (Sud-Est de la France), le 8 juin en début d'après-midi. Damien Tarel se trouvait derrière une barrière en métal aux côtés de plusieurs habitants lorsqu’Emmanuel Macron s’est approché et a posé sa main sur son avant-bras. Le jeune homme lui a alors asséné une gifle, au cri de "Montjoie! Saint-Denis!"

"Quand j'ai vu son regard sympathique et menteur", j'ai compris qu'il "voulait faire de moi un potentiel électeur", a expliqué face au tribunal Damien Tarel, évoquant une réaction "un peu impulsive". "J'ai juste giflé Emmanuel Macron car un sentiment d'injustice m'a parcouru", a-t-il insisté, en dénonçant le fait que des gilets-jaunes avaient été expulsés de cette zone quelques minutes auparavant par les forces de sécurité.

Des journalistes attendent devant le tribunal de Valence le 10 juin 2021 pour le procès de Damien Tarel, jugé pour avoir giflé Emmanuel Macron (JEFF PACHOUD / AFP) (AFP / Jeff Pachoud)

Fan d'histoire médiévale et abonné à des sites d'extrême droite, Damien Tarel a reconnu lors de l'audience son ancrage à la droite du spectre politique, assurant que son cri "Montjoie Saint-Denis" faisait "référence au cri de ralliement historique des chevaliers français". "C'est aussi un slogan patriote", a expliqué le jeune homme, actuellement sans emploi.

Au début de sa plaidoirie, son avocate Elodie Guellier s'est agacée du fait que le tribunal accepte de rendre justice dans une salle comble avec la presse et du public tandis que dans d'autres dossiers, les familles ne peuvent pas venir en raison de la pandémie. Il s'agit de la seule fois où les gestes barrières ont été évoqués lors de ce procès. 

Elle a ensuite appelé le tribunal à ce qu'il n'y ait pas "de justice d'exception" ni de justice "pour l'exemple". "Son objectif était d'échanger avec le président", a-t-elle fait valoir. "Je pense qu'il a pris conscience de la gravité des faits", a-t-elle insisté, en évoquant un "geste particulièrement inadapté" venant d'un homme "lambda".

"Sursaut républicain"

La gifle infligée à Emmanuel Macron a été condamnée par l’ensemble de la classe politique française, qui a appelé à un "sursaut républicain" face à ce type de "violence". La portée de ce geste a cependant été dédramatisée par Emmanuel Macron, qui a estimé que la France n'était pas actuellement dans une situation de tension comme pendant la crise des "gilets jaunes".

"Ne faisons pas dire à cet acte imbécile et violent (la gifle) plus qu'il ne faut lui en faire dire", a déclaré le chef de l'Etat. "Il faut relativiser et ne rien banaliser" mais "ce n'est pas grave de recevoir une gifle quand on va vers une foule", a-t-il ajouté.

Une position partagée par la cheffe du parti d'extrême droite Rassemblement national, Marine Le Pen, qui s'est dite jeudi "d'accord" avec Emmanuel Macron pour considérer qu’il s’agissait d’un "acte isolé".

Quelques heures après cette gifle, et malgré les restrictions liées à l'épidémie de Covid-19, le président français a effectué un bain de foule dans les rues du centre-ville de Valence, enchaînant pendant plus d’une les selfies et discussions rapides avec la foule, essentiellement jeune, venue le rencontrer