Non, ces photos ne montrent pas une saisie d'armes françaises au Burkina Faso

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Des photos partagées plus de 7.000 fois depuis décembre 2019 et qui ont refait surface récemment sur Facebook montrent, selon les internautes qui les diffusent, une "saisie d'un conteneur d'armes sophistiquées en provenance de la France" au Burkina Faso. Toujours selon ces publications, ces armes allaient être livrées à Kidal, dans l'est du Mali. Attention: ces photos montrent en réalité deux saisies d'armes illégales par les douanes nigérianes en 2017, sans lien établi avec la France.

Plusieurs hommes, dont certains en combinaisons oranges de travail, se tiennent derrière un conteneur. Le cliché, de mauvaise qualité, ne permet pas de lire le texte des autocollants apposés sur les portes. Sur une autre photo, on voit des cartons éventrés et leur contenu, des armes, alignées sur du papier bulle. Selon les internautes qui partagent ces photos, elles montrent une "grande saisie d'un conteneur d'armes sophistiquées en provenance de la France", "à destination de Kidal", au Burkina Faso.

Capture d'écran d'une publication Facebook, réalisée le 24 septembre 2021

Ces publications, portant la même légende erronée, ont été partagées plus de 7.000 fois depuis décembre 2019, et circulent de nouveau récemment sur Facebook (1, 2, 3, 4, 5, 6...). 

Elles refont surface dans un contexte de tensions entre la France et le Mali.

Le ministère malien de la Défense, Sadio Camara, a en effet reconnu auprès de l'AFP mener des pourparlers avec la société russe Wagner. Ce groupe paramilitaire privé, avec qui Moscou dément tout lien, fournit des services de maintenance d'équipements militaires et de formation mais est également accusé de mercenariat et soupçonné d'appartenir à un homme d'affaires proche du Kremlin, Evguéni Prigojine. En Centrafrique, ses hommes y sont régulièrement accusés d'exactions.

La nouvelle de ces tractations intervient alors que s'organise le redéploiement des forces françaises au Sahel. Ces dernières vont quitter une partie de leurs positions dans le nord du Mali pour se concentrer sur la zone aux confins du Niger et du Burkina Faso. La ministre française des Armées, Florence Parly, s'est rendue le 20 septembre au Mali et y a affirmé la détermination de Paris à y poursuivre son engagement, sans obtenir d'assurances du gouvernement dominé par les militaires sur une éventuelle coopération avec Wagner.

La situation est détaillée dans ces dépêches de l'AFP: ici et

Mais les images qui figurent dans les publications que nous examinons ne montrent pas des armes françaises interceptées au Burkina Faso. Elles montrent en réalité des armes saisies par des douaniers nigérians en 2017.

Une recherche d'images inversée sur différents moteurs de recherche permet de retrouver la première image par des médias locaux nigérians (1, 2, 3...) qui évoquent cette saisie et la situe à Lagos, la capitale économique du pays. On les retrouve dans une publication des autorités douanières sur Facebook du 23 mai 2017 qui détaille les armes saisies. Dans ce texte, le service des douanes nigériane explique avoir "intercepté un total de 440 fusils à pompes".

L'AFP avait couvert cette saisie du 23 mai 2017, dans le port nigérian de Tincan à Lagos. D'après les autorités douanières, le conteneur était parti de Turquie et son chargement avait été déclaré comme du plâtre provenant de Paris.

Dans une vidéo de la conférence de presse, diffusée sur la plateforme en ligne nigériane Frimoni, un contrôleur des douanes précise que certains des fusils proviennent "des Etats-Unis d'Amérique, certains d'Italie, mais [sont] surtout importés de Turquie". 

Dans cette vidéo, on reconnaît différents éléments présents sur les photos de la publication erronée partagée sur Facebook : les étiquettes figurant sur le conteneur fouillé (flèches rouges), ainsi que les véhicules garés à proximité (flèches bleues).

Capture d'écran d'une publication Facebook, réalisée le 24 septembre 2021
Capture d'écran d'une vidéo Youtube, réalisée le 24 septembre 2021

 

 

On retrouve la deuxième image virale montrant des cartons éventrés et leur chargement  dans d'autres articles de médias locaux (1, 2, 3) qui évoquent cette fois une saisie de 661 fusils à pompe, quelques mois avant la première mentionnée dans cet article, fin janvier 2017. Les services douaniers nigérians avaient également publié les photos en mars 2017, dont celle contenue dans les publications virales que nous vérifions, sur leur compte Facebook (la publication décrivant la saisie est aujourd'hui supprimée). L'annonce, sans photos jointes, avait également fait l'objet d'un tweet depuis leur compte officiel fin janvier 2017.

Dans un reportage sur cette saisie, la chaîne de télévision TV360 Nigeria rapporte que ces fusils "auraient été importé depuis la Chine", sans donner davantage de précisions au sujet de leur provenance.

Ces images ont déjà été vérifiées par l'AFP dans le passé: les internautes prétendaient alors que ce conteneur était rempli d'armes françaises destinées au groupe islamiste nigérian Boko Haram.

Sur les neuf premiers mois de 2017, année de ces saisies, les autorités ont intercepté près de 3.000 fusils à pompe en provenance de Turquie dans différents ports du Nigeria, comme rapporté à l'époque par l'AFP

Marion Lefèvre