Une femme avec une poussette à Moscou, en avril 2019 (illustration). ( AFP / KIRILL KUDRYAVTSEV)

Des "femmes à poussette" au coeur d'un "trafic d'organes" ? Itinéraire d'une rumeur dérivée d'une inépuisable légende urbaine

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Depuis le récit sur TikTok en octobre 2022, d'une supposée tentative d'enlèvement à Marseille, une rumeur accusant des femmes "avec une poussette et un enfant" d'aborder des inconnu(e)s pour leur demander d'acheter du lait en poudre pour, en fait les kidnapper, circule abondamment sur les réseaux sociaux. Cette rumeur est déclinée dans plusieurs villes de France. Le procédé servirait à alimenter, selon certaines versions, un "trafic d'organes". Mais ces accusations ne sont corroborées ni par la police ni par la gendarmerie, qui indique que "rien ne permet de confirmer cette rumeur". Ces récits font écho à des légendes urbaines circulant depuis des années, qui jouent sur "la peur ancestrale de l'enlèvement", comme le soulignent plusieurs spécialistes à l'AFP. Par ailleurs, si le trafic d'organes est une réalité, ses victimes "sont essentiellement des populations très vulnérables", majoritairement issues "de pays en développement et de zones de conflit ou de transit migratoire", selon un rapport parlementaire.

"Ca s'est passé à Marseille mais ça peut se passer partout ailleurs donc je vous invite à être vigilants." Face caméra, l'air grave, sur fond d'une musique d'ambiance angoissante, une jeune femme appelle, dans une vidéo visionnée plus de 2,4 millions de fois sur TikTok depuis sa mise en ligne, le 11 octobre 2022, à la plus grande prudence.

"J'étais à la gare Saint-Charles, à Marseille aujourd'hui, j'étais en déplacement, je ne connais pas du tout Marseille [...] J'attends mon train, je me suis calée sur un petit côté de la gare", poursuit l'utilisatrice aux plus de 20.000 abonnés, expliquant avoir été interpellée par une "petite dame" avec "un enfant et une poussette" qui lui demande si elle peut "acheter du lait en poudre pour son enfant".

Après avoir accepté la demande de cette femme "roumaine" - une simple "hypothèse", précise-t-elle en soulignant que cela n'a "rien de péjoratif ni de raciste" -, elle l'accompagne en direction de la pharmacie, censée se trouver tout près de la gare. Mais elle commence à s'inquiéter, en cours de trajet, de la distance visiblement plus longue qu'annoncé - avant d'inviter les internautes à découvrir la suite de son histoire dans une deuxième vidéo.

Capture d'écran réalisée sur TikTok le 20 octobre 2022.

Dans cette seconde partie, mise en ligne le lendemain, la tiktokeuse explique que la "dame" l'a finalement menée jusqu'à "une porte en fer, blindée, rouillée, le truc très glauque avec des tags dessus", qui, une fois ouverte, "donnait tout simplement sur un long couloir noir."

"J'ai fait-demi tour et j'ai couru le plus vite possible en direction la gare parce que je me suis dit 'on ne sait jamais, peut-être que c'est un réseau et qu'il y a des gens dans les parages qui sont là justement pour rattraper les victimes'. Dieu merci ça n'a pas été le cas", poursuit-elle.

Une inquiétude qui aurait été corroborée dès son retour à la gare par "le monsieur de la SNCF" auquel elle raconte sa frayeur : "Il me dit que j'ai bien fait de faire demi-tour parce que j'étais à deux doigts de passer à côté de quelque chose d'affreux [...] Il me dit très clairement que c'est des réseaux qui s'occupent de trafics de jeunes filles, de jeunes femmes, d'enfants et j'en passe."

Cette rumeur s'est depuis propagée au reste de la France, nombre d'internautes alertant, sur TikTok, Facebook ou Twitter, de la présence de ces "femmes avec poussette" qui seraient au coeur de "tentatives d'enlèvement" ou d'un "trafic d'organes" à Toulouse, Lyon, Metz, Rouen ou encore Paris.

Une histoire par nature "invérifiable"

Rien ne permet pourtant de confirmer de ce récit, où l'évocation d'un "trafic de jeunes filles" émane d'une tierce personne, comme le souligne à l'AFP Pascal Froissart, professeur des universités au Celsa et auteur du livre La rumeur (éd. Belin) : "Cette vidéo est efficace parce qu'on a l'impression que le récit a été validé par une autorité, celle de l'agent SNCF. Ce qui ne veut pas dire que c'est vrai pour autant : on n'a pas retrouvé l'agent SNCF. Et même s'il a existé, rien ne dit qu'il disait vrai et qu'il ne faisait pas une blague. On ne sait absolument rien de tout ça, donc c'est par nature invérifiable."

De fait, comme le révèle Marsactu le 14 octobre, la SNCF explique "ne pas disposer d’assez d’éléments pour lancer une enquête interne". De son côté, la préfecture de police indique au média d'investigation local qu'il "n'y a aucune plainte ni aucune constatation de ce genre sur le secteur de la gare" et qu'il "n'y a aucun réseau d’enlèvements connu à ce jour."

La veille, la police nationale des Bouches-du-Rhône avait déjà dénoncé, dans un tweet, "des rumeurs de tentatives d'enlèvement sur Marseille et devant les établissements scolaires", en indiquant qu'"aucun fait n'est avéré" et en appelant "à ne pas relayer ces fake news".

Il n'empêche, "sur un plan narratologique, le récit de cette jeune femme est très bien construit, avec, à la fin, une sorte de morale terrifiante à sa fable. Elle encourage à diffuser cette mauvaise nouvelle pour prévenir les gens, ce qui la fait devenir une Cassandre", pointe Pascal Froissart.

Une rumeur alimentée par des vidéos qui prétendent montrer "la kidnappeuse"

Dans les jours suivant la mise en ligne de cette vidéo, certain(e) internautes avaient ainsi directement relayé l'appel à la vigilance de la jeune femme sur TikTok. D'autres partageaient une photo censée montrer la "dame à la poussette", soutenaient l'avoir aperçue près de la gare Saint Charles ou en avoir entendu parler. Une utilisatrice de Facebook racontait ainsi qu'une de ses filles "s'est également fait accoster mais a tracé sa route", tout en spéculant : "Cela ne se passe sans doute pas uniquement à Marseille. Trafic de femmes, d'organes..."

Dans la foulée, la rumeur gagne d'autres villes. A Toulouse, selon un récit là encore raconté sur TikTok puis repris sur Facebook, il s'agirait d'une femme "syrienne" opérant au "centre commercial Fenouillet" avec des "complices plus loin dans une voiture pour kidnapper les personnes" en vue "a priori" d'un "trafic d'organes avec la Roumanie". A Lyon, à en croire un tweet viral du 18 octobre, des femmes et des hommes aborderaient des passants près de la gare Part-Dieu pour leur demander "d’aller chercher du lait avec eux", un "piège" qui dissimulerait "un trafic d’organes".

Capture d'écran réalisée sur Facebook le 20 octobre 2022.

Le même jour, deux vidéos TikTok mises en ligne par deux internautes différents alimentent un peu plus la rumeur. La première prétend montrer "la kidnappeuse" : on y voit une femme avec une poussette lancer à l'homme en train de la filmer dans la rue : "Viens avec moi, je t'accompagne à Carrefour".

Dans la seconde séquence virale, intitulée "Faites vraiment attention, c'est vraiment réel", une internaute filme son échange, à proximité d'une gare, avec une femme qui se présente comme originaire du Kosovo et lui demande "du lait" pour sa fille, en lui proposant de l'accompagner jusqu'à une pharmacie. Face à son refus, la femme lui dit : "Mais tu peux y aller toi si tu as peur de moi et moi je t'attends ici". Une proposition là encore déclinée par la personne qui filme, ce qui amène son interlocutrice à lui demander de la "monnaie" avant de s'éloigner. Sans que rien n'atteste, là non plus, d'une quelconque tentative d'enlèvement.

Capture d'écran réalisée sur TikTok le 3 novembre 2022.

La veille, une jeune femme partageait sur Twitter un avertissement similaire, mais cette fois-ci dans l'Est de la France : "femmes avec poussette qui demandent à ce qu'on leur achète du lait en poudre pour leur bébé (ça finit en tentative d'enlèvement) : ça se passe un peu partout en France dernièrement, et ça m'est arrivé jeudi après-midi à Metz secteur Cathédrale donc faites attention à vous !!!"

Jointe par l'AFP, la gendarmerie nationale indiquait, le 27 octobre, qu'"après vérification", "rien ne [lui] permet de confirmer cette rumeur", deux jours après que la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la haine anti-LGBT (DILCRAH) ait alerté, dans un tweet, sur la "propagation de fausses informations liées à des préjugés antitsiganes".

"Il arrive fréquemment que des boucs émissaires soient pointés. D’abord la mention d’une nationalité ou d’une communauté précise est là pour accréditer la rumeur grâce à sa précision. Il faut bien voir aussi que le choix de telle ou telle communauté s’appuie souvent sur des préjugés séculaires ou sur des peurs qui entourent à un moment donné certaines communautés. Très souvent cela aboutit à un renforcement des fantasmes", note auprès de l'AFP Marie-Eve Thérenty, professeure de littérature française à l'université Paul Valéry-Montpellier 3 et co-autrice du livre Fake news & viralité avant Internet (CNRS Editions).

Une rumeur qui "circule en permanence" et connaît parfois "des pics"

Pour Anthony Ikni, délégué général de Romeurope, un collectif "de soutien et de défense des droits des personnes originaires d’Europe de l’Est, Roms ou présumées Roms", bien que cette rumeur d'enlèvement "circule en permanence", elle connaît "des pics" : "En 2008, des bruits de couloir similaires sur l'enlèvement d'enfants par des Roms pour un trafic d'organes circulaient dans différents quartiers de Marseille. En 2019, les rumeurs visaient davantage des hommes censés ressembler à des Roms, accusés d'être des voleurs d'enfants [à bord d'une camionnette blanche] et certains avaient été tabassés à tort."

"A l'heure actuelle, il n'y a pas eu d'agression, de lynchage, de violence, de personnes en raison d'un lien avéré avec la rumeur qui circule aujourd'hui. Par contre, ce qu'on voit depuis plusieurs jours c'est des femmes aux abords des gares qui sont harcelées, prises en vidéo sans leur consentement. Beaucoup de jeunes disent avoir subi une tentative d'enlèvement alors qu'ils ont simplement été en lien avec une personne faisant de la mendicité, ils mélangent ça avec la série [sur le tueur en série] Dahmer, l'affaire Lola...", déplore Anthony Ikni, tout s'inquiétant de la "viralité de certaines vidéos TikTok", dont le collectif a demandé la suppression au gouvernement.

Comme le détaille Marie-Eve Thérenty, "le script de cette rumeur s’approche de très près de la rumeur d’Orléans étudiée par Edgar Morin en 1969", selon laquelle "des jeunes filles disparaissaient dans six magasins juifs de la ville pour être emmenées vers des réseaux de prostitution."

"Mais on pourrait faire remonter plus avant de tels scripts : chez Victor Hugo, aussi bien dans 'L’Homme qui rit' que dans 'Notre-Dame de Paris', on voit bien déjà cette rumeur de traite d’enfants enlevés par des bohémiens et il est probable que l’on pourrait remonter au Moyen-Age ou à l’Antiquité car beaucoup d’histoires, de mythes et de contes, reposent sur des enlèvements d’enfants ou de jeunes filles. On pense à l’enlèvement d’Europe par Zeus transformé en taureau ou à l’enlèvement des sabines dans l’histoire de Rome ou au Chaperon Rouge", poursuit la spécialiste.

"La peur de l'enlèvement est une peur ancestrale", abonde Pascal Froissart, rappelant pour sa part "le folklore européen" des trolls et des elfes laissant "des changelins en lieu et place des enfants qu’ils enlevaient" ou encore "la peur des crimes contre les enfants", dont étaient accusés, au Moyen Age, "les marginaux et ceux qui n’étaient pas de chez nous, comme les soldats et les mendiants".

"Ce qui est étonnant ici, c'est de voir surgir le même récit [à propos de ces femmes avec poussette] à plusieurs endroits", poursuit le professeur des universités, qui y voit la manifestation d'un "effet de réel", lorsqu'"on vous demande de prêter attention à quelque chose auquel vous n'aviez jamais prêté attention".

"La plupart du temps, on ne prête pas attention à la réalité : quand vous conduisez, vous ne regardez pas votre pare-brise mais à travers. Une expérience en psychologie sociale a montré qu'il suffit que quelqu'un dise 'Ah mais regardez ! Des explosions atomiques ont griffé votre pare-brise' pour que des personnes se mettent à le regarder et se disent que c'était le cas alors qu'il s'agissait simplement de griffures naturelles dues à l'impact de petits cailloux", détaille Pascal Froissart.

La "légende urbaine" du rein dérobé à une victime droguée en soirée

Les rumeurs mêlant enlèvement et trafic d'organes, elles, circulent depuis des décennies, dans différents pays. En mai 1994, le Washington Post rapportait ainsi le lynchage dont avait été victime une touriste américaine au Guatemala, accusée par des villageois d'avoir tenté d'enlever un enfant dans le cadre d'un trafic d'organes.

En novembre 2019, en France, une femme assurait, dans une vidéo très vite devenue virale, qu'une amie de sa belle-soeur, avait été droguée lors d'une soirée à Paris avec des inconnus et s'était réveillée "dans une baignoire remplie de glaçons", en découvrant "qu'on lui a prélevé ses deux reins". Comme le notait FranceInfo à l'époque, ni la préfecture de police, ni l'Agence régionale de santé (ARS) ni les hôpitaux de Paris (AP-HP) n'avaient eu connaissance d'un tel événement.

Capture d'écran réalisée sur Facebook le 3 novembre 2022.

En revanche, l'ONU et le Conseil de l'Europe avaient fait état, dès 2009, d'une telle rumeur dans leur rapport conjoint sur "le trafic d'organes" et "la traite d'être humains en vue de leur ôter leurs organes". Tout en appelant à bien différencier ces deux phénomènes différents, le second "représentant une petite partie" du premier, ce document dénonçait "les différentes versions autour de la légende urbaine du vol d'organes".

"La version la plus courante implique un homme d'affaires en déplacement dans une grande ville, qui boit un verre dans le bar de son hôtel à la fin d'une longue journée et y rencontre une prostituée. Ils se rendent dans sa chambre d'hôtel, où il perd assez vite connaissance", souligne le rapport, précisant qu'au terme de ce récit, l'homme se réveille dans la baignoire de sa chambre et découvre qu'il s'est fait voler un rein.

"Ces histoires à propos des touristes qui se réveillent et comprennent qu'il leur manque un rein ou les enfants kidnappés ou adoptés puis tués à des fins de transplantations d'organes peuvent clairement être catégorisées comme des mythes. Ces récits, qui sont régulièrement rapportés dans les médias, génèrent une psychose internationale", soulignait ce rapport.

De fait, la rumeur sur les femmes à poussette oeuvrant pour un trafic d'organes comporte plusieurs caractéristiques propre aux légendes urbaines, détaillées par Marie-Eve Thérenty : "Il s’agit d’un récit généralement anonyme [...] et bref, présentant de multiples variantes [...], au contenu surprenant, raconté comme vrai et récent dans un milieu social dont il exprime de manière symbolique les peurs et les aspirations."

"Il y a toujours un matériau anthropologique (la peur de l’enlèvement que l’on trouve exprimée dans les mythes) et un détail très précis qui est supposé authentifier le récit : ici, la femme avec poussette, ailleurs l’enlèvement se fait à partir d’une camionnette", conclut-elle.

La France, "pas directement concernée par les conséquences des trafics d'organes"

La rumeur peut sembler d'autant plus crédible que "si les trafics d’organes sont aujourd’hui un phénomène connu, il reste difficile d’en délimiter les contours et l’ampleur avec exactitude", ainsi que le souligne le rapport de la Commission des affaires étrangères sur le projet de loi autorisant la ratification de la convention du Conseil de l'Europe contre le trafic d'organes humains, publié en novembre 2021.

"L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que 5 à 10% des greffes d’organes réalisées dans le monde résultent du trafic d’organes, soit environ 15.000 greffes par an", note ce document, tout en précisant que les "estimations les plus hautes s’élèvent à 4 millions de greffes par an qui seraient liées aux trafics, ce qui suggère une réalité intermédiaire entre ces deux paliers", ces trafics concernant "aujourd’hui essentiellement le rein, dans un contexte de développement des insuffisances rénales dans le monde".

Le rapport note en outre que la France n'est pas "directement concernée par les conséquences de ces trafics", dont "les victimes sont essentiellement des populations très vulnérables en majorité issues de pays en développement et de zones de conflit ou de transit migratoire."

Ainsi que le relève le rapport 2020 de l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime sur les trafics d'êtres humains, "bien qu'ils soient toujours détectés en petit nombre, les trafics à des fins de prélèvement d'organe ont été signalés en Afrique du Nord, en Asie du Sud et du Sud-est, en Amérique centrale et en Europe", avec 25 victimes signalées entre 2017 et "plus de 40" en 2018.

Capture d'écran du rapport 2020 de l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime sur les trafics d'êtres humains, réalisée le 3 novembre 2022. ( Alexis ORSINI)

Les prisonniers de conscience, principales victimes des trafics

Comme l'indiquait en 2019, dans une interview au Journal international de médecine, Alexis Génin, médecin et conseiller scientifique du collectif de médecins opposés aux prélèvements forcés d'organes (DAFOH), le trafic d'organes repose sur "deux piliers essentiels" : "le trafic d'être humains, organisé par des réseaux mafieux extrêmement puissants, extrêmement organisés dans différents pays, qui assurent l'approvisionnement. Soit en achetant l'organe à bas coût auprès d'une personne en difficulté, soit en le volant" et "le prélèvement d'organes utilisé comme un outil d'élimination systématique d'opposants dans les dictatures", qui est "probablement le plus développé aujourd'hui".

Alexis Génin distingue en outre trois catégories principales de victimes, parmi lesquelles "une personne pauvre, isolée, qui, pour subvenir aux besoins de sa famille, va vendre un rein". Il explique aussi qu'il peut exister "des kidnappings de personnes isolées ou d'enfants ou de migrants", en notant dans ce dernier cas que "c'est arrivé dans le transit des migrants entre le Maghreb et l'Europe" et que cela "arrive essentiellement lors de leur passage dans les Balkans", au cours duquel ces migrants "sont kidnappés, prélevés, tués."

Enfin, il cite le cas des "prisonniers de conscience", notamment en Chine, qui est potentiellement "le premier pays concerné par les trafics d'organes au plan quantitatif", selon le rapport de la Commission des affaires étrangères.

"Dans le cas des réseaux mafieux comme des éliminations étatiques, l'objectif est bien de prélever et de tuer. On n'a aucun intérêt à ce que la victime reste vivante et puisse raconter ce qui lui est arrivé", précise cependant dans son interview Alexis Génin, ce qui rend le récit de la victime se réveillant dans une baignoire avec un rein en moins d'autant plus invraisemblable.

En France, une transplantation "régulée et gratuite"

Emmanuel Morelon, chef du service de transplantation, néphrologie et immunologie clinique à l'hôpital Edouard Herriot de Lyon, rappelle en outre à l'AFP qu''en France, la transplantation est gratuite et régulée" : "On peut uniquement se faire greffer dans les centres de greffe agréés, qui sont forcément des centres hospitaliers universitaires. Il n'y a pas de transplantation dans la médecine privée. Tout ce processus est surveillé par l'Agence de biomédecine, tout est contrôlé, il n'y a pas moyen de recourir à un organe qui n'est pas enregistré par l'Agence de biomédecine."

Légalement chargée de "produire un rapport au Parlement portant notamment sur d'éventuels trafics d'organes", l'Agence de biomédecine réalise par ailleurs une enquête tous le deux ans afin de "recueillir des informations sur d'éventuels cas de greffes pratiquées à l'étranger à partir de donneurs vivants rémunérés". En 2019, elle avait ainsi fait état de 24 greffes réalisées à l'étranger.

Comme le rappelle le rapport de la Commission des affaires étrangères, ce "tourisme dit de transplantation [...] concerne surtout des ressortissants de pays développés qui se rendent dans un pays étranger pour acheter un organe et bénéficier d’une greffe".

Si le cas inverse d'un patient en attente de transplantation qui achète un organe à l'étranger pour réaliser cette transplantation sur son propre territoire est "techniquement" possible, selon Alexis Génin, le spécialiste soulignait, dans son interview au Journal international de médecine, que ce transport doit s'effectuer "en quelques heures, maximum une journée" pour que l'organe reste utilisable, ce qui rend un tel procédé "marginal".

4 novembre 2022 Corrige coquille: "agréés" (et non aérés) dans la citation d'Emmanuel Morelon