Non, un bouc n'a pas été sacrifié pour la proclamation du roi Charles III

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Un bouc sacrifié pour la mort de la reine Elizabeth II et la proclamation de son fils Charles III ? Plusieurs publications sur les réseaux sociaux, en particulier en Afrique francophone, relaient une photo de l'animal tenu par un garde royal britannique lors des cérémonies. Mais cette affirmation est fausse : l'animal est la mascotte du 3ème bataillon du Royal Welsh Regiment, le régiment d'infanterie royale gallois, et n'est en aucun cas destiné à un sacrifice, comme l'a confirmé à l'AFP le capitaine Anthony Kironde-Strain.

Plusieurs publications partagées sur Facebook plusieurs milliers de fois dans plusieurs pays d'Afrique francophone, comme par exemple celle-ci, dont l'auteur est domicilié au Cameroun, diffusent depuis au moins le 16 septembre la photo d'un bouc aux longs poils blancs et longues cornes, emmené par un garde royal britannique.

La légende de ces publications affirme que l'animal est sur le point d'être sacrifié pour la mort de la reine Elizabeth II et la proclamation de son fils, Charles III, en tant que nouveau roi. "Un bouc blanc pour le sacrifice d'intronisation du roi Charles III et l'accompagnement de sa mère chez les ancêtres", peut-on lire.

Mais comme nous allons le voir, si la photo a bien été prise à l'occasion de la proclamation au Pays de Galles du roi Charles le 11 septembre, elle montre en réalité la mascotte d'un régiment de l'armée britannique, qui n'est pas destinée à un quelconque sacrifice.

Charles III est devenu automatiquement roi à la mort d'Elizabeth II le 8 septembre. Il a ensuite été officiellement proclamé roi à Londres le 10 septembre, puis le lendemain, lors de cérémonies à Cardiff (Pays de Galles), Edimbourg (Ecosse) et Belfast (Irlande du Nord). Il ne sera couronné que dans plusieurs mois.

Défilé du 3e bataillon du Royal Welsh Regiment et son bouc mascotte, vers le château de Cardiff au Pays de Galles le 11 septembre, avant la cérémonie de proclamation du roi Charles III ( AFP / Geoff Caddick)

Le même bouc, également visible sur la photo ci-dessus prise par un photographe de l'AFP à l'occasion des cérémonies, apparaît aussi à la 29e seconde de cette vidéo tournée par le quotidien britannique The Telegraph et disponible sur son site internet.

Mais l'animal n'a en aucun cas été sacrifié, comme l'a confirmé à l'AFP le 21 septembre le capitaine Anthony Kironde-Strain, du 3ème bataillon du Royal Welsh Regiment, basé à Cardiff.

Il s'agit en fait de la mascotte de cette unité. Le bouc en est un membre à part entière et bénéficie même du grade de caporal suppléant, comme l'explique le site du musée du Royal Welsh Regiment, situé à Brecon, au Pays de Galles.

On y apprend que les régiments ont traditionnellement une mascotte - un bouc dans le cas du régiment d'infanterie gallois. Et que ces mascottes portent généralement le nom de Shenkin, Dewi, Taffy ou Sospan, et peuvent être promues ou déchues de leur grade, à l'instar des soldats.

Cette tradition est très codifiée. Lorsque le bouc meurt, le régiment écrit à la reine - ou au roi - pour l'en informer et demander la permission d'en choisir un nouveau au sein du cheptel royal, est-il expliqué sur le site du musée. Un jeune est alors choisi, qui devra être entraîné pour pouvoir assurer ses fonctions de représentation.

Plusieurs histoires circulent pour expliquer cette tradition, qui remonte à 1775. L'une d'elle évoque la bataille de Bunker Hill, pendant la Guerre d'indépendance américaine (1775-1783). Un bouc sauvage serait entré sur le champ de bataille, entraînant l'escorte des drapeaux hors de ce périmètre. Le bouc leur ayant porté chance, les soldats l'auraient alors choisi comme mascotte, raconte le site du musée.

La reine Victoria s'était par ailleurs entichée d'un bouc mascotte en 1856 et au moment de la mort de l'animal, exigea que son successeur soit choisi au sein du cheptel royal.

Entraînements sur-mesure

Le bouc n'est donc en aucun cas promis à un funeste destin, et le régiment royal gallois en prend "le meilleur soin qui soit", souligne auprès de l'AFP le capitaine Kironde-Strain.

"Les boucs sont traités comme des membres de valeur des bataillons, du jour où ils sont choisis, jusqu'au jour de leur mort (de causes naturelles)", assure-t-il.

"Le régiment est en contact régulier avec des vétérinaires locaux et la RSPCA, la Royal Society for the prevention of the cruelty on animals [l'équivalent britannique de la SPA, NDLR]. Elle s'assure que les boucs sont élevés de manière humaine et sûre", ajoute Anthony Kironde-Strain.

Il confirme que les photos de la proclamation du roi Charles III montrent bien le bouc Shenkin IV, emmené par le "sergent Jackson", qui est "Goat Major", c'est-à-dire chargé de l'élever, une tâche pour laquelle il est "employé à temps plein". Il assure notamment "les entraînements" du bouc, qui doit apprendre à marcher entouré d'une foule bruyante, et respecte "ses rendez-vous chez les vétérinaires", détaille M. Kironde-Strain.

Ce n'est pas un hasard si l'image de ce bouc est associée à l'idée d'une "culture diabolique" dans certaines publications sur Facebook. Cornes, oreilles pointues, sabots: certaines croyances le considèrent comme une incarnation du diable, et ce depuis le Moyen-Age en Europe.