Cette photo ne montre pas le baptême de "20.000 musulmans" au Bangladesh, mais des évangéliques brésiliens

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Une photo montrant des femmes et des hommes vêtus de blanc immergés dans un cours d'eau et levant les mains au ciel montrerait, selon les internautes qui la partagent sur Facebook, "plus de 20.000 musulmans" se faisant baptiser au Bangladesh. Mais cette image prise par un photographe de l'AFP en Israël en 2015 montre en réalité le baptême de pèlerins évangéliques brésiliens. Elle n'a rien à voir avec le Bangladesh, où la désinformation menace les minorités religieuses, comme l'expliquent des experts contactés par l'AFP. 

Debout dans un cours d'eau, des dizaines de femmes et d'hommes vêtus d'un large habit blanc lèvent les mains vers le ciel, paumes ouvertes, certains ont les yeux clos. Selon les internautes qui la partagent, cette photo montrerait "plus de 20.000 musulmans [qui] se tournent vers Jésus Christ et se font baptiser". 

Capture d'écran d'une publication Facebook réalisée le 2 septembre 2022

Ces publications ont été partagées plus de 400 fois depuis le 22 août (1, 2, 3...), principalement sur Facebook en Afrique de l'Ouest. On retrouve également cette image accompagnée de la même légende en 2020 et 2019.

Baptême d'évangéliques brésiliens en Israël

Attention cependant: la photo virale n'a rien à voir avec la conversion de "plus de 20.000 musulmans" au christianisme. 

Une recherche d'images inversée sur le moteur de recherche Google (voir ici comment procéder) permet en effet de la retrouver facilement sur le site de Radio France, la radio publique française, avec la légende suivante: "Baptême de pèlerins [évangéliques] brésiliens en Israël". Le cliché est attribué à un photographe de l'AFP. 

On le retrouve en effet dans la base de données de l'AFP: il montre "des pèlerins évangéliques priant les mains levées au ciel lors d'une cérémonie de baptême de masse dans les eaux du Jourdain à Yardenit, dans le nord d'Israël, le 2 octobre 2015".

Des pèlerins évangéliques priant les mains levées au ciel lors d'une cérémonie de baptême de masse dans les eaux du Jourdain à Yardenit, dans le nord d'Israël, le 2 octobre 2015 ( AFP / GALI TIBBON)

D'autres photos de ce baptême collectif se retrouvent d'ailleurs au sein des archives de l'AFP: 

Des pèlerins évangéliqueslors d'une cérémonie de baptême de masse dans les eaux du Jourdain à Yardenit, dans le nord d'Israël, le 2 octobre 2015 ( AFP / GALI TIBBON)
Des pèlerins évangéliques priant les mains levées au ciel lors d'une cérémonie de baptême de masse dans les eaux du Jourdain à Yardenit, dans le nord d'Israël, le 2 octobre 2015 ( AFP / GALI TIBBON)

 

 

Désinformation religieuse

Cette décontextualisation "semble être une forme de désinformation positive pour les chrétiens, puisqu'elle vante les mérites du christianisme et sa propagation dans le monde," commente pour l'AFP Sayeed Al-Zaman, maître de conférences pour le département de journalisme et d'études des médias de l'université de Jahangirnagar, à Dacca (Bangladesh). 

"D'un autre côté, c'est de la désinformation à charge envers l'islam, puisqu'elle sous-entend que cette religion perdrait des fidèles", analyse cet expert, qui s'est spécialisé dans l'étude de la désinformation religieuse au Bangladesh.

"Elle a été diffusée en Afrique subsaharienne, une région où vit une majorité de musulmans; on peut supposer que cette allégation fausse provienne d'un internaute chrétien s'adressant à la communauté musulmane."

Ce spécialiste considère cependant que ce genre de publications constitue une forme de "désinformation douce", qui a des "conséquences minimales, comme créer des quiproquos et des débats", peu représentatif du phénomène de désinformation religieuse en Asie du Sud.

A l'inverse, assure-t-il, la "désinformation dure (...) qui incite à la violence à grande échelle entre les communautés religieuses, accroît les privations et les discriminations, provoque des morts et contribue aux génocides" est bien plus répandue sur ce continent, et notamment au Bangladesh sur les réseaux sociaux, comme le note cet article de Foreign Policy. 

Cette désinformation rencontre un public grandissant, en raison la numérisation rapide du Bangladesh et notamment celle des franges les plus jeunes de sa population, précise à l'AFP Mubashar Hasan, chargé de recherche au sein de l'Initiative de recherche sur l'aide humanitaire et le développement de l'université de Western Sydney (Australie). 

Aujourd'hui, "toutes les minorités religieuses du Bangladesh vivent dans la peur", estime Saleem Samad, correspondant Asie-Pacifique de Reporters Sans Frontières (RSF) dans un entretien avec l'AFP - tout particulièrement la minorité hindoue qui représente 10% de la population bangladaise. 

En octobre 2021, des allégations de blasphème sur les réseaux sociaux avaient ainsi conduit à de violentes attaques anti-hindoues.

6 septembre 2022 Remplacement du terme "évangélistes" (qui désigne les auteurs des Evangiles) par celui d'"évangéliques" (qui se réfère aux fidèles d'une branche de protestantisme) dans le titre, le chapô et le 4e paragraphe.