
Cette photo d'enfant a été prise dans un camp de réfugiés au Kenya, et non au Soudan
- Cet article date de plus d'un an
- Publié le 19 mai 2022 à 17:40
- Lecture : 4 min
- Par : Marin LEFEVRE, AFP Kenya
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"Une image horrible", commente un des internautes qui la partage. Une petite fille enveloppée dans une robe verte, rouge et noire se tient au milieu de plusieurs monticules de terre, visiblement des tombes. Derrière elle, la savane s'étend à perte de vue.
Cette enfant aurait "perdu son abri et sa famille" dans "une guerre intercommunautaire au Soudan", affirme l'une des publications partageant cette image. Une autre assure que la photo a plus précisément été prise "au Darfour", région occidentale du pays déchirée par une guerre civile depuis 2003.

Ces publications ont été partagées plusieurs dizaines de fois depuis le 25 avril sur Facebook au Tchad et au Soudan (1, 2).
Camp de réfugiés au Kenya
Attention cependant: la photo que nous vérifions n'a rien à voir avec le conflit au Darfour. Elle montre en réalité une enfant dans le plus grand camp de réfugiés du monde, à Dadaab, dans l'est du Kenya, à plus de 2.300 kilomètres du Darfour.

Une recherche d'images inversée sur le moteur de recherches Yandex permet de la retrouver sur Flickr, un site dédié à la photographie, publiée par le compte de l'ONG Oxfam East Africa.
Selon ses métadonnées et sa légende, elle a été prise le 25 juillet 2011 par Andy Hall et montre "une fillette au milieu des tombes récemment creusées de 70 enfants, souvent morts de malnutrition, à l'orée du camp" de Dadaab.

Contacté par l'AFP le 18 mai, le photographe indépendant a confirmé que la légende et les métadonnées visibles sur Flickr étaient correctes. "[Cette photo] n'a rien à voir avec le conflit au Darfour", a-t-il assuré, et montre bien "une enfant au milieu des tombes d'autres enfants, décédés dans le camp [kényan]".
Andy Hall s'y trouvait "pour une commande d'Oxfam visant à mettre en lumière les conditions de vie dans le camp, qui à l'époque était devenu le plus grand camp de réfugiés au monde".
La grande majorité de ces personnes "avait fui la Somalie voisine, en guerre, et la sécheresse avait aggravé la situation", a précisé le photographe. En décembre 2021, le camp accueillait plus de 230.000 réfugiés selon l'ONG Médecins sans frontières (MSF), essentiellement des Somaliens ayant fui leur pays après le début de cette guerre civile.

Fermeture annoncée
Ces dernières années, le Kenya a plusieurs fois menacé de fermer Dadaab, présenté comme un risque pour sa sécurité et un terrain de recrutement pour les militants islamistes somaliens shebab.
En 2016, le gouvernement avait annoncé son intention de fermer Dadaab. Mais l'année suivante, la Haute Cour de justice avait jugé ce projet inconstitutionnel, arguant qu'il violait les engagements internationaux du Kenya et représentait une persécution à l'encontre des réfugiés.
En 2019, deux mois après l'attaque du complexe hôtelier Dusit à Nairobi, qui a fait 21 morts, le gouvernement avait à nouveau projeté la fermeture du camp. Mais cette intention n'avait pas été suivie d'effet.
La fermeture officielle du camp de Dadaab et de celui, voisin, de Kakuma, devrait intervenir d'ici le 30 juin 2022, selon le ministre kényan Fred Mathiang’i cité dans ce communiqué du HCR publié en avril 2021.
Néanmoins, Abigail Lukhwaro, responsable du plaidoyer pour MSF au Kenya, a nuancé cette annonce le 19 mai auprès de l'AFP.
"Il n'y a pour l'instant eu aucune discussion au sujet de la fermeture, mais plutôt des échanges au sujet de solutions alternatives, comme passer par exemple des camps à des espaces où se mélangent réfugiés et communautés d'accueil", a-t-elle expliqué.
"Le HCR travaille avec le ministère de l'Intérieur à l'élaboration de ces solutions, mais cela requiert des investissements très importants."
Quoi qu'il en soit, la fermeture du camp dans le délai annoncé par le gouvernement kényan et le HCR n'est "pas réaliste" pour Abigail Lukhwaro, "compte tenu de la situation [qui ne s'est pas améliorée] dans les pays d'origines des réfugiés et des trop faibles quotas alloués à la réinstallation dans un pays tiers".