Christopher montre une photographie de sa soeur Christelle dans sa maison à Valence, le 19 septembre 2019 (Eric Cabanis - AFP)

Christelle, poignardée par son compagnon pour avoir voulu refaire sa vie

L'alcool, le rabaissement, la jalousie: longtemps Christelle a passé outre pour défendre son couple. Jusqu'à mourir à 32 ans, poignardée par son compagnon en présence de trois de ses quatre enfants quand elle a voulu partir.

Il est 22h passées, ce vendredi 5 juillet 2019, dans une petite résidence à la périphérie de Perpignan.  Kevin et Elodie, voisins et amis de Christelle, l'entendent hurler et s'apprêtent à intervenir quand son compagnon Nabile ouvre la fenêtre et crie: "Kévin c'est bon, tu peux appeler la police, je l'ai tuée, j'ai tué ma femme".

Kévin fonce pour "essayer de la sauver, protéger les enfants". Les deux du couple, nés en 2016 et 2018, dormaient. Mais le premier fils de Christelle, neuf ans, a assisté à la scène d'une pièce à côté, raconte à l'AFP ce maçon de 27 ans.

Nabile l'agresse puis se retranche dans l'appartement. A l'arrivée de la police, "qui a mis près d'un quart d'heure", il se rend.

Mis en examen pour homicide par conjoint, Nabile, 42 ans en décembre, reconnaîtra en garde à vue avoir frappé Christelle de trois coups de couteau par jalousie. 

Condamné à plusieurs reprises pour conduite alcoolisé, et une fois pour "violences" en 2006, il avait 2g d'alcool dans le sang ce soir là, selon une source proche de l'enquête.

Aux enquêteurs, le fils de Christelle témoignera que Nabile lui avait dit: "Je vais tuer ta mère, je te le promets". Le garçon a été pris en charge par son père, avec sa sœur, qui était chez des amis. Les deux petits ont été placés.

"Se refaire une vie"

Beauté brune aux yeux verts, décrite comme une "battante", "gaie" et "chaleureuse" par ses proches, Christelle venait de décrocher grâce à sa mère un CDI d'agente d'entretien.

De quoi rebondir après quatre ans de fins de mois improbables. Son compagnon, lui, "passait sa vie la bière à la main" et "refusait de travailler", selon Kevin.

"Elle voulait se refaire une vie, c'était ingérable et insupportable de vivre avec Monsieur" affirme Christopher de Gaillande, le demi-frère de Christelle. Il n'a vu Nabile qu'une fois, assez pour mettre en garde Christelle. "Elle m'a dit, +ne t'inquiète pas, il va changer+".

Pour Nabile, un "assez beau mec" qui lui avait "vendu du rêve" selon Elodie, Christelle s'était séparée du père de ses premiers enfants, à l'issue d'une union décrite comme sans problèmes. Nabile aussi avait été en couple avant, un mariage dont il a eu deux enfants.

Le quotidien se plombe vite: des proches prennent leurs distances, "à cause de Nabile" selon Kevin. "Il était lourd, lui manquait de respect, l'humiliait", bousculait les enfants, raconte une amie proche, Angélique, serveuse de 34 ans.

Quand elle a trouvé du travail, "il n'a pas supporté, il est devenu parano, la traitait de trainée, contrôlait ses horaires, son téléphone".

"Aller chercher ces femmes"

Christelle le protégeait, par attachement,  "parce qu'elle était fière", qu'il était "le père de ses enfants, et chez nous la famille ça compte", dit Angélique. Après les disputes, il pleurait, s'excusait.

Elle redoutait aussi d'envenimer les choses, estime Angélique. Lors d'une scène violente à laquelle elle assiste, elle lui conseille d'appeler la police, mais Christelle refuse.

Respectant la réserve de Christelle, personne n'imagine non plus l'issue fatale. Désormais, la culpabilité hante ses proches.

Dans leur entourage, aux enfances et parcours souvent cabossés, la défiance prévaut envers les forces de l'ordre, les services sociaux.

Les pouvoirs publics doivent "aller les chercher ces femmes, leur donner des façons de faire, de réagir", affirme Christopher.

Selon le procureur de Perpignan, Jean-Jacques Fagni, il y avait eu des appels de voisins au commissariat lors de bruyantes disputes, mais "sans motifs pour intervenir". 

Christelle finit par en avoir assez, "à la fin il la dégoûtait", selon Angélique. Quelques jours avant sa mort, elle arbore un bleu sur la cuisse, dit qu'il l'a frappée pour prendre son téléphone. Angélique et d'autres lui proposent de l'accueillir.

Le vendredi, après une nouvelle dispute, elle laisse son aînée chez un couple ami, à qui elle affirme vouloir aller chercher ses autres enfants, et quitter Nabile.

Ils lui conseillent d'appeler la police. Mais Nabile, au téléphone, lui demande de rentrer, en lui promettant de ne pas lui faire de mal et de se rattraper. Elle part seule de chez ses amis, à 22H37 selon eux.

En arrivant, elle se gare de travers en dessous de chez elle "comme pour repartir au plus vite", selon Kevin. Le drame s'enclenche très vite, à huis-clos.

Elle disait "je gère", se souvient Elodie.

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Catherine Boitard