Non, un avion n'a pas atterri sur une route en République Démocratique du Congo à cause d'une erreur du pilote

Copyright AFP 2017-2021. Droits de reproduction réservés.

Des publications partagées plus d'un demi-millier de fois depuis le 15 juillet partagent une vidéo censée montrer un avion ayant atterri sur une route non loin de Lubumbashi, dans le sud de la République démocratique du Congo, à cause d'une étourderie du pilote qui aurait "confondu la piste d'atterrissage [avec] la route". C'est faux: aucun avion n'a atterri sur une route dans la région, selon le maire de Lubumbashi. Selon lui, l'appareil repéré sur une route est une "épave" destinée à être transformée en restaurant. Plusieurs indices dans la vidéo confirment cette thèse.

Les images sont tournées de nuit. Au milieu d'une route goudronnée, un avion blanc est immobilisé. Autour de l'appareil, une foule se presse, bruyante. La caméra élargi son champ de vision à droite de l'appareil: on voit que l'avion est arrimé à un camion de remorquage. Plusieurs voitures de passage actionnent leurs klaxons.

Cet avion "a atterri sur la route Kasenga", affirme une voix dans l'une des deux vidéos qui circulent sur les réseaux sociaux. Les internautes qui partagent ces deux vidéos situent la scène à Lubumbashi, chef lieu de la province du Haut-Katanga (sud), et invoquent une erreur du pilote, qui a "confondu la piste d'atterrissage" avec "la route".

Capture d'écran d'une publication, réalisée le 21 juillet 2021

Ces images ont été partagées plus de 500 fois depuis le 15 juillet sur Facebook (1, 2, 3).

Une "épave" réhabilitée en restaurant

Pourtant, ces vidéos ne prouvent pas du tout qu'un pilote étourdi a atterri sur une route à Lubumbashi.

En observant attentivement les images, on note plusieurs indices qui montrent que cet avion n'a pas pu atterrir dans les instants ayant précédé cette scène. D'abord: l'appareil n'a pas d'ailes entières (rectangle rouge ci-dessous). Ensuite, les mouvements de la caméra vers l'avant de l'avion nous permettent d'apercevoir brièvement un camion jaune, auquel l'avion est attaché, visiblement pour être remorqué (rectangles bleus).

Capture d'écran d'une vidéo Facebook, réalisée le 21 juillet 2021
Capture d'écran d'une vidéo Facebook, réalisée le 21 juillet 2021

 

 

Parmi les tweets relayant cette infox sur Twitter, on repère également, en cherchant les mots-clefs "avion kasenga", un tweet d'un compte se présentant comme celui d'une chaîne de télévision locale, Kyondo Mobile. Photos à l'appui, ce média explique qu'une "équipe de journalistes" a pu "vérifier sur place" qu'aucun "atterrissage d'avion" n'avait eu lieu sur la route Kasenga. "Il s'agit plutôt d'un appareil désaffecté, en partance pour une seconde vie (restaurant ?) chez un privé", précise encore Kyondo Mobile.

Contacté par l'AFP le 20 juillet, Guylain Lubaba Buluma, le maire de Lubumbashi, a confirmé ces faits. L'avion qui apparaît dans la vidéo est en réalité "une épave qu'on déplaçait" sur la route "pour en faire un restaurant", a déclaré l'élu. Une chose est certaine, "ce n'est pas un avion qui a atterri', a-t-il insisté.

Plusieurs publications (comme celle-ci ou celle-ci) sur les réseaux sociaux et articles (comme celui-ci) ont d'ailleurs vite circulé pour rétablir la vérité.

Des avions-restaurants dans le monde entier

Transformer des avions désaffectés en restaurants n'est pas inédit: ces initiatives de ce type ont déjà été mises en oeuvre dans plusieurs pays à travers le monde, comme la Turquie, la Chine, l'Inde, la Thaïlande ou encore le Ghana, qui a inauguré fin 2013 un établissement appelé "La Tante DC 10" dans une vieille carlingue du même modèle que celle visible sur les vidéos virales sur Facebook.

Un bar dans un ancien Airbus 330 transformé en café dans un parc d'attractions, à proximité de Pattaya, dans la province de Chonburi, en Thaïlande, le 1er septembre 2020. ( AFP / Mladen ANTONOV)

L'ex-président congolais Joseph Kabila a lui-même inauguré plusieurs restaurants dans des carlingues d'avions, comme le rapportait le quotidien belge La Libre Belgique fin 2020.

Marion Lefèvre