Simone et Laurent Gbagbo, en 2011 lors d'une cérémonie d'hommage à des soldats morts pendant la crise électorale de 2010. ( AFP / SIA KAMBOU)

Côte d'Ivoire: attention à ce faux communiqué sur le divorce de Laurent et Simone Gbagbo

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Des publications partagées plusieurs milliers de fois sur les réseaux sociaux ivoiriens depuis le 22 juin assurent que le Front populaire ivoirien (FPI), parti de l'ex-président Laurent Gbagbo, a démenti toute procédure de divorce entre l'ancien chef d'Etat et son épouse Simone Ehivet Gbagbo. Le communiqué relayé par ces publications évoque une "fake news" visant à "salir l'image de l'ex président", rentré en Côte d'Ivoire le 17 juin après dix ans d'exil. Ce communiqué est en réalité un faux: le FPI a démenti par la voix de son secrétaire général avoir publié un tel document. La demande de divorce a par ailleurs été rendue publique par un communiqué de l'avocat de Laurent Gbagbo.

Vraie demande de divorce ou bruits de couloirs ? C'est la question qui agite les réseaux sociaux ivoiriens depuis la publication d'un communiqué attribué au Front populaire ivoirien (FPI), le parti de l'ancien président Laurent Gbagbo, cofondé avec son épouse Simone Ehivet Gbagbo en 1988.

"Depuis la matinée, nous avons reçu une information" selon laquelle "le président Laurent Gbagbo demandait le divorce à son épouse, son amie de longue date et de lutte Mme Simone Ehivet Gbagbo", débute ce document, signé en apparence par Assoa Adou, le secrétaire général du parti, le 21 juin 2021 à Abidjan.

"Le Parti du Président Laurent Gbagbo voudrait rassurer les uns et les autres que cette information qui circule sur les Réseaux sociaux n'est qu'un Fake News (une Fausse information) montée de toute Pièce dans le seul but de salir l'image du Président Laurent Gbagbo (sic)”, poursuit ce soi-disant communiqué, accompagné d'une photo d'Assoa Adou au micro de RFI et de onze photos du couple Gbagbo, de leur jeunesse à aujourd’hui en passant par leur mariage en 1989.

 

Capture d’écran Facebook, réalisée le 23 juin 2021

 

 

Ce prétendu communiqué a été partagé plus de 4.000 fois depuis le 22 juin sur Facebook (1, 2, 3).

Retour en Côte d'Ivoire

Président de 2000 à 2011, Laurent Gbagbo est rentré en Côte d'Ivoire le 17 juin après dix ans d'absence. Il a été acquitté fin mars par la Cour pénale internationale (CPI) à La Haye, qui le jugeait pour crimes contre l’humanité en raison de son rôle dans la crise post-électorale de 2010-2011, née de son refus de reconnaître la victoire de son opposant Alassane Ouattara. Près de 3.000 personnes ont perdu la vie lors de ces événements. 

A sa descente de l’avion à l'aéroport Félix Houphouët Boigny, le 17 juin, Laurent Gbagbo était accompagné de Nady Bamba, une ancienne journaliste de 47 ans, à laquelle il se trouve uni par un mariage coutumier depuis le début des années 2000. Simone Ehivet Gbagbo, qui ne l'avait pas vu depuis dix ans, était présente à l'aéroport pour l'accueillir. Mais les retrouvailles ont été de courtes durées: après un très bref échange, cette dernière a quitté l'aéroport, comme ont pu le constater des journalistes de l'AFP sur place. 

Laurent Gbagbo, lors de son discours devant ses partisans le 17 juin, jour de son retour en Côte d'Ivoire après dix ans d'absence. ( AFP / SIA KAMBOU)

Cette séquence a suffi pour relancer les interrogations dans le pays sur l'avenir du couple Ehivet Gbagbo, dont l'histoire se confond avec celle de la Côte d'Ivoire depuis plusieurs décennies. Mais le suspense n'aura pas duré longtemps: lundi 21 juin, la demande de divorce de Laurent Gbagbo a été rendue officielle par ses avocats, contrairement à ce qu'assure le communiqué que nous vérifions.

Faux communiqué et vraie demande de divorce 

L’annonce a été faite par un communiqué de l’avocat de Laurent Gbagbo, Me Claude Mentenon. Dans ce document envoyé à la presse, le conseil de l'ancien président précise que la procédure de divorce a été déposée devant le "tribunal de première instance d'Abidjan".

Cette demande de divorce intervient après le "refus réitéré depuis des années" de Simone Ehivet Gbagbo "de consentir à une séparation à l'amiable", précise ce communiqué consulté par l'AFP. 

Communiqué de l’avocat de Laurent Gbagbo, Me Claude Mentenon

Le communiqué attribué au FPI, à l'inverse, est un faux. Le soir de la publication de ce document, le secrétaire-général du FPI Assoa Adou a publié sur sa page Facebook et sur celle du parti un démenti dans lequel il explique ne pas être l'auteur de tels propos. "Le secrétaire général du FPI que je suis n'a aucune compétence à inférer dans les affaires privées du président Laurent Gbagbo", a-t-il insisté.

Capture d'écran de la page Facebook officielle d’Assoa Adou, réalisée le 23 juin 2021

Rupture politique ?

En dehors de leur couple, Simone et Laurent Gbagbo étaient également liés par la politique. A 72 ans, "maman" Gbagbo, comme la surnomment ses partisans, n'est pas seulement une ancienne première dame, mais une femme politique de premier plan. Elle a participé à la création du Front populaire ivoirien (FPI) par son mari, qui en est toujours président tandis qu'elle en assure la deuxième vice-présidence.

Les époux Gbagbo, qui ont eu ensemble deux filles, ont tous les deux été de fervents opposants à Félix Houphouët-Boigny, le premier président du pays, de 1960 à 1993. Ils se sont battus pour le multipartisme et se sont construits l'un comme l'autre dans le militantisme.

Laurent et Simone Gbagbo, le 28 octobre 1990 à Abidjan lors de la campagne électorale qui l’opposait au président Felix Houphouet Boigny. ( AFP / FRANCOIS ROJON)

"Le parti ne s'est pas encore réuni pour parler de la question (du divorce), mais c'est sûr que ça va avoir des répercussions", a admis auprès de l'AFP une source au sein du FPI, une formation déjà divisée. Pour Rodrigue Koné, analyste à l'Institute on security studies (ISS), il va y avoir "un sérieux conflit de leadership" et "ça ne va pas être facile pour Laurent Gbagbo". "Du tandem politique, on passe au face à face", estime-t-il.

Pendant que Laurent Gbagbo se trouvait à La Haye pour son procès devant la CPI, son épouse Simone a été condamnée en Côte d'Ivoire en 2015 à 20 ans de prison pour son rôle dans la crise de 2010-2011. Accusée d'être liée aux "escadrons de la mort" mis en place contre les partisans d'Alassane Ouattara, qu'elle a toujours détestés, elle a finalement été amnistiée en août 2018 après sept ans de détention.

24 juin 2021 Merci de bien lire Nady Bamba et non Bemba comme écrit par erreur